Ad image

le pari de l’américain Deep Fission

Service Com'
Lu il y a 6 minutes



[Nucrazy : ces start-up états-uniennes qui veulent révolutionner le nucléaire 2/3] Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les Etats-Unis cherchent à relancer à plein régime leur industrie nucléaire, présentée comme l’une des clés pour répondre aux besoins énergétiques du pays. De nombreuses start-up entendent bien surfer sur cette vague atomique, en se démarquant grâce à des solutions… originales. Aujourd’hui, focus sur Deep Fission, une société convaincue que l’avenir du nucléaire se jouera sous terre.

Tchernobyl, Fukushima, Three Mile Island… Si les accidents nucléaires graves se comptent sur les doigts de la main, leurs conséquences parfois dévastatrices restent gravées dans les mémoires et continuent d’être présentées comme des épées de Damoclès par les détracteurs de l’atome. Fondée en 2023, la start-up Deep Fission entend apaiser les craintes autour de cette technologie (et diminuer drastiquement ses coûts) en proposant une solution radicale : enfouir des petits réacteurs modulaires (SMR) à 1,6 km sous terre.

Pour parvenir à creuser à une telle profondeur, la start-up prévoit de s’inspirer des forages de puits pétroliers ou gaziers, qui peuvent s’enfoncer jusqu’à 6 km sous le niveau du sol. Concernant son SMR, elle a opté pour le design le plus éprouvé : le réacteur à eau pressurisée. Baptisé Gravity, le sien se distinguera à son allure élancée, puisqu’il mesurera environ 9 m de haut pour moins de 76 cm de large, mais il sera lui aussi alimenté par de l’uranium faiblement enrichi. Sa mission sera de transformer de l’eau en vapeur afin que celle-ci remonte via des tubes pour activer une turbine située près de la surface et ainsi générer de l’électricité. Un fonctionnement similaire à celui des centrales géothermiques, avec une capacité prévue de 15 MW. Deep Fission assure qu’il suffit de multiplier les forages pour changer d’échelle, prévoyant déjà des installations de 150 MW, et même 1,5 GW.

Une réduction des coûts drastique

Installer des SMR à 1,6 km présenterait plusieurs avantages. Tout d’abord, la pression à cette profondeur atteint naturellement environ 160 bars, ce qui permet de conserver l’eau sous forme liquide et de créer une étanchéité naturelle empêchant toute fuite radioactive vers la surface. Ensuite, les réacteurs se trouvent préservés des ouragans, des inondations, ou encore des actes de malveillance. Enfin, en cas d’incident, par exemple après un séisme dévastateur, il suffirait, selon les dirigeants, de reboucher le forage et de laisser les déchets reposer dans les entrailles de la Terre.

Deep Fission met en avant les économies qui pourraient être réalisées en matière de sécurité. «Les principales dépenses d’un réacteur à eau pressurisé standard sont l’énorme cuve sous pression en acier, de 20 à 30 cm d’épaisseur, le grand pressuriseur et l’immense enceinte de confinement, dont les murs de béton font 0,9 à 1,8 m d’épaisseur», détaille la start-up. Grâce à son design novateur, elle estime pouvoir réduire les coûts de 70% à 80% par rapport à une centrale nucléaire traditionnelle, et pense ainsi pouvoir facturer son électricité entre 42,9 et 60 €/MWh, un coût compétitif avec d’autres sources d’énergies renouvelables.

12,5 GW de pré-commandes

La configuration souterraine pourrait néanmoins compliquer certaines opérations, à l’image du rechargement du combustible ou de la maintenance. Il faudra probablement remonter le réacteur à la surface à intervalles réguliers, ce qui nécessitera la mise en place de solutions de protection adaptées pour les employés. De façon plus générale, si l’entreprise prévoit d’équiper ses réacteurs de divers capteurs afin de suivre leur performance, l’absence de contrôles visuels fréquents risque de compliquer l’obtention de certaines autorisations. Par ailleurs, la société devra démontrer sa compréhension approfondie du comportement du sous-sol, notamment de la stabilité des formations rocheuses, des mouvements des eaux souterraines, des transferts de chaleur et de la stabilité à long terme des sites visés.

Malgré ces obstacles, Deep Fission bénéficie de nombreux soutiens. La start-up a déjà levé près de 35 millions de dollars et a annoncé en octobre que ses clients potentiels avaient signé des lettres d’intention non contraignantes pour une capacité totale de 12,5 GW, dont 2 GW rien que pour alimenter des datacenters du groupe Endeavour. La construction de son premier projet pilote, implanté dans un parc industriel du Kansas, a d’ailleurs démarré le 9 décembre, avec une mise en service prévue avant le 4 juillet 2026. Une date symbolique, fixée par le département de l’énergie des États-Unis dans le cadre de son programme de soutien aux SMR, pour lequel Deep Fission fait partie des onze projets sélectionnés. Les premiers réacteurs commerciaux devraient quant à eux, selon les dirigeants, être opérationnels à l’horizon 2029.



Source link

Share This Article
Laisser un commentaire