
Avec son futur passeport numérique du produit (DPP) programmé pour 2027, l’Union européenne invite la grande consommation à définir un identifiant unique pour chaque produit unitaire. Y associer des services complémentaires au travers, par exemple, d’un seul QR code structuré : telle est l’urgence en forme de casse-tête. Le risque ? Une multiplication de bases de données incompatibles et des codes sur les packs.
La question n’est plus de savoir si le code-barres va disparaître, mais quand. Emballages Magazine revient, depuis plusieurs années maintenant, sur cette mutation à venir. Un successeur à ce code 1D apparu dans les années 1970 aux Etats-Unis tient la corde : le QR code dit à « réponse rapide » mis au point au Japon dans les années 1990. Constitué d’une trame en noir et blanc, ce code 2D carré possède deux grands avantages : pouvoir embarquer beaucoup plus de données que son illustre prédécesseur constitué d’une alternance de barres ; pouvoir être enrichi en fonction des besoins de chaque étape du cycle de vie du produit. L’inconvénient ? Les dimensions et la densité de ce code sont proportionnelles à la quantité d’informations à intégrer. Voir les emballages et les étiquettes défigurés par des QR code surdimensionnés est désormais une éventualité. En revanche, avec à la clé la réduction de la taille des emballages, la simplification de la gestion des langues et la suppression de composants, la dématérialisation de l’information est un puissant levier de mise en œuvre des « 3R » de la réduction, du réemploi et du recyclage. La raison est très simple : les emballages étant au carrefour de toutes les attentes, les fonctionnalités attendues sont très variées. Comme chacun peut le constater actuellement dans les rayons, la solution provisoire est d’imprimer plusieurs codes sur un même produit. Un pis-aller peu satisfaisant cependant encouragé par les nombreux textes légaux français, européens voire internationaux qui préconisent des solutions numériques dédiées sans concertation. Avec le règlement 2117/2021, les alcools sont, par exemple, dans ce cas. Un sérieux casse-tête se profile !
Lutte contre la contrefaçon
En héritage du code-barres, le passage en caisse, la traçabilité et la logistique demeurent le pivot du dispositif. Premier axe d’évolution, l’intégration des numéros de lots ainsi que des dates de péremption que sont la date limite de consommation (DLC) et de durabilité minimale (DDM) dans la référence d’un produit simplifierait, en cas de crise sanitaire, les procédures de retraits et de rappels dans les entrepôts et les points de vente. Avec l’authentification du fabricant comme clé de voute, la lutte contre la contrefaçon et les marchés gris constituent un deuxième axe. Troisième axe, les passages en douane et les contrôles aux frontières pourraient être simplifiés et sécurisés. Quatrième axe, les nombreux leviers d’animation de la marque intéressent le marketing désireux de créer un lien permanent avec les consommateurs. Par le biais des réseaux sociaux… Cinquième axe, la gestion des jeux, concours et loteries peut logiquement s’y greffer.
Dématérialisation des informations légales
Sixième axe, à la frontière du produit physique et de son jumeau numérique, la dématérialisation des informations légales, dénomination commerciale, responsabilité sociétale (RSE), quantité nominale, estampille sanitaire et code emballeur (EMB), liste des ingrédients, allergènes, apports nutritionnels et autres Nutri-Score et système d’information nutritionnelle (SIN), modes d’emploi, précautions d’usage et services aux personnes souffrant de handicaps est explorée, par exemple, pour les médicaments avec la notice numérique. Septième axe, la réussite technique du réemploi, de la consigne et du vrac repose sur la maîtrise de l’information avec, pour le moment, le QR code comme pierre angulaire. Huitième axe, l’automatisation des courses grâce à un réfrigérateur intelligent et connecté fait fantasmer les marques qui veulent fidéliser leurs clients sous la forme d’un abonnement. Neuvième axe, les consignes de tri ainsi que les informations relatives à la fin de vie d’un produit et à la nature des matériaux pourraient être normalisées à l’échelle de l’Union européenne (UE). Par ailleurs, le Triman français étant sur la sellette, le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) pourrait d’ailleurs accélérer la bascule vers une harmonisation dématérialisée. Dixième et dernier axe, les équipements des centres de tri des emballages ménagers pourraient déterminer la nature des matériaux sans erreur.
Passeport numérique du produit
L’échéance de 2027 approchant à grands pas, un chantier prioritaire agite, en réalité, tous les experts du marquage, du codage et des systèmes d’information : le passeport numérique du produit (DPP) porté par l’Union européenne avec le règlement dit Ecodesign for Sustainable Products Regulation (ESPR) entré en vigueur en juillet 2024. Relatif à l’écoconception des produits, ce texte implique, le cas échéant, une « sérialisation » des produits, autrement dit la nécessité d’affecter à chaque produit unitaire un identifiant unique. Un exemple concret : avec la mise en place de la responsabilité élargie du producteur (REP) dans les emballages professionnels (EP), les opérateurs doivent obtenir un identifiant unique (IDU) pour travailler avec les sociétés agréées pour chaque filière. Les déboires du règlement contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) en matière de traçabilité rappellent toutefois que le risque bien réel d’échec en raison de l’incroyable complexité technique de ce chantier. Des centaines de milliards de biens physiques à répertorier, classer et identifier ! Voilà qui est colossal… Les opérateurs historiques de la codification tels que GS1, l’Association française de normalisation (Afnor), un pionnier comme Laurent Tonnelier avec Mobilead ou encore Prooftag, les fournisseurs de solutions spécialisées, les équipementiers du marquage et du codage, les hébergeurs de bases de données et les nouveaux entrants fourbissent leurs argumentaires.
Structuration des données
Au moyen de standards ouverts et interopérables et d’émetteurs d’identifiants certifiés, la structuration des données et la coordination de systèmes d’information indépendants ressortent, dès lors, comme une véritable urgence. Mais rien n’indique que toutes les initiatives déployées actuellement « en silos » se rejoignent dans un code unique structuré autour de blocs de fonctions à l’image du Digital Link. Une première phase de transition consiste ainsi à intégrer dans le QR code le numéro d’identification mondial (GTIN) géré par GS1 sans fonctionnalité additionnelle. Une toute nouvelle infrastructure reste, en réalité, à inventer. En attendant, évincé des emballages de médicaments au profit du Datamatrix, un code 2D tout comme le QR code, le code-barres peut encore rendre beaucoup de services dans la grande consommation…


