Le marché automobile français ne s’effondre pas : il a changé d’ère. Selon une étude publiée le 12 février par Transport & Environment, le thermique a déjà dépassé son pic et ne parvient plus à tirer les ventes, tandis que l’électrique (tiré par le marché des flottes d’entreprises) progresse sans encore recréer une croissance de masse.
Le marché automobile français ne traverse pas une panne conjoncturelle, mais arrive au terme d’un cycle. C’est le constat dressé par l’ONG Transport & Environment (T&E) dans son analyse du marché automobile 2025, publiée jeudi 12 février. Pour l’organisation, la stagnation des ventes observée ces dernières années s’explique avant tout par un recul structurel des motorisations thermiques, désormais incapables d’alimenter la dynamique du secteur. Dès lors, la notion de «crise des volumes» masquerait une réalité plus profonde : le pic du thermique est déjà derrière nous, tandis que la progression encore timide de l’électrique ne suffit pas à recréer la croissance observée lors de la décennie précédente.
Un marché français stable, mais transformé
En 2025, 1,63 million de voitures particulières neuves ont été immatriculées en France. Un niveau proche de celui de 2024 (environ 1,7 million), mais très éloigné des plus de 2,2 millions de véhicules immatriculés chaque année avant 2019. Pour T&E, il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’un plafonnement durable du marché. Cette situation s’explique selon l’ONG par plusieurs facteurs structurels propres au marché français : un taux d’équipement automobile très élevé, avec une large majorité de ménages déjà motorisés (85%) ; une offre de véhicules d’occasion abondante, fiable et compétitive ; des gains technologiques devenus limités sur les nouveaux modèles thermiques ; et une hausse continue des prix, liée à la montée en gamme opérée par les constructeurs. Résultat : l’intérêt économique d’acheter un véhicule thermique neuf s’est fortement réduit, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.
L’analyse de T&E montre que la dynamique du marché français est désormais tirée par les motorisations alternatives, tandis que le thermique et l’hybride non rechargeable reculent progressivement. Selon l’ONG, cette tendance est appelée à se poursuivre, indépendamment des ajustements réglementaires. «Ce n’est pas une crise conjoncturelle. On assiste à un déclin structurel du thermique, une évolution de long cours», explique Léo Larivière, responsable du plaidoyer transition automobile chez T&E. Pour T&E, cette lecture permet de relativiser l’idée selon laquelle la fiscalité ou les normes environnementales seraient la cause principale du plafonnement actuel du marché.
L’électrique progresse, porté par les flottes ; l’hybride rechargeable décroche
À l’inverse, la voiture électrique poursuit sa progression en France. En 2025, sa part de marché est passée de 17% à 20%, avec une hausse des volumes d’environ 7% sur un an, passant de 290000 à 315000 véhicules. Mais cette dynamique reste très contrastée. L’étude de T&E souligne que la croissance de l’électrique est quasi exclusivement portée par les flottes d’entreprises. Les immatriculations électriques des sociétés ont progressé de plus de 50% en 2025, compensant la baisse observée du côté des particuliers (–16%). Selon l’ONG, cette bascule s’explique largement par l’effet des réformes fiscales mises en œuvre en 2024 et 2025 (durcissement des malus, réforme de l’avantage en nature, taxe incitative sur le verdissement des grandes flottes). À l’inverse, le marché des particuliers demeure plus attentiste, dans un contexte d’instabilité des aides et d’incertitudes sur les politiques publiques.
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Autre enseignement de l’analyse : le décrochage rapide de l’hybride rechargeable. Sa part de marché tombe à 6%, confirmant la perte d’attractivité de cette motorisation. Pour T&E, ce recul s’explique par un coût total de détention élevé, des performances environnementales jugées décevantes en conditions réelles, et une fiscalité désormais beaucoup moins favorable. Longtemps présentée comme une solution de transition, l’hybride rechargeable apparaît de plus en plus comme une impasse économique pour les entreprises.
Un enjeu industriel français
Au-delà du marché, T&E insiste sur la dimension industrielle du basculement en cours. «L’histoire récente du thermique, c’est la délocalisation, rappelle l’ONG. En vingt ans, 150000 emplois ont disparu dans l’industrie automobile en France.» L’électrique s’impose plutôt comme un levier de réindustrialisation, note T&E. En 2025, 27% des voitures électriques neuves immatriculées en France sont assemblées sur le territoire national, contre 16% pour les voitures thermiques. Une dynamique que l’ONG attribue à un double effet : la montée en puissance de plusieurs sites industriels français, notamment Douai et Maubeuge, et la conditionnalité des aides publiques, désormais liées à un éco-score intégrant l’empreinte industrielle et environnementale des véhicules. «L’intérêt de la réindustrialisation, c’est l’électrification, pas le retour au thermique», souligne le responsable du plaidoyer. Pour l’ONG, cette tendance confirme que la transition vers l’électrique ne se limite pas à un enjeu climatique, mais constitue un levier industriel concret, capable de relocaliser de la valeur ajoutée et de l’emploi sur le territoire.
Cette lecture centrée sur la France s’inscrit dans un contexte européen cohérent. À l’échelle de l’Union européenne, les immatriculations de voitures neuves, bien qu’en légère hausse en 2025 (+1,8%), restent durablement inférieures au niveau d’avant-pandémie. Pour T&E, cette stagnation confirme que le plafonnement observé en France n’est pas une exception nationale, mais le reflet d’un marché arrivé à maturité sur le thermique à l’échelle du continent.
Pour T&E, la conclusion est sans ambiguïté : «La crise des volumes est en fait un pic du thermique, qui est aujourd’hui derrière nous». Dans cette lecture, chercher à recréer artificiellement les volumes du passé risquerait surtout de prolonger un modèle thermique déjà à bout de souffle. «Essayer de sauver la filière en freinant l’électrique accélérerait la désindustrialisation», avertit Léo Larivière.


