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Frappes aériennes américaines dans le nord du Nigeria : des aubaines possibles, mais aussi des dangers

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Lu il y a 9 minutes



Un mois avant que les États-Unis ne lancent leur attaque le jour de Noël contre des militants liés au groupe État islamique (EI) dans le nord-ouest du Nigeria, le président Donald Trump avait déclaré le Nigeria « pays particulièrement préoccupant ». Cela était dû au meurtre présumé de chrétiens par des groupes terroristes dans le pays. Trump a menacé d’intervenir militairement si les attaques contre les chrétiens se poursuivaient.

La menace est devenue réalité le jour de Noël lorsque le commandement militaire américain pour l’Afrique, en coordination avec les autorités nigérianes, a mené des frappes contre des sites terroristes dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria.

Les réactions aux attaques ont été mitigées. Certains citoyens ont salué ces attaques, affirmant qu’ils espéraient qu’elles enverraient un message aux terroristes pour qu’ils cessent leurs activités. D’autres ont condamné les frappes, invoquant des préoccupations concernant la souveraineté.

Je fais des recherches sur les conflits, le terrorisme et la formation de groupes insurgés au Nigeria et au Sahel depuis plus d’une décennie. Après l’intervention américaine, une question clé se pose : l’attaque renforce-t-elle les mécanismes antiterroristes du Nigeria ? Ou bien cela les affaiblira-t-il et menacera-t-il la sécurité et la souveraineté nationales ?

Je soutiens que l’intervention militaire américaine renforcera effectivement la position du gouvernement nigérian dans la lutte contre l’insurrection à court terme de quatre manières, notamment en améliorant la collecte de renseignements. Néanmoins, il existe également un risque que cela entraîne des conséquences inattendues si le Nigeria ne prend pas pleinement en charge ses initiatives antiterroristes. Ceux-ci incluent la perte de souveraineté et la division politique interne.

Des gains immédiats

Premièrement, la récente coopération entre les militaires américains et nigérians aiderait le Nigeria à renforcer sa surveillance et sa collecte de renseignements. Avant l’attentat du jour de Noël, les États-Unis avaient effectué des vols de reconnaissance au Nigeria. Les données recueillies lors de ces vols ont permis d’identifier les rassemblements et les mouvements terroristes.

Les États-Unis et leurs alliés ont du mal à recueillir des renseignements dans la région depuis la fermeture d’une base de drones américaine au Niger à la suite d’un coup d’État dans le pays. La perte et le retrait ultérieur de la base de drones américaine à Agadez ont considérablement dégradé les capacités de collecte de renseignements américaines et occidentales. C’est pourquoi les États-Unis ont effectué des vols de reconnaissance depuis le Ghana pour cette attaque.

Deuxièmement, la collaboration militaire annoncée donnera au gouvernement nigérian l’accès à du matériel et des ressources militaires de pointe. Les relations entre les États-Unis et le Nigeria sont rompues depuis 2015, suite à la publication d’un rapport d’Amnesty International dans lequel l’armée nigériane était accusée de violations flagrantes des droits humains.

Le gouvernement américain a immédiatement suspendu les ventes de matériel militaire clé à Abuja. Il a également interdit au Nigeria d’utiliser certains équipements américains déjà achetés.

Six ans plus tard, le Nigeria signait un accord militaire avec la Russie.

La grève du jour de Noël ordonnée par Trump suggère que les États-Unis pourraient une fois de plus être disposés à aider le Nigeria dans ses initiatives antiterroristes.

Troisièmement, l’intervention pourrait aider le Nigeria à lutter contre le terrorisme le long de ses frontières. L’attaque du jour de Noël s’appuie sur des informations selon lesquelles des cellules terroristes du Niger et du Burkina Faso étaient entrées au Nigeria pour mener des attaques coordonnées. J’ai déjà écrit sur la manière dont le terrorisme se propage en Afrique de l’Ouest et sur la nécessité d’une coopération internationale pour lutter contre cette montée en puissance. De telles attaques coordonnées pourraient contribuer aux initiatives antiterroristes transfrontalières du Nigeria.

Enfin, les attaques coordonnées envoient le message aux groupes terroristes qu’il existe un effort renouvelé pour mettre la pression sur eux.

Conséquences inattendues

Il existe néanmoins un risque que l’action américaine ait des conséquences inattendues si le Nigeria ne prend pas pleinement en charge ses initiatives antiterroristes.

Depuis l’apparition de Boko Haram au Nigeria en 2009, le pays lutte contre le terrorisme à l’intérieur et autour de ses frontières. Malgré les initiatives antiterroristes telles que la réponse militaire, la coordination du renseignement, la résilience des communautés, les partenariats internationaux et les efforts de réhabilitation visant à démanteler les réseaux extrémistes et à s’attaquer aux causes profondes, le Nigeria n’a pas été en mesure d’arrêter le terrorisme dans le pays.

Même si la reprise des collaborations avec les États-Unis constitue un pas dans la bonne direction, les dangers possibles pour le Nigeria comprennent :

Une perte d’accès et de contrôle des données de renseignement. Le Nigeria doit prendre en charge son architecture de surveillance et de collecte de renseignements, sinon il risque un affaiblissement de sa souveraineté. De grandes quantités de données sont collectées lors des vols de reconnaissance. Mais le pays qui effectue les vols est propriétaire des données. Il a la prérogative de savoir ce qu’il veut partager et quand.

Le Nigeria a déjà été présent : lorsque la base de drones américaine d’Agadez était opérationnelle, toutes les données recueillies à travers le Sahel étaient analysées par le Pentagone qui décidait des informations à relayer à ses partenaires.

Le Nigeria devrait se prémunir contre cela en prenant en charge les activités de reconnaissance et de surveillance nécessaires à la protection de ses intérêts nationaux.

Action de suivi rapide. L’armée nigériane doit tirer profit de l’impact des frappes. Elle doit capitaliser sur le désarroi qui règne dans les camps terroristes. En agissant de manière coordonnée après 2015, la Force multinationale mixte (MNJTF) a réussi à démanteler Boko Haram en tant qu’organisation et à affaiblir ses bases.
Mais l’armée nigériane doit surveiller de près la division du groupe terroriste suite aux succès remportés contre ses bases militaires. Les succès de la Force multinationale mixte sont en partie responsables de la division de Boko Haram en trois factions en 2016.

Les premières frappes menées par l’armée américaine ne seront significatives que si l’armée nigériane empêche la formation de petits groupes terroristes.

Les Nigérians doivent être assurés que le gouvernement agira dans leur intérêt. L’attaque américaine risque d’aggraver les divisions politiques au Nigeria si elle n’est pas correctement gérée. Alors que Trump a présenté l’attaque comme une action contre le meurtre de chrétiens dans le pays, le gouvernement nigérian a insisté sur le fait qu’elle faisait partie d’une campagne renouvelée contre les terroristes déstabilisant le pays.

L’explication de Trump sur l’attaque a suscité la colère de certains groupes politiques au Nigeria. Par exemple, le religieux islamique Cheikh Ahmed Gumi a condamné avec véhémence les frappes aériennes américaines, qualifiant les Nigérians qui ont soutenu les frappes de « stupides » et de « malavisés ».

Le gouvernement nigérian doit contrôler le discours et expliquer clairement en quoi la collaboration militaire renouvelée avec les États-Unis est dans l’intérêt national du Nigeria et ne vise pas des groupes ethniques ou religieux particuliers.

Écrit par Olayinka Ajala, professeur agrégé de politique et de relations internationales, Université de Leeds Beckett.

Republié avec la permission de La conversation. L’article original peut être trouvé ici.



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