Luchrome développe depuis 2021 des écrans imprimés par sérigraphie. Non rétroéclairés, peu cher à produire, ils ne contiennent pas de métaux ou de matériaux rares. La start-up installée à Pessac (Gironde) fait partie des lauréats de l’innovation au CES 2026 dans la catégorie durabilité et transition énergétique.
«On part d’une feuille de plastique en format A4 et on vient imprimer nos écrans dessus couche par couche», résume Romain Futsch, co-créateur et président de Luchrome, support en question en main. Déjà présent au CES de Las Vegas en 2025, la jeune pousse a choisi de revenir pour l’édition 2026, qui se tient du 6 au 9 janvier, avec cette fois-ci une version améliorée et commercialisable de ses petits écrans souples sans rétroéclairage, qui n’intègrent pas de métal ou de matériaux rares.
Avec Cyril Périé, un autre ingénieur de l’Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux (ICMCB), l’ingénieur lance Luchrome en 2021, après sa thèse sur le développement de matériaux électrochromes. Ceux-ci changent de couleur lorsqu’on leur applique un courant électrique. «Dans un laboratoire, on imagine beaucoup de choses et on ne les teste pas d’un point de vue applicatif et marché, se rappelle Romain Futsch, tenté par l’entrepreneuriat après avoir conclu ses travaux de recherche en 2021. Je voulais trouver une application, et on s’est rendu compte que cette technologie pouvait être utilisée dans des écrans électroniques basse consommation pour faire de l’affichage, notamment sur des objets connectés avec très peu de composants à l’intérieur», explique-t-il.
Écrans sérigraphiés
Il n’est pas question de regarder dessus un film en haute définition : ces écrans sont dans un premier temps destinés à des applications dans l’industrie et la logistique, pour des «étiquettes connectées» ou de la «maintenance prédictive». Par exemple, le suivi de produits du secteur pharmaceutique nécessitant des indications sur la température lors de leur transport. Sans rétroéclairage, ils ne fonctionnent pas avec des pixels mais avec des affichages – chiffres, symboles, etc. – prédéfinis avec le client, «un peu comme ce qui existait avec les écrans à cristaux liquides», décrit le président.

La start-up installée à Pessac (Gironde) imprime ses écrans en une dizaine de couches aux fonctions différentes – électrode, conduction des électrons, électrolyte, conduction des ions, électrochrome, etc. – sur une feuille de plastique. Celui-ci a finalement été préféré au papier, trop sensible à l’humidité pour les applications visées. Ce procédé de sérigraphie, une technique couramment utilisée dans l’industrie textile se veut «dix fois moins énergivore, et trois fois moins coûteux à produire». «Une feuille A4 est fabriquée en deux jours, mais qu’on en fabrique 10 ou 150, le temps de production est relativement similaire, on peut très facilement aller sur de très grands volumes», revendique Romain Futsch.
Vers le petit électronique médical et la distribution
La start-up de six employés a passé l’année 2025 à fiabiliser et améliorer son produit, notamment pour améliorer le contraste de l’affichage et sa consommation énergétique. «Au début de l’année, on pouvait garantir à peu près 1000 cycles [d’allumage puis extinction de l’écran, ndlr]», se rappelle l’ancien chercheur. En travaillant sur l’encapsulation de l’écran, «on peut désormais en garantir 20000», affiche-t-il.
Leurs premières commandes sont de l’ordre de plusieurs milliers d’unités, et la capacité de production de leur site de 100 mètres carrés va se voir augmentée : un deuxième équipement d’impression doit être installé début 2026, toujours pour du format A4. Luchrome vise ensuite des formats de feuille plus grands, en A3 puis en 50 sur 30 centimètres. Pour passer le cap de l’industrialisation, à partir de 2030, «nous envisageons de passer à l’impression sur des rouleaux», précise le fondateur, qui indique déjà avoir testé cette technique, permise par la flexibilité du matériau. À terme, les écrans de la jeune pousse girondine veulent se faire une place dans le petit électronique du secteur médical et de la grande distribution.


