
Le verrier Arc qui emploie encore près de 3900 salariés à Arques (Pas-de-Calais) a demandé son placement en redressement judiciaire au tribunal de commerce de Lille. Le groupe en difficulté depuis dix ans a pâti de la chute du marché des arts de la table. Un repreneur est déjà sur les rangs.
Pour la petite ville d’Arques (Pas-de-Calais) et ses près de 10000 habitants, c’est un choc. Et pour son fleuron local, le verrier Arc spécialisé dans les arts de la table un nouvel épisode de sa longue descente aux enfers. Le groupe a demandé, le 7 janvier, à être placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille.
En difficulté chronique depuis dix ans, le verrier emploie toujours près de 3900 salariés sur son site du Pas-de-Calais. Et il reste l’un des dix plus gros sites industriels de France. Malgré le soutien sans faille de l’Etat, des collectivités locales et les réinvestissements de ses actionnaires, il n’a jamais réussi à véritablement sortir la tête hors de l’eau et a traversé trois procédures de sauvegarde en dix ans.
Une recapitalisation il y a moins d’un an
En avril 2025, il avait pourtant validé un énième plan de recapitalisation, avec l’arrivée de deux nouveaux investisseurs, Pascal Cagni, dirigeant du fonds C4 qui préside aussi l’agence publique Business France et Patrick Mollis, le PDG de la compagnie nationale de navigation. Aux côtés de l’actionnaire majoritaire américain Dick Cashin, les actionnaires avaient réinjecté 42 millions d’euros dans le verrier. En contrepartie, l’Etat et les collectivités locales avaient abandonné 120 millions d’euros de créances publiques de l’entreprise (sur un total de 200). L’Etat avait dans le même temps consenti de nouveaux prêts de 30 millions d’euros et étalé le remboursement de 27 millions d’euros d’autres échéances.
De quoi désendetter le groupe, dont la dette financière culminait à 217 millions d’euros fin 2024 et lui donner les moyens de se relancer. Le verrier qui produit notamment pour Ikea mais vend aussi sous ses marques propres comme Cristal d’Arques ou Luminarc, misait sur son repositionnement sur les marchés à plus forte valeur ajoutée dans le cadre de son plan de transformation Arcadia.
Las, le plan n’a pas suffi pour remettre sur les rails le fleuron des arts de la table. Alors que la consommation des ménages est atone en Europe, le marché des arts de la table s’est effondré de 15 à 20% en 2025, précise le groupe dans un communiqué. Même s’il a un peu mieux résisté que le marché, le verrier a vu ses ventes dégringoler ces derniers mois, rendant son plan de redressement caduc.
Le groupe avait déjà vu son chiffre d’affaires baisser de 435 millions en 2023 à 404 millions d’euros en 2024, pour une perte nette de 32 millions d’euros. Or dans une industrie de frais fixes, il faut pouvoir saturer les fours pour être rentable. Et donc assurer de gros volumes. «Notre modèle doit encore se transformer en profondeur pour répondre à cet environnement de marché qui s’installe dans la durée, en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs», reconnaît le directeur général d’Arc France Nick Holder dans un communiqué. Selon lui, le redressement judiciaire était «le seul cadre légal et possible» pour maintenir l’entreprise à flot.
Ces dernières années, les effectifs de l’immense usine avaient fondu progressivement, passant de 4700 salariés en 2018 à 3900 fin 2024, à la faveur notamment des départs en retraite mais sans recourir à des PSE. Après la pandémie, le groupe avait par ailleurs profité du chômage partiel APLD pour limiter sa masse salariale. Cette fois-ci, la réduction d’effectifs pourrrait être plus drastique.
Un repreneur déjà sur les rangs
Même si son avenir s’assombrit, l’avenir de l’usine n’est pas compromis. Une offre de reprise d’Arc France est déjà pratiquement sur la table. Avant l’ouverture de la procédure collective, le petit-fils du fondateur du groupe, Timothée Durand, a approché les actionnaires actuels avec un plan de reprise de la filiale française du groupe qui dispose d’une usine aux Emirats et aux Etats-Unis. Son offre «financée et sérieuse», selon la direction d’Arc France devrait être déposée dans les prochaines semaines.
L’homme connaît bien l’entreprise. Il y a effectué toute sa carrière, avant de quitter le groupe en octobre 2024, au moment de l’entrée des deux nouveaux actionnaires. En 2015, au bord du dépôt de bilan, la famille actionnaire historique avait cédé le verrier à l’américain Dick Cashin, toujours actionnaire majoritaire de l’entreprise et qui a injecté depuis plus de 200 millions d’euros dans l’entreprise. Même si l’immense usine et ses huit fours ont accumulé des retards d’investissement, un audit réalisé en 2021 à la demande de Bercy avait conclu que l’outil industriel restait opérationnel.
Arc n’est pas, non plus, le seul verrier français à avoir rencontré des difficultés. Duralex a été repris par ses salariés en juillet 2024. Comme d’autres, le groupe a été secoué par la guerre en Ukraine, alors que les marchés russes et ukrainiens occupaient un des huit fours de l’immense usine française, puis la flambée des coûts de l’énergie et les inondations d’Arques.
Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin doit rencontrer jeudi 8 janvier le repreneur potentiel. «L’Etat sera attentif aux conséquences humaines et sociales de cette procédure, dans la continuité du soutien apporté par l’Etat depuis plusieurs années», a assuré le ministre de l’Industrie dans un communiqué. Bercy assure qu’il examinera aussi «avec sérieux toutes les offres alternatives de reprise qui pourront être mises sur la table» plus tard. Pour Bercy, il est encore trop tôt pour savoir si l’Etat devra faire un nouvel effort pour maintenir à flot Arc. Ni de quelle ampleur.


