Une plateforme massivement fréquentée par les moins de 13 ans se retrouve sommée de répondre à des accusations lourdes : contenus graphiques, prédation, et outils de protection jugés insuffisants.
La plateforme de jeux en ligne Roblox a été mise en demeure par le gouvernement albanais après des allégations de risques graves pour la sécurité des enfants et d’exposition à des contenus graphiques. Dans un communiqué, les autorités disent s’inquiéter d’informations faisant état de prédateurs utilisant Roblox pour manipuler des mineurs. Le dossier est d’autant plus sensible que plus de 40 % des utilisateurs de Roblox ont moins de 13 ans.
La mise en demeure, signal d’alerte politique et technique
L’action du gouvernement prend la forme d’une mise en demeure, un acte qui place Roblox face à une obligation immédiate : répondre, justifier, et surtout détailler ce qui est fait pour empêcher que l’écosystème social du jeu ne serve d’infrastructure à des abus. Le communiqué officiel insiste sur deux menaces qui, combinées, dessinent un risque cyber très concret : l’exposition à des contenus « choquants » et l’exploitation de la plateforme par des prédateurs.
Dans l’angle renseignement, ce type d’affaires se lit comme un problème d’architecture de confiance. Quand une plateforme repose sur des interactions, du chat, des échanges d’objets, des espaces créés par les utilisateurs, elle devient un terrain propice à la manipulation. Les autorités ne décrivent pas seulement un contenu inadapté, elles évoquent un usage actif par des adultes pour approcher et influencer des jeunes. Cela renvoie à des schémas connus : repérage, prise de contact, isolement, puis bascule vers des canaux plus privés. Sans détailler d’outils précis, le gouvernement pointe implicitement les maillons faibles classiques : modération, détection, contrôle d’âge, et réaction en temps réel.
Le chiffre clé, plus de 40 % d’utilisateurs de moins de 13 ans, amplifie la pression. Il signifie qu’un incident n’est pas marginal, il touche potentiellement le cœur de la base d’utilisateurs. Pour un régulateur, c’est aussi une justification : une plateforme avec une telle proportion de mineurs ne peut pas se retrancher derrière un usage « principalement adolescent » ou « familial », elle est, de fait, une place publique d’enfants.
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Anika Wells, une doctrine : obligation et responsabilité
La ministre Anika Wells pose une ligne dure, structurée autour de l’obligation. « La sécurité des enfants en ligne est non négociable », déclare-t-elle, en demandant une rencontre « urgente ». Dans une seconde citation, elle hausse le ton et place l’affaire au niveau d’une urgence publique : « Les témoignages que nous recevons concernant l’exposition d’enfants à des contenus choquants sur Roblox et l’utilisation active de la plateforme par des prédateurs pour manipuler des jeunes sont effroyables. Il faut agir – immédiatement. »
Le vocabulaire est important car il annonce ce que l’État attend : pas une promesse, mais un plan. Elle ajoute : « Les parents et les enfants australiens attendent plus de Roblox. Ils peuvent et doivent faire davantage pour protéger les enfants, et lors de notre rencontre, je leur demanderai comment ils comptent s’y prendre. » Même si le texte évoque une mise en demeure par le gouvernement albanais, la ministre parle explicitement des familles australiennes, ce qui montre un enjeu politique transfrontalier ou une confusion de périmètre dans les éléments disponibles. Dans tous les cas, l’objectif affiché reste identique : forcer la plateforme à expliciter ses mesures et à les renforcer.
La ministre annonce aussi un travail avec le commissaire à la sécurité en ligne pour identifier des « outils potentiels » d’atténuation. Le terme « outils » peut couvrir des mécanismes réglementaires, des injonctions, ou des exigences techniques, mais les informations fournies ne précisent pas lesquels. Le signal, lui, est net : l’exécutif veut mobiliser l’appareil de sécurité en ligne pour encadrer le risque, au-delà d’un simple échange avec l’entreprise.
La classification PG remise en question, vers un devoir de vigilance
Un autre axe surgit : la classification. Le comité de classification a été saisi, car Roblox est classé PG depuis 2018, une étiquette qui pourrait ne plus correspondre aux contenus ou aux usages décrits. Là encore, l’enjeu dépasse l’étiquette : si la classification change, l’accès, la distribution et la perception publique peuvent évoluer, avec des effets en chaîne sur l’écosystème.
Enfin, Anika Wells inscrit l’affaire dans une réforme de fond : « Ce genre de préjudices démontre pourquoi nous avons besoin d’une obligation de vigilance numérique, qui imposera aux plateformes numériques de veiller proactivement à la sécurité de leurs utilisateurs, en particulier des enfants. » Elle rattache cette logique à un âge minimum d’usage des réseaux sociaux, présenté comme parmi les plus élevés au monde, et à une législation sur le devoir de vigilance numérique, destinée à contraindre les plateformes à « assumer leurs responsabilités ». Elle conclut sur une idée pivot : même avec « certaines des lois les plus strictes au monde en matière de sécurité en ligne », l’effort doit suivre l’évolution d’Internet.
Derrière la mise en demeure, le message cyber est simple : quand une plateforme devient un espace social d’enfants, la sécurité n’est plus une option produit, c’est une obligation d’ingénierie et de contrôle.
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