
Parmi les 36 offres de reprise de Brandt, l’une des mieux-disantes sur les plans industriel et social, vise à reprendre le site de Brandt à Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise) et 85 salariés pour y lancer la production d’électroménager. Cette offre est menée par la Semavo, société d’économie mixte qui dépend du département du Val-d’Oise, avec l’industriel Joseph Francis.
Du service après-vente à la production industrielle. Tel pourrait être le destin du site de Brandt à Saint-Ouen-l’Aumône, qui était consacré, avant la liquidation de Brandt, à la logistique et à la réparation de l’électroménager de cuisson. Le site a donc été moins exposé médiatiquement que ceux de Vendôme (Loir-et-Cher) et Saint-Jean de la Ruelle (Loiret) où la production était concentrée.
Si la plupart des 36 repreneurs potentiels des différents actifs de Brandt, révélés par L’Informé, visent des périmètres limités aux stocks, aux marques ou au foncier, quelques-unes ont pour objectif la reprise d’une partie des salariés pour reprendre la production. C’est le cas de l’offre de Joseph Francis, ancien patron de la Comeca, fabricant d’armoires électriques qui comptait 1100 salariés et réalisait 153 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012, soit un an avant qu’il ne cède la direction à un ancien de Schneider Electric. «Je n’ai jamais échoué dans mes reprises quand j’étais à la tête de Comeca», sourit l’ingénieur de formation, citant notamment le rachat d’une branche d’Areva (aujourd’hui Orano) consacrée à la transmission et à la distribution d’électricité.
Miser sur le haut de gamme
Lorsqu’il entend parler de la liquidation judiciaire de Brandt, l’entrepreneur, passionné d’industrie, part à la rencontre de l’ancienne équipe de direction du fabricant d’électroménager, afin de comprendre les raisons derrière son échec. Son constat est cinglant : l’entreprise était surdimensionnée et trop dépensière. «Chaque année, Brandt brûlait dix millions d’euros, et 20% du personnel était en trop, critique-t-il. Mais ce n’était pas la faute des salariés, il n’y avait simplement pas de vision».
Avec les anciennes équipes de Brandt et des fournisseurs de machines de production, l’entrepreneur a travaillé sur un projet de nouvelle usine compétitive et spécialisée. «Pourquoi faire des produits low-cost si on ne peut pas concurrencer les autres pays ? Avec les marques Dietrich et Sauter, nous pouvons faire du haut de gamme en investissant sur la R&D et le design, expose-t-il à L’Usine Nouvelle. Cela ne nous empêchera pas de faire des partenariats avec des fabricants hors de France pour proposer des gammes plus basses.»
Le soutien de l’agglomération Cergy-Pontoise
Pour financer son projet, l’entrepreneur compte sur le soutien des banques et de la région Île-de-France. Mais aussi, et surtout sur celui de l’agglomération Cergy-Pontoise. «L’agglomération a saisi la Semavo (société d’économie mixte lancée par le Val-d’Oise, ndlr) afin qu’ils fassent une offre de rachat du terrain sur lequel le site est implanté, indique Jean-Paul Jeandon, président de l’agglomération, à L’Usine Nouvelle. Saint-Ouen-l’Aumône est une terre d’industrie, et nous voulons renforcer cet aspect.»
Le projet viserait ainsi à racheter les six hectares du terrain pour la somme de 15 millions d’euros, et le louer aux équipes de Brandt afin d’y relancer une activité de service après-vente dans un premier temps avec 85 salariés, puis lancer la production d’électroménager haut de gamme dans un second temps, avec 195 salariés. «Sur les six hectares du terrain, seuls trois sont occupés, et les trois restants sont déjà artificialisés, ce qui permettrait de développer une autre activité industrielle, peut-être en lien avec l’activité de Brandt», explique Nicolas Lecuyer, directeur général de la Semavo.
Si le projet représente l’un des derniers espoirs pour la relance de la production de Brandt, il est trop tôt pour se réjouir. D’abord, le tribunal de commerce de Nanterre doit se prononcer à une date, pour l’instant non communiquée, sur qui reprendra le site de Saint-Ouen-l’Aumône, plusieurs concurrents étant encore dans la partie. Ensuite, le Conseil régional d’Île-de-France doit approuver le soutien au projet de Joseph Francis, et la Société Générale doit lui accorder un prêt. Rien n’est encore écrit.


