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deux ans d’enfer pour une famille de Saint-Malo – ZATAZ.COM

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Lu il y a 9 minutes


Seize interventions policières, accusations terroristes et traumatisme familial. À Saint-Malo, une mère raconte deux ans de harcèlement par swatting, déclenché après un conflit entre adolescents et jeunes adultes sur Discord.

Entre août 2023 et l’été 2025, une famille de Saint-Malo a subi seize fausses alertes visant son domicile. À chaque fois, des appels anonymes déclenchent l’intervention de policiers, pompiers ou services d’urgence. Cette technique, appelée swatting, consiste à faire intervenir les forces de l’ordre sur la base d’informations mensongères afin de provoquer panique et intimidation. Dans ce dossier, la mère de famille raconte les descentes armées de la BAC, les accusations délirantes relayées aux autorités et même un fichage S temporaire. L’origine du harcèlement remonterait à un conflit entre son fils et d’autres internautes sur Discord, suivi d’un piratage informatique ayant exposé leurs données personnelles.

Quand le swatting transforme une vie ordinaire en cauchemar

Jeudi 19 mars, à partir de 9h30, je vous invite à écouter l’émission de Faustine Bollaert dans son émission : un jour, une vie. Aprés avoir parlé de scam à l’amour, deep fake … à l’amour, de manipulation bancaire, de TikTok, nous allons revenir sur un cas qui ne laisse pas de marbre : le swatting.

Tout commence le 30 août 2023, dans l’après-midi. Audrey fait des courses lorsqu’un policier l’appelle. Au téléphone, le fonctionnaire se veut rassurant : « Ne vous inquiétez pas, on est chez vous, avec vos enfants« . La quadragénaire ne comprend pas immédiatement. Les forces de l’ordre viennent d’intervenir après un appel alarmant. Un inconnu s’est fait passer pour son fils aîné.

Selon cet appel, un drame venait de se produire. Le conjoint d’Audrey aurait tué sa compagne. Le corps se trouverait dans la baignoire de la salle de bains. À son domicile, la scène est surréaliste. Sa fille de quinze ans voit arriver des policiers armés, parfois cagoulés, persuadés de répondre à une scène de crime.

Ce premier épisode marque le début d’une série. Quinze jours plus tard, les forces de l’ordre reviennent. Cette fois, l’alerte évoque l’assassinat de toute la famille. Au total, seize interventions se succèdent entre 2023 et 2025.

Certaines journées deviennent particulièrement chaotiques. Jusqu’à trois interventions se produisent en quelques heures. Pompiers, police, services d’urgence gaz ou encore EDF se présentent au domicile. Une fois, les services techniques sont contactés pour couper l’électricité de l’immeuble. Audrey aurait oublié de couper le courant d’une machine pouvant provoquer un incendie.

Les accusations changent selon les appels. Fuite de gaz, homicide, menace terroriste. L’objectif reste identique : provoquer une intervention d’urgence sur un lieu où rien ne se déroule réellement. C’est précisément la logique du swatting.

Un soir, l’intervention prend une ampleur spectaculaire. « On a entendu des bruits dans les escaliers, c’était la Bac« , raconte Audrey. En bas de l’immeuble, plusieurs véhicules d’intervention sont stationnés. « Il y avait cinq camions de pompiers, les urgences gaz, le Samu« . Les forces de l’ordre ordonnent immédiatement : « Personne ne bouge« . Son conjoint est plaqué contre le réfrigérateur pendant la vérification du logement.

La famille comprend alors que ces interventions reposent sur des accusations totalement inventées. « On leur a dit que toute la famille était morte« , se souvient la mère de famille. Audrey raconte d’autres cas à l’antenne de Faustine Bollaert.

Derrière ces fausses alertes, les enquêteurs évoquent rapidement un cas classique de swatting. Cette pratique consiste à manipuler les services d’urgence en signalant un crime grave afin d’obtenir une intervention armée. Sur Internet, ce type d’attaque sert souvent à intimider une cible ou à se venger. ZATAZ vous avez proposé l’interview d’un papa qui s’était retrouvé devant la police alors que le fils de la famille était accusé d’avoir participé à de faux appels.

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Discord, piratage et données personnelles

En cherchant l’origine des appels, Audrey remonte progressivement vers un conflit en ligne. Son fils aîné s’est disputé avec d’autres internautes sur un serveur Discord. Après cette altercation, l’un des participants lui envoie un lien.

Le jeune homme clique. Derrière ce lien se cache un outil malveillant (Stealer). Le programme permet de récupérer des informations stockées sur l’ordinateur. Ce type de technique sert souvent au doxing, une pratique qui consiste à exposer publiquement les données personnelles d’une cible.

Dans ce cas précis, les informations récupérées ne correspondent pas exactement à l’adresse du fils. Les pirates trouvent un curriculum vitae enregistré sur l’ordinateur. Le document contient une adresse. Celle de sa mère.

Pour les auteurs du harcèlement, cette information suffit. Les appels anonymes commencent alors à viser le domicile d’Audrey.

Au fil des mois, l’affaire prend parfois une dimension inquiétante pour les autorités. Les services de renseignement reçoivent une alerte affirmant que la mère de famille préparerait des attaques contre « tous les bouchers de France », en raison de la vente de porc. Audrey est convoquée. Pendant plusieurs heures, elle se retrouve même inscrite au fichier S, le temps de vérifier la crédibilité de la menace.

La mère de famille décide alors d’enquêter elle-même. Sur Internet, elle identifie deux individus liés aux attaques. Eux-mêmes ont déjà été exposés sur Discord dans des affaires de doxing. Audrey transmet ces informations aux autorités après avoir déposé plusieurs plaintes et une main courante.

Malgré ces démarches, les fausses alertes continuent. Le dernier épisode survient durant l’été 2025. Les secours sont avertis qu’une habitante envisage de faire exploser son immeuble.

Peu après cet événement, la situation se calme progressivement. Audrey estime que le harcèlement cesse le jour où elle diffuse elle-même certaines informations en ligne afin de faire pression sur les auteurs… et son fils !

Pour cette famille malouine, les conséquences restent lourdes. « Ça nous a détruits pendant deux ans« , confie la mère.

Message d’un pirate recherchant des informations sur des propriétaire de voitures.

Le phénomène du swatting inquiète depuis plusieurs années les autorités. La législation française punit sévèrement ce type de fausse alerte. Depuis le 1er janvier 2002, transmettre une information mensongère laissant croire à une destruction ou à un danger pour des personnes expose son auteur à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Certaines affaires ont déjà marqué les esprits. Aux États-Unis, le 28 décembre 2017, un canular téléphonique entraîne une intervention policière à Wichita, au Kansas. L’adresse visée n’a aucun lien avec la dispute en ligne à l’origine du signalement. Andrew Finch, habitant des lieux, est abattu lors de l’opération.

En France, l’un des premiers cas médiatisés concerne le streamer BiBix. En février 2015, la police intervient à son domicile de Charenton pendant une diffusion en direct. Les auteurs sont identifiés et jugés en juin 2016. L’auteur de l’appel, qui prétendait avoir tué sa femme, est condamné à deux ans de prison ferme.

Les recherches menées par ZATAZ montrent également l’existence d’offres clandestines sur Internet. Certains groupes proposent des opérations de swatting contre quelques dizaines d’euros, promettant d’envoyer police, pompiers, morgue ou services techniques au domicile de la cible.

Exemple de vente ayant pu permettre swatting et escroqueries

Dans l’ombre des réseaux sociaux et des outils de piratage, ces attaques illustrent un nouveau terrain de confrontation numérique où les données personnelles deviennent une arme.

Dans cet univers mêlant piratage, doxing et manipulation des secours, le swatting s’impose comme une menace hybride, à la frontière entre cyberattaque et exploitation des systèmes d’urgence.



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