
Début novembre, Framatome a annoncé qu’il allait produire du combustible TRISO sur son site de Romans-sur-Isère en coopération avec la start-up française Blue Capsule Technology, alors qu’il le fait déjà aux États-Unis. Décryptage d’une annonce stratégique.
C’est un projet inclus dans le milliard d’euros d’investissements que Framatome entend consentir sur son site de Romans-sur-Isère dans la Drôme. Début novembre, lors du World Nuclear Exhibition 2025 à Paris, Framatome a annoncé la construction de nouvelles capacités d’industrialisation et de développement de combustible TRISO (pour Tri-Structural Isotropic) sur le site. Le montant n’a pas été dévoilé, mais l’annonce est stratégique.
Ce combustible avancé est composé de minuscules particules d’uranium enrichi enfermées dans des couches protectrices en carbure de silicium et en nitrure de bore, qui servent de première barrière de confinement pour retenir les produits de fission. Les billes d’environ 1 millimètre sont logées dans de grandes pastilles en graphite pyrolytique, poreux et non poreux.
Ce combustible est utilisé principalement dans les réacteurs à haute température (HTR), dont trois sont en service dans le monde, un au Japon et deux en Chine. «Ces combustibles sont extrêmement sûrs. Ils ne relâchent pratiquement rien. On peut les faire fonctionner à très haute température sans qu’il y ait de risque», explique Alain Frichet, vice-président en produits et technologies de la BU combustible de Framatome.
Une qualité qui séduit les start-up du nucléaire qui veulent produire de la chaleur pour l’industrie, comme les françaises Jimmy et Blue Capsule ou l’américain X-Energy, qui va construire une première centrale Xe-100 de quatre unités sur le site du chimiste Dow au Texas, avec le soutien du Département américain de l’Énergie qui lui a accordé 700 millions de dollars d’aides. Comme Jimmy, X-Energy prévoit de produire son propre combustible TRISO. Mais en attendant, il pourrait s’approvisionner chez Framatome : en septembre, l’industriel français a annoncé la création d’une co-entreprise avec le fabricant de TRISO Standard Nuclear pour la fabrication de ce combustible en quantités commerciales, soit 2 tonnes métriques par an, dans l’usine Framatome de Richland (États de Washington).
Contourner les restrictions américaines à l’export
Mais les start-up françaises pourraient ne pas avoir accès à ce combustible fabriqué aux États-Unis, à cause des règles de restriction à l’export des technologies américaines, dites export control. Pour assurer la souveraineté française et européenne, Framatome a donc décidé de développer un savoir-faire en France. Et début novembre, l’industriel a annoncé collaborer avec la start-up Blue Capsule Technology, qui développe un réacteur HTR de 150 MWth à partir d’une technologie du CEA. Celui-ci utilisera un combustible TRISO faiblement enrichi, à moins de 5%, contre 20% pour celui fabriqué aux États-Unis, explique l’expert de Framatome.
Édouard Hourcade, le PDG, vise un prototype non nucléaire d’ici à 2028-2029 et une tête de série à l’horizon 2035-2036 pour produire de la vapeur à 650 °C pour un coût de 50 €/MWh. Soutenue par France 2030 à hauteur de 10 millions d’euros, la start-up attend, comme les dix autres, de savoir si elle sera retenue parmi les trois ou quatre qui continueront à être soutenues.
Cette incertitude n’a pas l’air de préoccuper Framatome, qui outre son accord avec Blue Capsule pour produire du TRISO, va aussi qualifier et fabriquer les éléments combustibles pour la start-up, avec la construction d’une ligne pilote à Romans-sur-Isère. «C’est une ligne qui va nous permettre de qualifier les procédés de fabrication et donc de faire de la pré-industrialisation suffisamment loin dans le procédé pour préfigurer ce que serait une usine TRISO, explique Alain Frichet, de Framatome. Cela va nous permettre de savoir exactement comment ça fonctionne, quels sont les paramètres optimaux de fonctionnement, et de définir ce qu’il faudrait faire comme montée à l’échelle pour faire une usine de fabrication.»
Un savoir-faire qui ouvrirait les portes à un nouveau marché. Le Royaume-Uni mais aussi la Pologne regarderaient de près la technologie HTR pour produire de la chaleur. Reste à démontrer la compétitivité du petit nucléaire face au gaz.


