Ursula von der Leyen a fait un geste pour tenter de rallier les pays réticents à la signature d’un traité commercial avec les pays du Mercosur. L’Italie y voit un signal positif. Les pays-membres doivent se prononcer le 8 janvier.
La Commission européenne a proposé mardi 6 janvier le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, avec l’espoir de rallier les pays membres hésitants dans le camp des partisans du traité de libre-échange avec le Mercosur. “Afin de garantir la disponibilité de ressources supplémentaires dès 2028 pour répondre aux besoins des agriculteurs et des communautés rurales, je propose que les États membres aient accès, lors de la soumission de leur plan initial, à un maximum des deux tiers du montant normalement disponible pour l’examen à mi-parcours”, a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans une lettre adressée aux Etats membres et au Parlement européen.
“Cela représente environ 45 milliards d’euros qui peuvent être mobilisés immédiatement pour soutenir les agriculteurs”, a-t-elle ajouté à la veille d’une réunion exceptionnelle des ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept consacrée au Mercosur.
La Commission, soutenue par des pays comme l’Allemagne ou l’Espagne, espère signer lundi 12 janvier ce traité négocié depuis vingt-cinq ans mais a besoin pour cela d’obtenir l’aval des pays membres et d’éviter la constitution d’une minorité de blocage d’au moins quatre pays représentant 35% de la population du bloc communautaire.
La Pologne et la Hongrie étant opposées à l’accord, la France jugeant que le compte n’y est toujours pas, la position de l’Italie apparaît déterminante. Un vote des ambassadeurs des pays membres est programmé vendredi 8 janvier.
“Inacceptable” pour la France
Rome et Paris ont conjugué leurs efforts le mois dernier pour empêcher la signature du traité dès le mois de décembre, réclamant des garanties supplémentaires pour leurs agriculteurs qui redoutent d’être submergés par un afflux de denrées à bas prix, de boeuf et de sucre notamment, provenant des quatre pays du “Marché commun du Sud” (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay)
L’Italie n’est pas opposée à l’accord, ont redit ce mardi deux sources à Reuters, mais demande toujours des assurances, sur la réciprocité notamment, afin que les produits agricoles importés dans l’UE respectent les critères sanitaires et environnementaux européens. “Je me félicite de la décision de la Commission européenne de modifier, comme demandé par l’Italie, le nouveau cadre financier pluriannuel proposé afin de dégager 45 milliards d’euros supplémentaires pour la politique agricole commune dès 2028”, a déclaré Giorgia Meloni dans un communiqué.
Quant à la France, où la colère des agriculteurs reste vive depuis la crise de la dermatose nodulaire le mois dernier, sa ministre de l’Agriculture Annie Genevard a répété ce 6 janvier, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que le projet d’accord “tel qu’il a été signé à Montevideo” en décembre 2024 par Ursula von der Leyen était “inacceptable”. “Quand bien même le Conseil européen adopterait l’accord avec le Mercosur, c’est ensuite le Parlement européen qui va devoir se prononcer sur cet accord et ensuite ce sera une ratification. Donc en tout état de cause l’histoire n’est pas écrite et le combat n’est pas terminé”, a-t-elle prévenu.
Outre la question de la réciprocité, la réunion du 7 janvier à Bruxelles se penchera sur la question du contrôle des produits importés et de leur teneur autorisée en résidus de pesticides, ont indiqué deux diplomates européens.
La Commission européenne devra également rassurer les pays membres sur la pérennité de la Politique agricole commune, alors que son projet de fusionner l’argent de la PAC et les fonds de cohésion régionale dans le budget 2028-2034 alarme les grands pays agricoles.
Dans sa lettre rendue publique ce mardi, Ursula von der Leyen réaffirme que le cadre pluriannuel garantira aux agriculteurs le versement d’une somme totale de 293,7 milliards d’euros.
Giselda Vagnoni à Rome et Bertrand Boucey à Paris, Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Sophie Louet (Reuters)


