
Les projets se bousculent, tout comme les investisseurs. Elles avancent dans la robotique, la défense, la sécurité, l’industrie, le support client et bien d’autres domaines. Retour sur 18 start-up d’intelligence artificielle qui se sont démarquées, à leur manière, en 2025.
Elles ont été mentionnées par L’Usine Digitale pour des levées de fonds significatives, des produits IA innovants, des déploiements industriels ou des partenariats stratégiques internationaux — couvrant l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie et plus encore. Voici notre rétrospective (en toute subjectivité) de quelques-unes des start-up les plus marquantes qui ont façonné l’industrie durant l’année écoulée.
Cohere
Cette start‑up canadienne spécialisée dans l’intelligence artificielle pour les entreprises, fondée par d’anciens chercheurs de Google, a lancé en 2025 North, une plateforme IA sécurisée combinant LLM, agents et outils de recherche. Ciblant avant tout entreprises et secteurs sensibles, elle a réalisé une levée de fonds de 100 millions de dollars (avec l’ambition d’atteindre plus de 500 millions de dollars), sa valorisation approchant des 7 milliards de dollars. En septembre, Cohere a ouvert un bureau européen à Paris pour développer sa présence en EMEA et doubler ses effectifs locaux. Sur la scène internationale, la start‑up a noué des partenariats stratégiques, notamment avec Accenture, AMD, Palantir, SAP ou encore Thales pour ne citer qu’elles.
Mistral AI
En 2025, Mistral AI s’est imposé comme l’un des principaux acteurs de l’intelligence artificielle en Europe, notamment après une levée de fonds majeure de 1,7 milliard d’euros, menée par le groupe néerlandais ASML, portant sa valorisation à 11,7 milliards d’euros. Le fleuron français a noué des partenariats industriels stratégiques, comme avec CMA CGM pour intégrer ses modèles IA dans la logistique et le transport ou Stellantis, qui passe à une phase d’intégration à grande échelle de l’IA dans ses opérations.
Les rendez-vous de l’écosystème IA dans la capitale parisienne lui donnent d’ailleurs davantage de visibilité : le Sommet pour l’action sur l’IA, VivaTech ou encore Adopt AI sont autant de vitrines pour Mistral AI. Sa progression en 2025 illustre son rôle croissant dans l’écosystème IA européen, combinant financements, infrastructure, et alliances stratégiques, au premier rang desquels Nvidia.
DeepSeek
Elle a fait irruption dans l’écosystème en janvier dernier avec le lancement de modèles de langage (R1 et dérivés) affichant des performances comparables à celles d’OpenAI pour une fraction du coût, ce qui a suscité un grand intérêt dans le secteur et ébranlé quelques convictions. Cette start-up chinoise a, depuis, publié en open source plusieurs de ses modèles, dont DeepSeek-R1-Zero et DeepSeek-R1, afin d’augmenter leur adoption dans la communauté de recherche et de développement.
Pour rendre ses modèles encore plus attractifs, DeepSeek a également baissé les prix d’accès par API durant les heures creuses, visant les développeurs et les utilisateurs externes. La jeune pousse mise ici sur une transparence accrue et une stratégie open source pour contrebalancer les critiques et renforcer sa légitimité face aux acteurs américains.
Thinking Machines Lab
Fondée en février 2025 par Mira Murati, ancienne CTO d’OpenAI, avec une équipe de chercheurs expérimentés issus d’OpenAI et d’autres laboratoires IA, Thinking Machines Lab a pour ambition de faire progresser l’IA en la rendant utile, compréhensible, personnalisable et soutenue par une culture de science ouverte. En juin 2025, la jeune pousse a levé 2 milliards de dollars lors d’un tour de financement historique, faisant exploser sa valorisation à environ 12 milliards de dollars malgré l’absence de revenus ou de produits commerciaux à ce stade. La start-up a ensuite annoncé son premier produit, une API nommée Tinker dédiée au fine-tuning de modèles d’IA, permettant aux développeurs et entreprises de personnaliser des modèles open source et commerciaux.
Figure AI
Start-up américaine de robotique humanoïde qui s’est imposée comme l’un des acteurs les plus remarqués de l’écosystème IA en 2025, avec une levée de fonds de plus d’un milliard de dollars en série C et soutenue par des investisseurs comme Nvidia, Salesforce, Intel Capital, LG et T-Mobile Ventures, Figure AI est aujourd’hui valorisé 39 milliards de dollars. Elle doit cette progression spectaculaire à l’appétit des investisseurs pour la robotique humanoïde. Les robots humanoïdes développés par la start-up sont destinés à remplacer la main-d’œuvre humaine dans les tâches pénibles, dangereuses ou répétitives pour les entreprises et particuliers. Elle a déjà signé des contrats industriels, notamment avec BMW pour des déploiements dans ses usines, et est en discussions avec UPS pour automatiser des tâches en entrepôt. Figure AI illustre ici l’essor de la robotique intelligente en 2025, combinant levées historiques, applications industrielles concrètes et construction d’une chaîne de production robotique à grande échelle.
CoreWeave
CoreWeave est devenu en 2025 l’un des fournisseurs d’infrastructure cloud GPU les plus cruciaux pour l’intelligence artificielle, signant un contrat historique de 14,2 milliards de dollars avec Meta pour fournir de la capacité de calcul IA jusqu’en 2031. La société a aussi consolidé son rôle stratégique auprès de Nvidia, en concluant une commande de 6,3 milliards de dollars garantissant l’utilisation de sa capacité cloud jusqu’en 2032, ce qui a renforcé sa position sur le marché. En parallèle, CoreWeave a étendu ses relations avec OpenAI, portant les contrats entre les deux acteurs à environ 22,4 milliards de dollars, couvrant l’entraînement de modèles de nouvelle génération. La start-up se positionne ainsi comme un pilier de l’écosystème IA international, en servant des géants, mais aussi des acteurs cloud tiers, tout en attirant une forte demande de capacités GPU.
ElevenLabs
Spécialisée dans l’intelligence artificielle vocale, ElevenLabs développe des technologies de synthèse vocale et d’agents vocaux IA pour des usages professionnels et multimodaux. En janvier 2025, elle a bouclé une série C de 180 millions de dollars, portant sa valorisation entre 3 et 3,3 milliards de dollars, soit près du triple par rapport à l’année précédente. Ses agents vocaux IA multilingues et multivoix permettent de basculer entre texte et voix de manière plus naturelle et dynamique. Elle a aussi déployé une fonctionnalité de transfert de conversations entre agents, améliorant les flux conversationnels complexes pour des cas d’usage comme le support client.
Scale AI
Cette start-up américaine a fait la une des journaux pendant plusieurs jours, et pour cause. Spécialisée dans la préparation et l’annotation de données pour l’entraînement des modèles d’IA, un maillon clé pour les LLM et autres systèmes d’IA, elle a reçu en juin un investissement massif de Meta, qui a acquis environ 49% de ses parts pour 14,8 milliards de dollars, propulsant sa valorisation à 29 milliards de dollars et plaçant son fondateur Alexandr Wang au sein du nouveau laboratoire IA de Meta. Cette opération stratégique vise à renforcer les capacités de Meta en IA, notamment autour de projets avancés comme la “superintelligence” et les systèmes génératifs. Peu après, Scale AI a décroché un contrat significatif de 99 millions de dollars avec le Pentagone, pour fournir ses plateformes de données et outils IA au Département américain de la Défense.
Helsing
Basée en Allemagne, ce joyau européen s’est spécialisé dans l’intelligence artificielle appliquée à la défense. En juin 2025, Helsing a levé 600 millions d’euros en série D, portant sa valorisation autour de 12 milliards de dollars et renforçant son rôle dans l’autonomie stratégique technologique européenne. Helsing a présenté des systèmes avancés d’IA de défense, dont des drones de combat autonomes comme le CA-1 Europa, conçu pour missions en essaim et capable de transporter jusqu’à 500 kg d’armement. Elle développe aussi des plateformes sans pilote connectées, en partenariat avec ARX Robotics, afin de créer des systèmes répartis de reconnaissance et frappe IA. Depuis début 2025, Helsing a également consolidé des contrats de production de milliers de drones (HX-2 notamment, destinés à l’Ukraine), illustrant sa capacité à passer de logiciel à matériel IA de défense opérationnel.
Groq
Sortie de terre aux Etats-Unis et spécialisée dans les puces et l’infrastructure d’inférence pour l’intelligence artificielle, Groq se concentre sur des Language Processing Units (LPU) optimisés pour exécuter les modèles IA plus rapidement et à moindre coût que les GPU traditionnels. En septembre 2025, Groq a bouclé un tour de financement de 750 millions de dollars, portant sa valorisation à près de 6,9 milliards de dollars. Les fonds levés visent à étendre son réseau de data centers supportant GroqCloud, sa plateforme cloud d’inférence qui permet aux développeurs et aux entreprises de déployer des modèles IA à grande échelle.
Pour renforcer sa présence mondiale, Groq a choisi un data center Equinix à Helsinki comme base européenne, visant ainsi à mieux servir les clients européens et répondre à la demande croissante d’infrastructure IA. La fin de l’année aura été chargée pour la start-up puisqu’elle a signé un accord de licence non exclusif avec Nvidia sur sa technologie d’inférence en intelligence artificielle. La start-up californienne conserve son indépendance, malgré le départ de plusieurs dirigeants vers Nvidia.
Sierra
Elle est la start-up internationale qui veut concurrencer Salesforce avec sa plateforme d’agents IA. Normal, son fondateur n’est autre que Bret Taylor, ex-co CEO de Salesforce, au côté de Marc Benioff. Lassé d’attendre la place, il a préféré partir et lancer sa propre entreprise : Sierra. Spécialisée dans les agents IA autonomes pour les entreprises, elle construit donc des agents capables d’automatiser des tâches de service client avec du langage naturel. En septembre 2025, Sierra a levé 350 millions de dollars lors d’un tour de financement mené par Greenoaks Capital, portant sa valorisation à 10 milliards de dollars seulement 18 mois après sa création. Considérée comme l’une des licornes IA les plus en vue de l’année – avec des revenus récurrents qui approchent 100 millions de dollars, son cas illustre l’intérêt des investisseurs pour les solutions d’agents autonomes capables de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité des grandes entreprises.
Nscale
Elle est britannique et a su se faire apprécier des géants technologiques. Spécialisée dans les infrastructures cloud dédiées à l’intelligence artificielle, Nscale propose des solutions de calcul, de mise en réseau, de stockage et de services managés pour entraîner et déployer des modèles IA à grande échelle. En septembre 2025, elle a réalisé une levée de fonds de 1,1 milliard de dollars en série B, l’un des tours de financement les plus importants pour une entreprise de ce type en Europe, avec des investisseurs comme Aker ASA, Dell, Nvidia, Nokia et Fidelity. Peu après, Nscale a bouclé une pré‑série C de 433 millions de dollars en financement SAFE, montrant l’intérêt continu des investisseurs pour ses ambitions d’infrastructure IA.
L’entreprise déploie déjà des projets d’AI factories en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen‑Orient (citons notamment Stargate UK et Stargate Norway) pour héberger des centres de calcul intensif IA. Elle va également fournir près de 200 000 GPU Nvidia à Microsoft d’ici 2027, renforçant ses liens avec les géants du cloud et confirmant son rôle comme fournisseur stratégique de puissance de calcul.
Moonshot AI
D’origine chinoise, cette start-up est reconnue pour ses modèles de langage avancés, notamment Kimi K2 Thinking, un modèle open source conçu pour rivaliser avec les très grands modèles mondiaux comme GPT‑5 et Claude Sonnet 4.5, avec d’excellentes performances de raisonnement, de codage et d’intégration d’outils. En 2025, Moonshot a mis en avant sa capacité à produire des modèles très compétitifs à un coût d’entraînement nettement inférieur à celui des leaders mondiaux, ce qui lui confère un positionnement stratégique distinct sur le marché IA. Moonshot bénéficie, depuis sa création, du soutien de grands noms de l’industrie comme Alibaba et Tencent, renforçant son profil financier et technologique sur le plan international.
Sakana AI
Cette start‑up japonaise d’intelligence artificielle fondée à Tokyo par d’anciens chercheurs de Google mise sur une approche bio‑inspirée et auto‑adaptative des modèles IA plutôt que sur des modèles géants classiques. En janvier 2025, elle publie Transformer², un système de LLM capable d’adapter dynamiquement ses poids pour mieux résoudre des tâches complexes sans réentraînement complet, illustrant une innovation majeure dans l’IA adaptative. En mai, Sakana AI signe un contrat majeur avec Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG), fournissant des agents IA collaboratifs sur une période de plus de trois ans pour des applications financières avancées. La société a continué à prendre de l’ampleur en novembre 2025 avec une levée de fonds d’environ 110 millions d’euros (aux alentours de 20 milliards de yens) pour accélérer sa R&D et étendre ses solutions IA vers l’industrie, la défense et la fabrication.
Gradium
Cette start‑up française d’intelligence artificielle vocale est née dans le cocon qu’est le laboratoire Kyutai. Lancée officiellement en décembre 2025 après plusieurs mois en mode stealth pour peaufiner ses produits et sa stratégie, elle vise à redéfinir les modèles d’IA vocale pour offrir des interactions naturelles en temps réel. La société a réalisé une levée de fonds de 60 millions d’euros en seed, l’un des plus importants tours pour une jeune start‑up française. Gradium développe des modèles audio de nouvelle génération capables de gérer la transcription, la synthèse et la conversation vocale directement, avec latence ultra‑faible et support multilingue dans des langues comme l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol et le portugais. Elle se vante de générer déjà des revenus avec des produits qui séduisent des clients dans des secteurs tels que la prise de rendez‑vous médicaux, le support client ou les jeux vidéo.
Uma
Uma (Universal Mechanical Assistant) est une start‑up française de robotique et d’intelligence artificielle physique lancée en décembre 2025 à Paris par des figures reconnues du monde IA (dont un ancien de Tesla et des équipes robotique de Google Brain et Hugging Face). Elle vise à développer des robots légers, polyvalents et sûrs par conception, capables de travailler aux côtés d’humains pour automatiser des tâches dans la logistique et l’industrie manufacturière.
Une commercialisation de son premier robot mobile à bras robotisés est prévue dès 2026, avec des prototypes déjà en interne et des clients industriels intéressés. A terme, la start-up ambitionne de produire ultérieurement ces robots en Europe pour renforcer la souveraineté industrielle. Pour atteindre ses objectifs, elle a réalisé une levée de fonds significative avec des investisseurs triés sur le volet, incluant Greycroft, Unity Growth, Commit, Millennium New Horizons, Xavier Niel, Guillaume Lample (Mistral AI) et Yann LeCun.
Unconventional AI
Fondée en 2025 par Naveen Rao, ex‑responsable de l’IA chez Databricks, qui vise à repenser complètement le matériel pour l’intelligence artificielle en créant des puces et ordinateurs inspirés du fonctionnement biologique plutôt que basés sur les GPU traditionnels, Unconventional AI a réalisé en décembre 2025 une levée de fonds en seed de 475 millions de dollars, l’un des tours d’amorçage les plus importants de l’année, ce qui porte sa valorisation à environ 4,5 milliards de dollars dès ses premiers mois d’existence. Son approche vise à contourner la future crise énergétique du calcul IA, en proposant une alternative aux architectures numériques classiques qui consomment des quantités affolantes d’énergie au fur et à mesure que les modèles IA grossissent.
AMI Labs
AMI Labs (Advanced Machine Intelligence Labs) est la nouvelle start‑up d’intelligence artificielle portée par Yann LeCun, le pionnier français de l’IA qui a quitté Meta fin 2025 pour se consacrer à ce projet ambitieux. La structure, officiellement annoncée pour début 2026, se donne pour objectif de poursuivre les travaux de Yann LeCun sur des architectures alternatives (comme les modèles JEPA) qui apprennent par observation et prédiction d’actions, une approche théorique très différente des LLM traditionnels.
La rumeur courait en décembre dernier qu’AMI Labs était en pourparlers pour lever 500 millions de dollars, ce qui valoriserait la start‑up autour de 3 milliards de dollars dès sa création. Un chiffre impressionnant pour une entreprise sans produit commercial encore lancé. Alexandre Lebrun, co‑fondateur de Nabla et ancien chercheur chez Meta, a été choisi comme CEO, tandis que Yann LeCun occupe le rôle de président exécutif.


