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Xinbi accélère sa mue face à la pression policière

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Lu il y a 10 minutes


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Sous la pression des autorités, la plateforme Xinbi quitte peu à peu Telegram pour d’autres outils plus confidentiels. En toile de fond, un rouage clé du blanchiment lié aux arnaques et aux cybermafias chinoises.De Telegram à SafeW, une migration sous contrainteLà où plusieurs rivaux trébuchent, Xinbi se recompose. Huione et Haowang tentent un transfert vers ChatMe, mais l’adoption reste faible, les volumes s’effondrent et les opérations s’éteignent. Xinbi, lui, parvient à reconstituer sa présence Telegram en reprenant ses canaux et identifiants, tout en préparant une échappatoire technique. Dès juin 2025, il pousse SafeW et un nouveau portefeuille, XinbiPay, présenté aussi sous l’appellation NewPay wallet. La bascule démarre prudemment, puis s’accélère en janvier 2026, au moment où la fermeture annoncée de Tudou Guarantee et l’arrestation de Chen Zhi, dirigeant de Prince Group, nourrissent la crainte d’une nouvelle vague répressive. Les flux on-chain décrits suivent cette séquence. L’activité liée au bot Telegram de Xinbi recule en décembre, puis repart nettement en janvier, au moment où le trafic semble se déplacer vers SafeW et XinbiPay. Le message est clair, la résilience passe par la dispersion, plusieurs canaux, plusieurs outils, et des briques internes qui réduisent la dépendance à une plateforme unique. Section 311 (USA)La « Section 311 » renvoie à une disposition de la loi américaine USA PATRIOT Act (31 U.S.C. § 5318A). Elle autorise le Trésor américain (via FinCEN) à désigner une entité, une juridiction, ou un type de transaction comme « primary money laundering concern » (préoccupation majeure de blanchiment), puis à imposer des mesures spéciales comme l’interdiction de toutes transactions bancaires. En pratique, cela peut isoler la cible du système financier avec des restrictions d’accès, exigences renforcées, voire coupure de relations bancaires correspondantes. Pourquoi les « guarantee services » restent un nœud dur du blanchiment

Sous la pression des autorités, la plateforme Xinbi quitte peu à peu Telegram pour d’autres outils plus confidentiels. En toile de fond, un rouage clé du blanchiment lié aux arnaques et aux cybermafias chinoises.

Xinbi, place de marché chinoise longtemps bâtie sur Telegram, réorganise ses opérations pour survivre aux coups de filet. Le service promeut désormais SafeW, une messagerie présentée comme plus sûre, et déploie un portefeuille affilié, XinbiPay, aussi appelé NewPay. Xinbi, probablement ancré dans la zone du Triangle d’or, sert de plateforme de « garantie » mêlant escrow informel, annonces de services et coordination de mules financières. Les flux on-chain attribués à Xinbi indiquent environ 8,9 milliards $ (8,19 milliards d’euros, estimation à 0,92 € par $) reçus et 17,9 milliards $ (16,47 milliards d’euros) de volume total traité.

De Telegram à SafeW, une migration sous contrainte

L’histoire de Xinbi se lit comme une course d’endurance contre l’application de la loi. Né sur Telegram autour de 2022, le service s’y est imposé comme un carrefour pour acheter, vendre et sécuriser des transactions à haut risque, notamment des opérations de cash-out et de blanchiment au profit d’écosystèmes d’arnaque, dont les réseaux de pig butchering. Son modèle repose sur une promesse simple, réduire la friction entre criminels en fournissant à la fois un marché, un tiers de confiance et une plomberie financière intégrée.

Telegram a longtemps offert un terrain idéal. Canaux chiffrés, bots programmables, gestion des soldes et des séquestres directement dans les conversations, tout concourait à industrialiser des échanges en USDT et autres cryptoactifs. Dans ce paysage, les « guarantee services » chinois se multiplient dès 2019, avec Kaer Guarantee comme cas précoce, puis Huione, Haowang, Tudou et Xinbi.

Le tournant intervient au printemps 2025. Une action américaine, décrite comme un constat Section 311 et une proposition de règle visant Huione Guarantee et Haowang Guarantee, installe un signal dissuasif inédit contre cette couche de facilitation. Le mécanisme, tel que présenté, permet d’étiqueter un acteur étranger comme préoccupation majeure de blanchiment et d’imposer des mesures capables de l’isoler du système financier américain. Dans la foulée, Telegram supprime de grands ensembles de canaux associés à Haowang et Xinbi.

Kaer Guarantee
Un des premiers services connus (dès 2019) sur Telegram. Il sert d’intermédiaire de confiance : il retient les fonds pendant une transaction entre un acheteur et un vendeur, arbitre les litiges, et facilite des échanges crypto (souvent USDT) entre acteurs opérant hors des circuits régulés.

Huione Guarantee
Un service de garantie devenu majeur dans cet écosystème. Il combine un marché (annonces de vendeurs), un système d’entiercement et souvent des outils de paiement/portefeuille intégrés. Il a été explicitement visé par une action FinCEN au printemps 2025 (pression réglementaire), ce qui a contribué à faire chuter son activité après des mesures de modération sur Telegram.

Haowang Guarantee
Plateforme comparable à Huione : marché + escrow + coordination (notamment pour des réseaux de « mules » transformant la cryptomonnaue en euros/dollars physiques). Haowang a aussi été ciblé par l’action FinCEN de mai 2025 et a subi des suppressions de canaux sur Telegram, avec un effondrement d’activité ensuite.

 

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Pourquoi les « guarantee services » restent un nœud dur du blanchiment

Xinbi n’est pas un simple intermédiaire, c’est une infrastructure sociale et financière. Une place de garantie remplit trois rôles à la fois. D’abord, elle agit comme séquestre informel, en gardant les fonds jusqu’à la livraison d’un service. Ensuite, elle sert de marché, en reliant acheteurs et vendeurs de crypto, de cash-out, ou d’outils de fraude. Enfin, elle fonctionne comme centre de coordination pour des réseaux de mules, capables de transformer des cryptoactifs en cash hors chaîne.

Le mécanisme opérationnel est calibré pour inspirer confiance dans un monde sans recours. Un vendeur contacte l’administration, s’enregistre, puis dépose une caution, souvent de plusieurs milliers d’USDT pour des services cybercriminels, et parfois des dizaines de milliers pour les activités de change et de blanchiment. Une fois validé, il obtient un espace de discussion dédié. Lorsqu’un deal se conclut, acheteur, vendeur et administrateur se retrouvent dans un salon commun, les fonds passent en escrow, la prestation est livrée, puis l’administrateur libère ou rembourse. En cas de litige, la caution sert de levier disciplinaire.

Cette architecture attire aussi les profils peu techniques. La « garantie » fournit un accès clé en main à des contreparties réputées fiables, ce qui abaisse le seuil d’entrée du crime financier. Pour l’opérateur, l’incitation est double, percevoir des frais sur les échanges et le séquestre, tout en contrôlant des réseaux de mules qui déplacent du cash hors des radars.

Le point le plus sensible, pour l’enquête, tient à l’internalisation des flux. Les portefeuilles fournis par la plateforme, décrits comme sans KYC significatif, permettent de garder les mouvements à l’intérieur de l’écosystème Xinbi. La traçabilité visible reflète alors l’activité de la plateforme plus que celle des acteurs individuels. À l’inverse, quand des vendeurs publient des adresses externes hors contrôle de Xinbi, la chaîne d’argent se laisse suivre plus facilement jusqu’aux points de sortie.

Dans ce contexte, Xinbi apparaît comme un survivant qui apprend vite. Entre le 12 mai 2025 et le 22 décembre 2025, ses entrées quotidiennes auraient presque doublé, malgré la pression sur Telegram. Au total, des portefeuilles associés à Xinbi auraient reçu environ 8,9 milliards $ (8,19 milliards d’euros) et traité près de 17,9 milliards $ (16,47 milliards d’euros), tandis qu’une estimation évoque au moins 16,4 milliards $ (15,09 milliards d’euros) de volume depuis 2022. Ces ordres de grandeur, même prudents, décrivent un pivot stratégique, pas une fuite en désordre.

La bataille se joue désormais sur le renseignement technique, cartographier les architectures internes, repérer les points de consolidation et identifier les sorties, là où la confiance criminelle se transforme en vulnérabilité exploitable.

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