Malgré le soutien politique affiché par la France, l’Allemagne et l’Espagne, l’avenir du SCAF reste incertain, selon le PDG de Dassault Aviation. Le programme est plombé par un désaccord persistant entre Dassault et Airbus sur le contrôle industriel de l’avion de combat.
Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a déclaré, mardi 16 décembre, ignorer si le projet européen d’avion de combat du SCAF (Système de combat aérien du futur) se concrétiserait. Ce programme, estimé à 100 milliards d’euros, doit permettre de remplacer à partir de 2040 les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols par un chasseur de sixième génération intégré dans un système de combat plus large comprenant des drones et un cloud de combat. Malgré une volonté politique réaffirmée ces derniers jours par Paris, Berlin et Madrid de poursuivre le programme dans son intégralité, son avenir reste fragilisé par un profond désaccord industriel.
«Est-ce que ça va se faire ? Je ne sais pas», a déclaré Eric Trappier lors du colloque annuel des directions de la sécurité des entreprises (CDSE), réitérant sa demande d’obtenir la direction de la composante principale du SCAF, l’avion de combat. Dassault Aviation revendique le leadership de ce pilier central, tandis qu’Airbus souhaite un partage plus équilibré des responsabilités industrielles.
Les États maintiennent la pression pour sauver le programme
Ces tensions industrielles persistent alors même que les ministres de la Défense français, allemand et espagnol ont réaffirmé le 11 décembre à Berlin leur volonté de poursuivre le SCAF et d’étudier les conditions de lancement d’une phase de démonstrateur, estimée à environ 5 milliards d’euros, après une première phase d’études déjà engagée. Tensions accentuées, quelques jours plus tôt, en Allemagne par la prise de position du syndicat IG Metall, qui a fait savoir début décembre qu’il refusait toute coopération avec Dassault Aviation dans le cadre du programme. Interrogé sur des informations selon lesquelles la France et l’Allemagne pourraient construire deux appareils distincts sous une même bannière pour résoudre les divergences entre Dassault et Airbus concernant un système unique, Eric Trappier a déclaré à Reuters : «Personne ne m’a parlé de deux avions.»
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron doivent discuter cette semaine du sort du programme, après l’échec, la semaine dernière, des ministres de la Défense à surmonter leurs divergences sur le contrôle industriel du projet. Les chefs d’État se sont récemment impliqués directement dans le dossier, Emmanuel Macron évoquant une obligation de résultat et un test de crédibilité pour l’Europe de la défense.
«Est-ce qu’entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, on partage complètement la volonté de défendre l’Europe ? Je pense que oui», a déclaré Eric Trappier. «La manière de faire, c’est plus compliqué.» Le PDG de Dassault Aviation, qui a critiqué l’Allemagne pour avoir choisi les chasseurs américains F-35 dans le cadre de la défense nucléaire assurée par l’Otan, a estimé qu’une des principales incertitudes pesant sur le SCAF résidait dans les choix stratégiques à venir de Berlin : «Est-ce que l’Allemagne veut sortir de sa relation transatlantique en matière de défense ?»
Dassault souhaite obtenir un contrôle clair sur la partie avion de combat du SCAF, tout en laissant Airbus gérer d’autres composantes, telles que les drones de combat ou le système de connectivité. «Je revendique le leadership sur la base des compétences de la société Dassault», a souligné Eric Trappier. «Je ne suis pas contre les coopérations (mais) je suis pour des coopérations efficaces.»
Florence Loeve et Tim Hepher, version française Benjamin Mallet (Reuters)


