Retour sur les évènements qui ont marqué l’industrie de la chimie en 2025. Un secteur sous haute tension mais qui est bien décidé à se battre pour sécuriser des productions en France et en Europe.
1) La chimie française dans une passe difficile
L’année 2025 a très mal commencé, avec un dossier emblématique à régler : celui de la plateforme de Pont-de-Claix, en Isère, opérée par Vencorex. Malgré la mobilisation des élus et le suivi attentif des services de l’État, l’issue a été sévère : la fermeture de la quasi-totalité du site, à l’exception d’une unité de production de tolonates, reprise par la société hongroise BorsodChem, filiale du groupe chinois Wanhua. Un véritable pied de nez de la chimie chinoise, qui non seulement s’empare de « bijoux de famille » industriels européens, mais inonde également le continent de produits à bas coût, souvent lourdement subventionnés. La fermeture de Vencorex a eu des conséquences directes sur son voisin Arkema à Jarrie qui, privé de sel, a dû arrêter une électrolyse, entraînant des suppressions d’emplois.
À ce dossier s’est ajouté le retrait de Chemours de Villers-Saint-Paul. Pourtant, dans le cadre de Choose France 2023, l’entreprise avait promis d’investir 200 millions de dollars dans la construction d’un atelier de production de Nafion, un matériau fluoré stratégique utilisé dans les électrolyseurs PEM. En grande difficulté, Domo a dû mener un vaste plan social et continue, à ce jour, de vaciller sérieusement. Seqens a fermé son site de Villeneuve-la-Garenne et, tout au long de l’année, de nombreux cadres dirigeants ont quitté le groupe, à commencer par son président, Pierre Luzeau. Parallèlement, plusieurs projets structurants ont été reportés, voire annulés : Eastman n’a toujours pas lancé sa méga-usine de recyclage du PET en Normandie ; Carbios repousse sans cesse son projet d’usine à Longlaville ; Circa a abandonné son projet de solvant biosourcé à Carling. Dans la catégorie des start-up et petites entreprises, Global Bioenergies, Ynsect, Alpha Chitine et Givaudan-Lavirotte ont mis la clé sous la porte.
2) Débâcle dans la chimie de base et le vapocraquage
Vos indices

La crise dépasse largement les frontières françaises. Dans toute l’Europe, la chimie de base est en pleine débâcle, avec une menace particulière qui pèse sur les vapocraqueurs. En 2026, plusieurs fermetures sont déjà actées : l’arrêt de l’un des deux vapocraqueurs de TotalEnergies à Anvers, de deux installations au Royaume-Uni — celles de Sabic à Teesside et d’ExxonMobil à Fife. Ces décisions font suite aux annonces de 2024-2025 concernant Notre-Dame-de-Gravenchon en Normandie (ExxonMobil), Porto Marghera en Italie (Versalis) ou encore Böhlen en Allemagne (Dow). À la mi-année, les professionnels évoquaient la fermeture possible de vingt installations d’ici 2035. Tous segments confondus, ce sont entre 200 et 350 usines chimiques européennes — vapocraquage inclus — qui seraient menacées, représentant 150 000 à 200 000 emplois.
3) Des appels au secours, mais une Europe qui réagit mollement
Tout au long de l’année, les signaux d’alarme se sont multipliés, illustrant la situation critique de la chimie française et européenne : prix de l’énergie durablement élevés, sur-réglementation coûteuse, et offensive sans précédent des producteurs asiatiques, contraints par la fermeture partielle du marché américain. Lancée en 2024 par de nombreux groupes chimiques, avec le soutien du Cefic, la Déclaration d’Anvers avait joué un rôle clé. Ce texte d’alerte, conciliant exigences climatiques et compétitivité industrielle, visait à rééquilibrer le Green Deal européen. Un an plus tard, faute de traductions concrètes, les signataires ont durci le ton. En juillet, la Commission européenne a fini par réagir en publiant un Critical Chemicals Act, document d’orientation destiné à enrayer ce que certains qualifient désormais de « désarmement chimique européen ». Mais depuis, « what else ? »
4) Jim Ratcliffe, figure providentielle
Dans leurs prises de parole, les dirigeants européens n’ont pas manqué de dénoncer une Europe incapable de protéger son industrie chimique face à une concurrence asiatique déloyale — et, dans une moindre mesure, nord-américaine. Pour autant, leurs propos sont restés mesurés, voire policés. À contre-courant, Jim Ratcliffe, président-fondateur d’Ineos, s’est clairement distingué. D’un ton abrupt, parfois provocateur, il a dénoncé sans détour le marasme européen, exprimant à voix haute ce que beaucoup murmurent : à force de réglementer, de tergiverser et de différer les décisions, l’Europe sacrifie méthodiquement son socle industriel.
5) Une industrie chimique qui refuse de baisser les bras
Face à la gravité de la situation, certains se sont interrogés : l’industrie chimique est-elle en voie de disparition sur le continent européen ? Une chose est sûre : les industriels réunis le 19 décembre lors du ChemDay à Paris, journée d’échanges organisée par France Chimie, n’étaient pas dans cet état d’esprit. Déterminés à se battre, ils misent sur l’un de leurs principaux atouts : l’innovation, et une offre de solutions décarbonées sans précédent. D’ailleurs, quelques signaux positifs ont émergé en France. Alsachimie a été reprise intégralement par BASF, qui entend faire de la plateforme un pilier du polyamide. Le site pétrochimique de Lavéra, désormais détenu à 100 % par Ineos, consolide ses positions avec un investissement annoncé de 250 millions d’euros, alors même que plusieurs sites du groupe ont fermé ailleurs en Europe. Syensqo a relancé sa production de vanilline à Saint-Fons. Lubrizol a renoncé à son plan social à Rouen. Dans la chimie du végétal, Michelin a accéléré, annonçant l’industrialisation d’une molécule plateforme — le 5-HMF — à Roussillon, puis évoquant un second projet, DragonFly, qui doit être précisé en ce début d’année.
En conclusion : qu’attendre pour 2026 ?
Sans doute une poursuite des restructurations, avec des entreprises désormais rompues à l’exercice de l’adaptation. Des dirigeants seront remerciés, des PME trop fragiles pourraient céder sous la pression. En parallèle, le discours industriel devrait se durcir, tout comme la pression exercée sur les institutions européennes pour concrétiser les mesures protectionnistes listées dans la Déclaration d’Anvers. Les demandes de procédures antidumping pourraient d’ailleurs se multiplier : Ineos, à lui seul, en a déjà lancé une dizaine. Le leitmotiv sera clair : tenir bon, dans une tempête qui tarde encore à montrer des signes d’accalmie.


