
Le 21 février 2026, la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) commémorera la Journée des forces armées dans le district de Vhembe, dans le Limpopo. Le prix annoncé, soit environ 370 millions de rands, a naturellement suscité un débat.
À l’heure où la SANDF s’inquiète des réductions budgétaires du Trésor national, de nombreux Sud-Africains se demandent si de telles dépenses sont appropriées. Les reportages des médias et les commentaires sur les réseaux sociaux ont encore alimenté l’inquiétude du public, avec des allégations de pénurie de rations et de bottes pour les soldats déployés. Il est important de préciser clairement que ces affirmations restent des allégations qui circulent dans une partie des médias et des plateformes en ligne. La SANDF n’a pas officiellement confirmé l’exactitude de ces informations.
Néanmoins, la perception compte. Et aux yeux de l’opinion publique, 370 millions de rands ne représentent pas une petite somme. Alors, comment devrions-nous penser à cela ?
La Journée des forces armées n’est pas qu’un simple défilé
Il est facile de considérer la Journée des forces armées comme une simple cérémonie avec des avions à réaction au-dessus de nos têtes, des unités en marche, des discours et des saluts. Mais dans une démocratie constitutionnelle, cela sert des objectifs plus profonds.
La SANDF est financée par les contribuables et mandatée par la Constitution. La Journée des forces armées offre l’une des rares occasions aux citoyens ordinaires de voir, d’interagir et de comprendre leur armée. Il renforce le contrôle civil et la responsabilité publique. Dans un pays où la confiance dans les institutions est souvent fragile, la visibilité des institutions publiques et de leurs représentants n’est pas un luxe, elle fait partie de la responsabilité démocratique.
Ceci est particulièrement important dans un district rural comme Vhembe, où les grands événements nationaux atteignent rarement ces zones. Organiser la Journée des forces armées au Limpopo est donc symboliquement puissant car cela affirme que les institutions nationales n’appartiennent pas uniquement aux centres métropolitains et aux riches.
L’angle économique souvent négligé
370 millions de rands semblent être de l’argent dépensé et disparu, alors qu’en réalité, une grande partie de cet argent est reversée à l’économie d’accueil. Les hébergeurs, les traiteurs, les opérateurs de transport, le personnel événementiel, les fournisseurs locaux et les petites entreprises en bénéficieront. Des emplois temporaires sont créés et les infrastructures sont améliorées. Pour une province aux prises avec un chômage élevé, cette injection est importante.
Si les processus d’approvisionnement donnent la priorité aux entreprises locales et aux PME, comme elles le devraient, l’événement devient plus qu’une simple commémoration : il devient un stimulus économique à court terme pour les communautés qui bénéficient rarement d’investissements à l’échelle nationale.
Moral et identité institutionnelle
Il y a aussi une dimension humaine à considérer. La SANDF fonctionne sous pression, qu’elle soit financière ou opérationnelle. Les contraintes budgétaires sont réelles, alors que les engagements opérationnels allant du maintien de la paix à la protection des frontières et à la réponse aux catastrophes dans le pays se poursuivent.
Dans un tel environnement, le moral des troupes ne peut être ignoré. La Journée des forces armées n’est pas seulement destinée au public ; il l’est aussi pour les soldats dans la mesure où il affirme leur service, leur sacrifice et leur identité. Les institutions, et les institutions militaires en particulier, s’appuient non seulement sur l’équipement mais aussi sur la cohésion et la fierté. Une force de défense dont le moral est affaibli est aussi vulnérable qu’une force affaiblie au niveau de ses machines.
La condition critique : les priorités doivent être claires
Cela dit, la justification de 370 millions de rands repose sur un principe non négociable : la préparation opérationnelle et le bien-être des soldats ne doivent jamais être compromis.
Si des preuves crédibles devaient apparaître selon lesquelles les soldats se privent de l’essentiel alors que les fonds sont dépensés en spectacles, le soutien du public s’évaporerait définitivement. La SANDF devrait donc faire preuve de transparence quant à la répartition des dépenses et veiller à ce que la Journée des forces armées ne détourne pas les ressources de ses principaux besoins opérationnels. La transparence à cet égard n’est pas facultative ; c’est le fondement de la légitimité.
Une question d’équilibre
Indéniablement, l’Afrique du Sud est confrontée à des pressions budgétaires complexes. Le Trésor doit gérer la dette, les dépenses sociales et les contraintes économiques. Dans le même temps, les responsabilités en matière de sécurité nationale ne disparaissent pas. Le véritable débat n’est donc pas de savoir si la Journée des forces armées devrait exister, mais plutôt de savoir si elle est structurée de manière responsable, si ses coûts sont efficacement contrôlés et si elle est alignée sur les priorités opérationnelles et de développement.
S’il renforce la confiance entre civils et militaires, injecte une activité économique significative dans le Vhembe, remonte le moral sans compromettre l’état de préparation et est exécuté avec une discipline financière, alors il peut être défendu comme un investissement stratégique.
Réflexion finale
Le 21 février 2026, dans le district de Vhembe, les Sud-Africains verront leurs forces armées exposées. La question n’est pas de savoir si les soldats doivent être honorés, mais plutôt s’ils doivent l’être. Peut-être qu’en réformant leur posture future, la célébration et l’honneur de nos soldats devraient être synchronisés avec l’entraînement à la préparation opérationnelle.
Dans une période économique difficile, le symbolisme doit toujours accompagner la substance. Si cet équilibre est maintenu, la Journée des forces armées ne sera pas une extravagance, mais un rappel visible de l’engagement d’une nation démocratique envers son peuple et ceux qui la défendent.
Le lieutenant-colonel (Rtd) Baliwinile Kwankwa (SA Army Int C) écrit à titre personnel


