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De la menace à la réponse opérationnelle

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Lu il y a 22 minutes



Longtemps cantonnée à un rôle technique, la cybersécurité est devenue un enjeu stratégique majeur pour les organisations. La généralisation du cloud, du télétravail et des systèmes interconnectés a profondément élargi la surface d’attaque. Face à la hausse des incidents, à la professionnalisation des attaquants et au durcissement des cadres réglementaires, entreprises et administrations doivent repenser en profondeur leur gouvernance et leurs moyens de protection.

La cybersécurité, ou sécurité informatique, désigne l’ensemble des pratiques visant à prévenir, détecter et répondre aux incidents qui pourraient perturber les activités d’une organisation en compromettant ses systèmes.

La cybersécurité est devenue indispensable en raison de la numérisation des organisations, qui s’appuient désormais sur des environnements hybrides et interconnectés (cloud, API, IoT, télétravail) augmentant fortement la surface d’attaque.

Cette transformation a profondément modifié l’architecture des systèmes d’information : les applications ne sont plus hébergées dans un périmètre fermé. Le recours massif au télétravail et aux terminaux non maîtrisés expose davantage les identités et les points d’accès, tandis que la généralisation des objets connectés multiplie les portes d’entrée potentielles.

Une hausse des incidents

La tendance est à la hausse des incidents. Comme le montre le panorama de la cybermenace publié par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), l’année 2024 confirme une intensification nette de l’activité malveillante. L’organisme français de référence a traité 4386 événements de sécurité, dont 3004 signalements et 1361 incidents avérés, soit une hausse d’environ 15% par rapport à 2023. Les ransomwares – ou rançongiciels – et les extorsions de données restent prépondérants, touchant particulièrement les PME, collectivités et établissements d’enseignement.

Les organisations doivent faire face à une diversité croissante de menaces. Les malwares constituent la catégorie la plus emblématique : les rançongiciels chiffrent les systèmes et extorquent les organisations en échange de la restitution des données, les trojans permettent un accès furtif et persistant et les wipers ciblent la destruction pure et simple des données.

L’ingénierie sociale en haut de la liste

L’ingénierie sociale reste un vecteur majeur. Elle contourne les défenses techniques : mails de phishing imitant des services légitimes, spear-phishing très ciblé contre des cadres, ou fraudes au président visant la manipulation financière.

L’exploitation de vulnérabilités techniques, telles que les injections SQL, failles d’exécution de code à distance (RCE)…, permet aux attaquants de franchir les protections sans interaction avec l’utilisateur. Les attaques réseau, telles que les DDoS, saturent les infrastructures pour rendre un service indisponible, tandis que les attaques man-in-the-middle interceptent ou altèrent les communications entre deux systèmes.

Cibler la supply chain pour toucher des milliers d’entités

La compromission d’identifiants s’appuie sur des méthodes automatisées (credential stuffing utilisant des bases de mots de passe volées, password spraying sur des comptes à faible sécurité) ou sur le détournement de tokens d’authentification dans le cloud. Les attaques de supply chain exploitent la dépendance croissante à des prestataires ou des composants logiciels : une mise à jour compromise ou un fournisseur infiltré peut servir de vecteur vers des milliers de clients.

Les architectures cloud introduisent leurs propres risques : erreurs de configuration (buckets ouverts, ACL publiques), politiques IAM trop permissives ou exploitation d’API mal protégées. Enfin, les menaces viennent aussi de l’intérieur : erreurs humaines, négligences ou actes malveillants d’insiders.

Les environnements IoT et industriels (OT/ICS) représentent un autre point faible, car ils comportent souvent des équipements anciens, peu mis à jour et rarement segmentés, offrant des accès privilégiés au réseau interne.

Deux attaques d’ampleur : le CH de Corbeil et SolarWinds pris en exemples

Deux cyberattaques emblématiques illustrent la diversité des cibles et l’ampleur des impacts possibles. En août 2022, le Centre hospitalier Sud Francilien (CHSF) de Corbeil-Essonnes (l’un des grands hôpitaux publics d’Île-de-France) a été victime d’un ransomware qui a bloqué son système d’information pendant plusieurs semaines. Les pirates du groupe LockBit ont chiffré les serveurs, rendant inaccessibles les logiciels métiers, les systèmes de stockage et les outils d’admission des patients, forçant l’hôpital à basculer en mode dégradé et à rediriger certains patients vers d’autres établissements.

Dans le secteur privé, l’affaire SolarWinds constitue l’un des cas les plus emblématiques de compromission de supply chain : en 2020, des attaquants ont infiltré la chaîne de production du logiciel Orion, diffusant une mise à jour piégée qui a permis d’accéder discrètement aux réseaux de milliers d’organisations, dont des entreprises du Fortune 500 et plusieurs agences fédérales américaines. Ce type d’attaque démontre l’ampleur potentielle d’une compromission lorsqu’elle s’appuie sur un fournisseur technologique.

Des impacts organisationnels aux conséquences financières

Pour une organisation, une cyberattaque peut provoquer des conséquences. Sur le plan opérationnel, elle peut entraîner l’arrêt total ou partiel de l’activité, la perte d’accès aux outils métiers, la dégradation des services rendus aux clients ou usagers, et des retards pouvant se propager à l’ensemble de la chaîne de production.

Les impacts financiers sont également significatifs : coûts de remédiation, mobilisation d’équipes en urgence, prestations de cybersécurité, perte de revenus pendant l’incident, augmentation des primes d’assurance… Une attaque peut aussi conduire à une compromission ou une fuite de données, avec des risques juridiques, concurrentiels ou de confidentialité selon la nature des informations exposées.

La dimension réglementaire est tout aussi importante : selon le secteur, l’organisation peut être tenue de notifier l’incident et s’expose à des sanctions en cas de manquement aux obligations de sécurité. Les conséquences réputationnelles peuvent se traduire par une perte de confiance durable des clients, partenaires ou usagers, affectant l’image et la crédibilité de l’organisation. Enfin, certains incidents ont des effets systémiques, lorsqu’ils touchent des prestataires critiques ou des infrastructures partagées, amplifiant l’impact, bien au-delà de l’entité initialement ciblée.

Le RSSI, au cœur de la gestion de la cybersécurité

Dans les organisations, la cybersécurité est portée par plusieurs fonctions complémentaires. La responsabilité globale revient généralement au RSSI (Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information), qui définit la stratégie, pilote la gestion des risques et veille à la mise en œuvre des politiques de sécurité.

Il s’appuie sur des équipes opérationnelles : les analystes SOC, chargés de la surveillance continue et de la détection d’activités suspectes ; les équipes de réponse à incident (CSIRT internes ou cellules ad hoc), qui analysent les compromissions, contiennent l’attaque et coordonnent les actions de remédiation ; les administrateurs système, réseau et cloud, responsables du durcissement, des mises à jour, de la gestion des accès et du maintien en condition de sécurité.

Selon la maturité de l’organisation, on trouve aussi des architectes sécurité, des spécialistes IAM pour gérer les identités et les privilèges, ainsi que des équipes DevSecOps intégrant la sécurité dans le cycle de développement applicatif.

Les entreprises peuvent également faire appel à des prestataires spécialisés, qu’il s’agisse de pentesters, d’auditeurs ou de fournisseurs de services managés, pour renforcer leurs capacités internes.

En France, l’Anssi aux commandes

En France, la gouvernance de la cybersécurité repose sur l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Elle définit les référentiels de sécurité, pilote l’analyse de risques au niveau national et supervise la protection des opérateurs d’importance vitale et de services essentiels. L’agence maintient des capacités avancées de détection, d’analyse de menaces et de gestion d’incidents, et encadre la qualification des prestataires.

Sur le volet militaire, le Commandement de la cyberdéfense (ComCyber) conduit des opérations de défense active et assure la montée en puissance capacitaire du pays.

Une agence européenne chargée de coordonner les différents centres

Au niveau de l’Union européenne, l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (Enisa) développe les cadres stratégiques et techniques et renforce la coordination entre les Centres de réponse aux incidents de sécurité informatique (CERT) nationaux.

Aux États-Unis, la cybersécurité est pilotée de manière distribuée mais très structurée. La Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) centralise la gestion des risques nationaux, la protection des infrastructures critiques et la diffusion d’indicateurs de compromission à grande échelle. Le US Cyber Command conduit les opérations militaires, intégrées aux capacités offensives et défensives de la National Security Agency (NSA). De son côté, le FBI supervise l’attribution, l’enquête et la disruption des campagnes malveillantes.

À l’échelle internationale, la coopération repose sur les réseaux de CERT/CSIRT, les mécanismes de partage de renseignement sur les menaces (threat intelligence), ainsi que sur des alliances comme l’Otan, qui développe une doctrine cyber intégrée et opère via son Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence à Tallinn.

Quels sont les moyens de protection ?

Pour faire face aux cyberattaques, les entreprises comme les administrations s’organisent. Les mesures de protection organisationnelles constituent la fondation de toute démarche de cybersécurité.

La première brique est la gouvernance de la sécurité, articulée autour d’une stratégie définie par le RSSI et validée par la direction. Elle s’appuie sur une politique de sécurité des systèmes d’information (PSSI), le corpus normatif interne qui précise les règles, les responsabilités et le niveau d’exigence applicable à l’ensemble des équipes. Cette politique est alimentée par une analyse de risques structurée afin d’identifier les scénarios d’attaque critiques, d’évaluer leur vraisemblance et leurs impacts, puis de prioriser les mesures de réduction des risques.

La gestion du cycle de vie des tiers constitue également un volet organisationnel essentiel : les fournisseurs, éditeurs SaaS, intégrateurs et prestataires doivent faire l’objet d’une évaluation préalable (due diligence), d’exigences contractuelles explicites en matière de sécurité et d’un suivi continu. L’approche “Zero Trust” renforce cette logique en imposant un principe de moindre privilège et une vérification continue plutôt qu’une confiance implicite dans les partenaires.

La protection organisationnelle passe aussi par la formalisation de procédures opérationnelles : gestion des habilitations, politique de mots de passe, gestion des vulnérabilités, revue régulière des droits, processus de changement (Change Management), durcissement des configurations et maîtrise du shadow IT.

Un autre pilier est la gestion de crise cyber, qui exige des plans documentés, des cellules de crise pré-identifiées, des procédures de communication interne/externe, des scénarios de réaction et des exercices réguliers (crisis drills, simulations de type Purple Team). La capacité à basculer en mode dégradé et à restaurer les services via des sauvegardes fiables est cruciale.

Lutter contre les erreurs humaines par la formation

En parallèle, la dimension humaine reste centrale. En effet, la sensibilisation et la formation des employés, administrateurs, développeurs et managers constitue une mesure organisationnelle déterminante. Cela inclut des campagnes d’hameçonnage simulé ainsi que des modules de formation sur la gestion des données.

Les mesures de protection techniques complètent la gouvernance en mettant en œuvre des contrôles concrets destinés à réduire la surface d’attaque, détecter les comportements malveillants et assurer la résilience de l’infrastructure. Elles couvrent l’ensemble des couches du système d’information.

La première couche est la sécurisation du réseau, via la segmentation (VLAN, micro-segmentation), les firewalls de nouvelle génération, les proxies, les IDS/IPS et l’inspection TLS. L’objectif est de limiter les mouvements latéraux et de contrôler les flux, en appliquant le principe Zero Trust.

La protection des postes de travail et serveurs repose sur le durcissement des configurations (CIS Benchmarks), le patch management, l’antivirus nouvelle génération et les solutions EDR ou XDR, capables d’identifier des comportements anormaux (process injection, persistance inhabituelle, exfiltration). Ces solutions s’intègrent généralement au SOC pour fournir une visibilité centralisée et améliorer les capacités de détection grâce à l’analyse comportementale et aux règles MITRE ATT&CK.

Les mesures techniques incluent également la gestion des identités et des accès (IAM), avec authentification multi facteurs, gestion du cycle de vie des comptes, limitation des privilèges (PAM), rotation des secrets et contrôle strict des comptes à haut privilège.

Dans les environnements cloud, cela passe par l’analyse continue des permissions (CIEM), la détection des configurations à risque (CSPM) et la protection des charges de travail (CWPP). La protection technique passe aussi par des mécanismes de chiffrement des données pour réduire l’impact d’une compromission.

Superviser et tester

Enfin, les organisations doivent mettre en place un système de supervision et de détection robuste, avec des logs centralisés dans un SIEM, une corrélation d’événements, des alertes en temps réel… Des tests réguliers permettent de valider l’efficacité réelle des mesures et d’exposer les failles résiduelles.

Dans le volet technique, la détection et la réponse aux incidents constituent un ensemble de capacités indispensables pour identifier rapidement une activité malveillante et limiter son impact opérationnel.

La pierre angulaire de cette architecture est le Security Operations Center (SOC), chargé de la surveillance continue du système d’information. Il s’appuie sur un Security Information and Event Management (SIEM), qui centralise et corrèle les journaux issus des applications, des serveurs, des équipements réseau, des solutions cloud ou des outils de sécurité. En complément, les solutions EDR (Endpoint detection and response)/XDR (Extended Detection and Response) assurent une visibilité fine sur les postes et serveurs, détectent des techniques d’attaque sans signature.

Les environnements modernes nécessitent également des outils spécialisés : NDR (Network Detection and Response) pour la détection des anomalies réseau, CSPM/CWPP/CIEM pour surveiller les configurations et les comportements dans le cloud, ou encore des sondes capables d’identifier l’exfiltration de données ou la communication avec des serveurs de commande et contrôle.

Lorsqu’un incident est confirmé, les équipes disposent de capacités de forensic pour analyser l’attaque, reconstruire la timeline, identifier les mécanismes de persistance et déterminer si des données ont été compromises.

L’objectif de ces mesures techniques est de réduire drastiquement le temps de détection et le temps de remédiation. Il s’agit de deux indicateurs clés de résilience des organisations.

Recourir à la cyber-tromperie

Dans cette logique de détection avancée, certaines organisations complètent ces dispositifs par des techniques de cyber-tromperie (cyber deception), qui visent non pas à bloquer l’attaquant, mais à l’attirer vers des environnements ou des ressources factices afin de détecter plus précocement une compromission et d’analyser ses modes opératoires.

Dans le volet technique, la détection et la réponse aux incidents constituent un ensemble de capacités indispensables pour identifier rapidement une activité malveillante et limiter son impact opérationnel. La pierre angulaire de cette architecture est le SOC (Security Operations Center), chargé de la surveillance continue du système d’information. Il s’appuie sur un SIEM, qui centralise et corrèle les journaux issus des applications, des serveurs, des équipements réseau, des solutions cloud ou des outils de sécurité.

En complément, les solutions EDR/XDR assurent une visibilité fine sur les postes et serveurs, détectent des techniques d’attaque sans signature — exécution en mémoire, escalade de privilèges, mouvements latéraux — et permettent d’isoler un hôte compromis en quelques secondes.

Les environnements modernes nécessitent également des outils spécialisés : NDR pour la détection des anomalies réseau, CSPM/CWPP/CIEM pour surveiller les configurations et les comportements dans le cloud, ou encore des sondes capables d’identifier l’exfiltration de données ou la communication avec des serveurs de commande et contrôle.

Détection et remédiation au centre de la résilience

L’objectif de ces mesures techniques est de réduire drastiquement le temps de détection (MTTD) et le temps de remédiation (MTTR), deux indicateurs clés de résilience. Dans un contexte où les attaquants opèrent souvent de manière discrète, utilisent des techniques de contournement et se déplacent latéralement dans l’environnement, ces capacités techniques de détection et de réponse sont essentielles pour contenir l’attaque avant qu’elle ne se propage et restaurer un fonctionnement sécurisé.

Face à l’augmentation des attaques, les assurances cyber sont devenues un outil de gestion du risque pour les organisations, mais leur rôle sur la dynamique des ransomwares reste débattu. Une police d’assurance cyber couvre généralement plusieurs volets, des frais de remédiation technique aux coûts de continuité d’activité en passant par la prise en charge des juristes, de la gestion de crise et parfois des pertes d’exploitation.

Payer la rançon, une pratique aussi inefficace que dangereuse

La question la plus sensible est celle du paiement des rançons. Historiquement, certaines assurances pouvaient couvrir le montant de la rançon en cas de ransomware. Mais cette pratique est de plus en plus remise en cause. D’une part, parce que payer une rançon contribue à alimenter l’économie des groupes criminels, incite à la répétition des attaques et ne garantit jamais la restitution complète des données ou l’absence de fuite ultérieure. D’autre part, parce que certaines rançons peuvent violer des régimes de sanctions internationales, notamment lorsqu’elles impliquent des groupes liés à des États ou organisations placées sur listes noires.

La multiplication des cyberattaques s’est accompagnée d’un renforcement rapide et parfois fragmenté des cadres législatifs, faisant de la cybersécurité un enjeu juridique et réglementaire à part entière. En Europe, la directive NIS 2 élargit considérablement le périmètre des organisations soumises à des obligations de sécurité et de notification d’incidents, tandis que le Cyber Resilience Act (CRA) impose des exigences de sécurité dès la conception pour les produits numériques mis sur le marché.

De son côté, le règlement Dora encadre spécifiquement la résilience opérationnelle numérique du secteur financier, en imposant des tests, une gouvernance renforcée et une gestion stricte des risques liés aux prestataires tiers. Ces textes complètent le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui impose depuis 2018 une obligation de sécurité des données personnelles et de notification des violations.

Les États-Unis s’appuient sur une mosaïque de lois fédérales et sectorielles, renforcées par des exigences de reporting imposées par la Securities and Exchange Commission (SEC) pour les incidents cyber matériels, tandis que la Chine a structuré un cadre très contraignant autour de la Cybersecurity Law, de la Data Security Law et de la Personal Information Protection Law (PIPL), l’équivalent du RGPD.

Un usage croissant de l’IA

Les tendances récentes montrent une cybersécurité en mutation marquée par l’industrialisation continue des attaques, l’exploitation des chaînes d’approvisionnement ainsi que l’usage croissant de l’intelligence artificielle, à la fois pour automatiser les offensives et renforcer les capacités défensives.



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