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pourquoi International Paper optimise son outil industriel avec la loi des 80-20 de Pareto…

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Lu il y a 6 minutes



Engagé dans un vaste projet de scission de ses activités américaines et européennes comme annoncé le 29 janvier, le papetier de Memphis (Tennessee) entend restaurer rapidement sa rentabilité après l’intégration du britannique DS Smith. A l’image de Valgelon-la-Rochette en Savoie menacé de fermeture, des dizaines d’usines européennes sont sur la sellette.

Combien d’usines compte fermer International Paper ? La question se pose désormais en termes très crus… Comme annoncé par Emballages Magazine le 30 janvier 2026, le papetier américain « se prépare à scinder ses activités américaines et européennes en deux sociétés distinctes ». Or, patron de l‘entreprise installée à Memphis (Tennessee) aux Etats-Unis, Andy Silvernail semble être un fervent adepte de Vilfredo Pareto (1848-1923). Cet économiste italien a notamment laissé son nom à la loi des 80-20 : autrement dit 20% des clients génèrent 80% du chiffre d’affaires. Dans sa présentation aux actionnaires et aux marchés financiers du 29 janvier 2026, le papetier, désormais entièrement recentré sur les emballages pour la grande consommation, le commerce et l’industrie, délivre une avalanche de chiffres en répétant à l’envi que le ratio des 80-20 sert de fil rouge. Un premier constat saute aux yeux : la future branche américaine compte 220 usines pour un chiffre d’affaires de 15,2 milliards de dollars (12,8 milliards d’euros) ; héritée de l’acquisition du britannique DS Smith, un groupe entièrement construit par croissance externe, la future branche européenne compte 250 usines pour 8,5 milliards de dollars (7,2 milliards d’euros). Le déséquilibre est donc flagrant. International Paper envisage ainsi la suppression d’au moins 27 sites en Europe pour un total de 2000 postes. Comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, la France est directement touchée avec le site de Valgelon-la-Rochette (Savoie). Au terme d’un bras de fer avec les organisations syndicales en décembre 2025, la recherche d’un éventuel repreneur court finalement jusqu’en juillet 2026.

Déverrouiller notre plein potentiel

« Le moment est venu de déverrouiller notre plein potentiel grâce à cette séparation stratégique » : avec pour ambition de demeurer le premier acteur sur les deux zones géographiques, International Paper explique son choix par des « dynamiques » radicalement différentes. Les Etats-Unis répondent parfaitement aux 80-20 de Pareto en raison d’un marché intérieur intégré de 341 millions d’habitants et de grands comptes en quête de — très — très grandes séries. En Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (EMEA), malgré les 450 millions d’habitants des 27 de l’Union européenne, l’activité demeure éminemment fractionnée avec pour conséquence des tailles de séries beaucoup plus réduites. Le « sur-mesure » est même la norme. International Paper crédite l’Europe de meilleurs perspectives de croissance que les Amériques à condition d’y dédier une stratégie placée sous la responsabilité de Tim Nicholls. Une rationalisation de l’outil industriel à marche forcée qui doit pas pour autant perturber les clients — toujours au cœur du dispositif — dans leurs habitudes. Quel avenir pour la sacro-sainte « proximité » géographique qui est la signature historique du carton ondulé ? Cet enjeu majeur pour un matériau léger et volumineux qui voyage mal peut se décrypter par le filtre des trois strates industrielles sur le principe de l’intégration verticale : la fabrication des papiers pour ondulé (PPO), des plaques et des emballages. Quant au très critique approvisionnement en papiers et cartons à recycler (PCR), il relève d’un équilibre entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale. Un observateur avisé note, au passage, que cette nouvelle entité européenne, côtée à New York et Londres, pourrait susciter à terme des convoitises. DS Smith à nouveau sur le marché ? Cette perspective est réaliste.

Dégradation brutale des fondamentaux

Les résultats financiers de l’exercice 2025 indiquent, en raison de l’intégration de DS Smith, un bond du chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars (13,5 milliards d’euros) en 2024 à 24 milliards de dollars (20,2 milliards d’euros) en 2025. Difficiles à analyser en raison des savantes approches comptables, tous les autres indicateurs financiers de rentabilité révèlent in fine une dégradation brutale des fondamentaux. Le flux de trésorerie disponible plonge, par exemple, de 757 millions de dollars (637 millions d’euros) en 2024 à -159 (-134 millions d’euros) en 2025. International Paper compte donc restaurer sa rentabilité en 2026 avec le très classique levier des « synergies ». Dans un contexte de demande atone et d’inflation des coûts de production, cette priorité passe avant tout par l’Europe. En poste depuis mars 2024, Andrew Silvenail avait annoncé, en février 2025, une profonde « transformation » à venir. Un an après, le patron d’International Paper déroule effectivement une feuille de route drastique pilotée par… Pareto.



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