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ZATAZ » Espionnage présumé chez Dassault Aviation

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Lu il y a 7 minutes


Un ouvrier intérimaire de 19 ans, employé sur la chaîne Rafale à Cergy, est soupçonné d’avoir filmé l’avion de combat avec des lunettes-caméra.

Selon RTL, un jeune monteur-câbleur intérimaire travaillant sur la chaîne d’assemblage des Rafale dans la nouvelle usine Dassault de Cergy, dans le Val-d’Oise, a été placé en garde à vue le 10 février. Les faits sont susceptibles d’être qualifiés d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, soit des faits assimilables à de l’espionnage au profit d’un État étranger. Les enquêteurs cherchent à établir ce que les lunettes connectées du salarié ont pu enregistrer, et si ces images visaient à collecter des informations sensibles sur le fleuron de l’aéronautique militaire française.

Ce que des lunettes-caméra peuvent capter sur une chaîne Rafale

L’élément déclencheur des soupçons tient à un accessoire porté sur le site industriel. Selon une source policière citée par RTL, les lunettes de l’ouvrier « filment ». Dans un environnement comme une chaîne d’assemblage de Rafale, un tel dispositif peut enregistrer en continu des images en vue subjective, à hauteur d’homme, couvrant gestes techniques, équipements, écrans de contrôle et portions d’appareils en cours de montage.

Un monteur-câbleur intervient sur le câblage électrique et électronique. Ses tâches l’amènent à manipuler des faisceaux, à connecter des systèmes embarqués et à intervenir à proximité d’éléments critiques. Si les lunettes étaient actives, elles ont pu capter l’architecture interne, la disposition des baies avioniques, les cheminements de câbles ou encore des étiquetages techniques. Même sans accéder à des plans classifiés, la simple visualisation de composants, de références industrielles ou de méthodes d’assemblage peut fournir des indications précieuses.

Dans une usine récente, comme celle de Cergy, l’organisation des postes, la logistique interne et les procédés d’intégration constituent aussi des données stratégiques. Des images peuvent révéler des cadences, des outils spécifiques, voire des adaptations liées à des standards export. Pour un service de renseignement étranger, l’intérêt ne réside pas uniquement dans un secret spectaculaire, mais dans l’agrégation de détails techniques. La compilation de séquences anodines peut permettre de reconstituer des choix industriels, d’identifier des sous-traitants ou d’évaluer le niveau de maturité d’un programme.

L’enjeu tient également à la nature du Rafale. Présenté par son concepteur comme un avion de combat biréacteur capable d’opérer depuis un porte-avions comme depuis une base terrestre, il est décrit comme totalement polyvalent et apte à assurer l’ensemble des missions confiées à l’aviation de combat. Chaque information relative à ses systèmes, à son intégration ou à ses évolutions intéresse potentiellement des acteurs étatiques engagés dans des programmes concurrents.

Une qualification pénale lourde et un contexte stratégique

L’intérimaire, né en France et âgé de 19 ans, a d’abord été entendu sur le site de Dassault avant d’être conduit au commissariat de Cergy-Pontoise pour audition. Le Service interrégional de police judiciaire a procédé à son placement en garde à vue vers 19 heures, selon les informations de RTL confirmées par des sources concordantes. Les investigations visent à caractériser précisément la réalité des faits et l’intention éventuelle d’espionnage.

Un passionné d’avion fier de montrer son travail à ses proches ? Des images commandés par des « exterieurs » ? Un cadeau de type lunette META qui, sur le nez d’un geez, deviennent trés que de simple lunette « cool » ! Bref, les autorités vont devoir trancher.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, ex DST) compétente en matière de contre-espionnage sur le territoire national, se tient en observation. Son implication souligne la sensibilité du dossier. La qualification d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation correspond à l’une des infractions les plus graves en droit pénal français lorsqu’il s’agit de protection du secret et des capacités de défense.

Les enquêteurs doivent établir deux points essentiels. D’une part, vérifier si les lunettes ont effectivement servi à filmer les Rafale ou leur environnement immédiat. D’autre part, déterminer si ces captations auraient été réalisées pour le compte d’un pays étranger. L’intention et la destination des images constituent des éléments déterminants pour qualifier juridiquement les faits.

Le contexte industriel renforce la portée de l’affaire. Dassault Aviation, qui emploie 14 600 personnes, a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros. Depuis un siècle, le groupe a livré plus de 10 000 appareils militaires et civils à plus de 90 pays. Outre les Rafale et les jets Falcon, il produit des drones militaires et des systèmes spatiaux. La protection de ses sites ne relève pas uniquement d’une logique d’entreprise, mais d’un enjeu de souveraineté.

Dans l’industrie de défense, la menace ne se limite plus à l’intrusion physique ou au piratage informatique. Les objets connectés discrets, comme des lunettes capables d’enregistrer, représentent un vecteur de collecte à bas bruit. Ils contournent parfois les dispositifs traditionnels de sécurité, surtout s’ils ressemblent à des accessoires ordinaires. Souvenez-vous des clés USB capable d’enregistrer les sons ambiants. Une filiale d’Orange, lors des Jeux Olympiques de Paris, a été confrontée à ce genre de « matos ». Du materiel que ZATAZ vous a présenté dans la Cyber Émission, il y a deux ans. Mes étudiants, par exemple, croise ma boîte à « C*n ». Une valise qui permet de faire du Social Engineering exploitant ces types d’objets, dont certains « secrets » 😉

À ce stade, aucune conclusion n’est établie. L’enquête devra préciser la nature exacte des images, leur volume, leur éventuelle transmission et l’existence d’un commanditaire. Mais l’épisode rappelle que la protection du secret industriel et militaire se joue aussi au niveau individuel, sur une chaîne d’assemblage, face à des technologies de captation de plus en plus accessibles. Dans la guerre économique et technologique, la vigilance humaine reste la première ligne de défense.

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