
Fort de résultats financiers historiques, Safran continue de viser la montée en cadence de la production du moteur Leap et des équipements militaires. Alors que Dassault vient de vendre 114 Rafale en Inde, le motoriste se dit prêt à produire davantage de composants du chasseur sur place.
C’est l’année de presque tous les records pour Safran qui profite des carnets de commandes pleins des avionneurs et de la remilitarisation express de l’Europe. Vendredi 13 février, le motoriste français a annoncé ses résultats financiers pour 2025 avec un résultat opérationnel (profits avant impôts et éléments exceptionnels) à 5,2 milliards d’euros, en hausse de 26% par rapport à l’année précédente. Le chiffre d’affaires est lui en hausse à 31,2 milliards d’euros (+14,7%) avec une marge opérationnelle (part des bénéfices dans le chiffre d’affaires) de 16,6%. Les actionnaires pourront compter sur un dividende prévisionnel de 3,35 € par action (+16% par rapport à 2024).
Si tous les voyants sont au vert, c’est toujours l’activité propulsion qui tire le groupe vers le haut. «C’est une année remarquable […]. Nous avons livré un nombre record de moteurs Leap, un niveau qui dépasse celui de 2019, a indiqué Olivier Andriès, directeur général de Safran sans préciser la répartition des livraisons entre Airbus, Boeing et Comac. Nous avons livré 1802 moteurs Leap en 2025, soit une hausse de 28% par rapport à 2024.» Le segment propulsion représente la moitié de l’activité du groupe et 69% de ses bénéfices. Safran profite «d’un trafic aérien solide» avec plus de cinq milliards de passagers transportés dans le monde en 2025. Les compagnies aériennes ont besoin d’avions neufs et doivent garder dans leur flotte des avions plus anciens pour faire face à la demande. Résultat, l’activité du secteur pièces de rechange est aussi en croissance (+17,6%) porté par la demande pour l’entretien du CFM-56, l’ancien best-seller de CFM International (la coentreprise de Safran et GE Aerospace).
La division Aircraft Interiors a aussi quadruplé son résultat opérationnel à 108 millions d’euros grâce à la rénovation des cabines par plusieurs compagnies du Golfe et d’Asie ainsi que l’équipement des A320neo et B737 MAX.
Demande en hausse pour la bombe AASM
Les activités défense du motoriste français profitent elles aussi de la remontée en puissance militaire mondiale. Le carnet de commandes du Rafale de Dassault assure des débouchés pour la fabrication et l’entretien du turboréacteur M88. Confirmée par Safran, la toute récente commande de bombes guidées AASM Hammer par la Norvège pour l’Ukraine est aussi une bonne nouvelle pour le groupe qui a multiplié par quatre la production de l’engin en trois ans.
En 2025, Safran a annoncé la création ou le développement de plusieurs sites en France et dans le monde dont une usine de freins carbone à Saint-Vulbas (Ain), une nouvelle ligne d’assemblage de moteurs LEAP au Maroc, une usine destinée aux sièges aux Emirats arabes unis et important centre de maintenance de moteurs en Inde. «Les cadences seront très élevées pour les futurs modèles d’avions moyen-courrier, c’est pour cela aussi que nous créons aujourd’hui des moyens capacitaires et pas simplement pour suivre la montée en cadence pour les avions actuels», explique Olivier Andriès. Dans le même temps Safran continue de recentrer son activité avec l’achat en juillet 2025 de la branche systèmes de commandes de vol et d’actionnement de l’américain Collins Aerospace (4000 personnes sur huit sites en Europe). En parallèle le groupe continue de se séparer d’anciennes entités de Zodiac avec la vente finalisée le 30 janvier 2026 de Safran Passenger Innovations, sa filiale dédiée au divertissement à bord des avions.
Ouvert à produire plus en Inde pour le Rafale
L’enjeu principal pour Safran est de poursuivre la montée sa cadence sur les moteurs civils et ses activités militaires. Le motoriste veut pouvoir répondre présent à l’objectif fixé par Airbus de pouvoir livrer 75 appareils de la famille A320neo par mois. Olivier Andriès indique que d’autres annonces de création ou d’extension de sites arriveront prochainement pour y parvenir. Parmi elles, le développement du site de Montluçon (qui fabrique des pièces de bombes AASM et des centrales inertielles de navigation pour les aéronefs) pourrait être envisagé. «Le monde n’attend pas les élections en France, nous n’allons pas ralentir nos investissements, explique Olivier Andriès dont le groupe y consacre 6% de son chiffre d’affaires. On va prendre des décisions d’investissements en France sur certains sujets et l’on va aussi aussi investir [à l’étranger].»
Ainsi Safran ne cache pas son intérêt prononcé pour l’Inde. «En cas de grande commande supplémentaire [de Rafale] en Inde […], nous sommes totalement ouverts à faire une chaine d’assemblage du moteur M88 là-bas, indique le patron de Safran. On va entrer dans une négociation [pour l’achat de 114 Rafale ndlr] entre l’avionneur et le gouvernement indien. […] On est prêt à faire ce qu’il faut pour avancer sur le ’make in India’ pour l’ensemble des équipements que l’on fait sur le Rafale.»
Alors que les problèmes liés à la chaine de fournisseurs du Leap se sont estompés en 2025, Safran table désormais sur des prévisions financières optimistes pour 2026 et au-delà. Le motoriste s’attend à un chiffre d’affaires en hausse de 12 à 15% cette année pour un résultat opérationnel entre 6,1 et 6,2 milliards d’euros. Après une hausse de la production de moteur de 15% espérée cette année, Safran table sur un rythme d’environ 2600 moteurs livrés en 2028.


