
Le ministère des PME et du Pouvoir d’achat a confirmé, lundi 5 janvier, la volonté du gouvernement de renforcer le pouvoir d’achat des Français en défiscalisant l’utilisation immédiate d’une partie de l’épargne salariale. Un projet de décret prévoit un déblocage maximum de 2000 euros pour les salariés touchant moins de deux fois le Smic.
Lors de sa première sortie médiatique en octobre 2025, le ministre des PME et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, avait bousculé le monde de l’épargne salariale en déclarant vouloir rendre l’intéressement utilisable «immédiatement». Son idée était alors de faire en sorte que cette prime, dont bénéficient les salariés qui travaillent dans une entreprise ayant mis en place ce dispositif de partage de la valeur, soit exonérée d’impôt sur le revenu, même dans le cas où elle serait perçue immédiatement.
Pour le moment, l’intéressement et la participation ne sont pas imposables quand le salarié choisit de les placer sur un plan d’épargne entreprise (PEE) où son argent est bloqué au moins cinq ans. Cet argent est aussi exonéré d’impôt en cas de déblocage anticipé pour l’achat d’une résidence principale ou d’un véhicule propre par exemple.
Le gouvernement persiste et signe
Après un échange organisé lundi 5 janvier avec les représentants des employeurs et des salariés, le cabinet de Serge Papin a confirmé à la presse la volonté du gouvernement de faciliter le recours aux sommes d’épargne salariale pour renforcer le pouvoir d’achat des Français.
Alors que l’épargne salariale et retraite a dépassé la barre des 220 milliards d’euros en France à fin juin 2025, dont 184 milliards d’euros pour les PEE, «il ne faudrait pas que [la dynamique de l’épargne salariale] se brise à cause de fausses bonnes idées comme la défiscalisation du régime d’intéressement sur les versements immédiats» qui risque «d’interrompre la constitution d’une épargne qui profite au développement de l’économie française […] au bénéficie d’une logique de consommation de très court terme», avait déclaré l’ambassadeur au partage de la valeur François Perret, dans un entretien exclusif à L’Usine Nouvelle.
Soutenir la consommation
L’avertissement semble avoir été en partie entendu par le gouvernement. Pour soutenir la consommation attendue à +0,3% en 2025 contre 1% en 2024 selon l’Insee, le cabinet de Serge Papin a évoqué auprès des partenaires sociaux un projet de décret visant à permettre un déblocage exceptionnel en 2026 de l’épargne détenue sur leur PEE, seulement pour les salariés ayant un salaire inférieur à deux fois le Smic. Ce déblocage serait plafonné à 2000 euros et concernera des sommes possédées sur le PEE avant le 31 décembre 2025. Selon une estimation de Bercy, environ 3 millions de salariés seraient éligibles à la mesure.
«Si chacun des salariés concernés retirait 2000 euros de son PEE, cela représenterait moins de 2%» de l’encours d’épargne salariale, soit un peu moins de quatre milliards d’euros, rassure le cabinet de Serge Papin.
Des modifications encore possibles
Ce choix reviendra bien sûr au salarié, qui pourra aussi choisir de continuer à faire fructifier son épargne. Celui qui choisira de bénéficier immédiatement de son argent devra tout de même acquitter les prélèvements sociaux CSG de 9,2% et CRDS de 0,5%.
Il s’agit pour le moment d’une base de travail sur laquelle les discussions avec les employeurs et les représentants de salariés vont se poursuivre. Face au cabinet de Serge Papin, la plupart des organisations syndicales ont rappelé qu’une véritable mesure de soutien du pouvoir d’achat serait l’augmentation des salaires. De son côté, la CPME souhaite même un relèvement à trois Smic des salaires concernés, ainsi qu’une hausse significative du montant déblocable.
Le calendrier du projet du gouvernement est encore flou. Celui-ci doit notamment composer avec une proposition de loi actuellement examinée à l’Assemblée nationale qui vise à permettre un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale jusqu’à 50000 euros par bénéficiaire en 2026.


