
Le versement nucléaire universel (VNU) remplace l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) à partir du 1er janvier 2026. Si l’exécutif assure que cette bascule ne provoquera pas de hausse sur les factures des consommateurs, le nouveau mécanisme de régulation des prix de l’électricité fait l’objet de vives critiques, notamment en raison de l’exposition des foyers aux prix de marché.
L’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) n’est plus. Mis en place en 2011, ce dispositif de régulation du prix de l’électricité s’est éteint le 31 décembre 2025. Pensé pour répondre aux exigences européennes en matière de concurrence, ce système obligeait EDF à céder chaque année 100 TWh d’électricité nucléaire (soit entre un tiers et un quart de sa production) à des industriels très énergivores ainsi qu’aux fournisseurs alternatifs concurrents à 42 euros le mégawattheure. Un tarif particulièrement avantageux pour ces derniers, sachant que le prix spot de l’électricité livrable en France s’élevait par exemple à 58 €/MWh en moyenne en 2024, 97 €/MWh en 2023 et même 276 €/MWh en 2022 ! Cette dernière année ayant été marquée par le début de la guerre en Ukraine et la faible disponibilité du parc nucléaire tricolore.
L’Arenh est remplacé par le versement nucléaire universel (VNU), qui permet à EDF de vendre son électricité nucléaire au prix du marché de gros, qui varie selon l’offre et la demande. En contrepartie, l’énergéticien doit restituer une partie de ses bénéfices aux consommateurs, particuliers comme entreprises, au-delà de deux seuils fixés par décret pour trois ans. Pour la période 2026-2028, il doit ainsi redistribuer 50% de ses revenus excédentaires dès lors que le prix dépasse 78 €/MWh, et même 90% à partir de 110 €/MWh. Selon Bercy, ce «garde-fou» constitue «un compromis entre la protection des consommateurs» et «les besoins d’investissements dans le système énergétique de demain», une référence implicite au très coûteux programme EPR2.
Des factures stables en 2026
En parallèle, pour ne pas s’attirer les foudres des entreprises, EDF vend également une partie de son électricité via des contrats de long-terme, prévus pour durer de dix à quinze ans. Mi-novembre, le groupe faisait état de onze contrats fermes, dont sept contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN), signés avec des industriels électro-intensifs, pour une consommation annuelle de 14 TWh. Loin de l’objectif de 40 TWh inscrit dans l’accord conclu en novembre 2023 entre l’Etat et EDF. Le groupe a par ailleurs annoncé que les CAPN seraient dorénavant accessibles aux consommateurs ayant des besoins supérieurs à 7 GWh/an. Au total, 1800 MW d’électricité nucléaire seront alloués à ce dispositif, ce qui correspond à environ 10,6 TWh par an au niveau actuel de production du parc historique, avec des livraisons, en France uniquement, à partir du 1er janvier 2027.
Selon le ministère de l’Economie, la fin de l’Arenh ne devrait pas engendrer une flambée des factures d’électricité, du moins pas pour les quelque 20 millions de ménages soumis au tarif réglementé de vente d’électricité (TRVE) et les 4 autres millions disposant d’un contrat indexé sur ce tarif. «Au regard des prix bas de l’énergie décarbonée française […], les prix sont anticipés comme étant stables pour 2026», a indiqué Bercy le 22 décembre. Pour les autres, «on ne peut pas l’affirmer avec autant de certitude, mais la stabilité va être a priori plutôt la norme en début d’année», a ajouté le ministère.
Un nouveau dispositif sous le feu des critiques
Si les Français seront sûrement ravis d’être préservés d’une nouvelle hausse, la situation aurait pu se révéler encore plus favorable. Selon les calculs de la start-up Hello Watt, «le maintien de l’Arenh aurait permis une diminution de près de 9% du tarif réglementé, équivalente à une baisse de 6% des factures». Bercy iniste cependant sur le fait que ce mécanisme n’aurait de toute façon pas pu être prolongé, la Commission européenne n’ayant jamais autorisé sa pérennisation : «Il faut faire le deuil de l’Arenh.»
Il ne faudra par ailleurs pas compter de sitôt sur un éventuel déclenchement des seuils du VNU, en raison des prix actuels de l’électricité française sur les marchés de gros, bien éloignés du premier palier de 78 €/MWh. «Il y a très peu de chances pour que le mécanisme de VNU se mette en place pour 2026», prévenait déjà fin septembre la Commission de régulation de l’énergie (CRE). En octobre, un rapport parlementaire dénonçait ainsi des seuils «placés à un niveau trop élevés» et un mécanisme «complexe et peu lisible», qui «expose le consommateur aux prix de marché». «D’une certaine manière, on organise l’opposition entre EDF et les Français, puisque EDF a intérêt à ce que les prix de marché grimpent pour faire des profits, tandis qu’évidemment les consommateurs n’y ont aucun intérêt, puisque les seuils de taxation vont être placés très haut», déplorait le député Maxime Laisney (LFI).
Alors que les critiques s’accumulent autour du dispositif post-Arenh, le gouvernement cherche d’autres solutions. Fin novembre, le ministre de l’Economie Roland Lescure a indiqué étudier plusieurs scénarios pour réduire les prix de l’électricité en France. Parmi les options envisagées figure notamment une baisse des accises, qui sont aujourd’hui deux fois plus élevées pour l’électricité que pour le gaz, un paradoxe à l’heure de la transition écologique. Le financement de cette mesure risque cependant de tourner au casse-tête : l’Etat n’assumera probablement pas seul le coût de ce cadeau fiscal, mais une hausse miroir des accises sur le gaz pourrait faire grincer des dents une partie de la population.


