
Un casque pour lutter contre des maladies neurodégénératives. Le Fonds Clinatec a annoncé mardi 3 février le début d’un essai clinique avec son casque de photobiomodulation qui émet une lumière proche infrarouge pour traiter des maladies comme Alzheimer, Parkinson ou la maladie à corps de Lewy.
La lumière pour traiter des maladies neurodégénératives. C’est la promesse du Fonds Clinatec, un accélérateur de projets, distinct du centre de recherche biomédicale Clinatec situé à Grenoble (Isère), et de son casque de photobiomodulation. Pour la première fois, ce casque est utilisé avec les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (Bas-Rhin) dans le cadre d’un essai clinique en double aveugle sur une trentaine de patients atteints de la maladie à corps de Lewy, annonce le Fonds Clinatec le 3 février.
Cette maladie neurodégénérative, moins connue que Parkinson ou Alzheimer, touche pourtant 200000 à 250000 personnes en France. Dans le cadre de cet essai clinique, les patients auront deux séances par jour de 32 minutes d’illumination pendant six mois. L’objectif : évaluer les effets de la lumière du proche infrarouge sur le cerveau. Avec son approche non invasive de la médecine, le Fonds Clinatec a fait le choix d’un casque pour diffuser ce traitement.
Huit bandes de diodes souples
L’appareil – rangé dans une petite valise noire avec une charlotte, un chargeur USB et la notice – ressemble à un bonnet de rugby souple en silicone et tissu de couleur bleu. A l’intérieur : une unité centrale positionnée au fond du casque connecte les huit bandes de diodes souples qui s’étendent du centre vers le bord. A l’extérieur, sur le sommet, se trouve le bouton pour l’allumer. «Il faut appuyer sur ce bouton pour déclencher une phase de test des bandes de diodes pendant laquelle le bouton est blanc, explique Laurent Herault, directeur du Fonds Clinatec. Une fois le test terminé le bouton devient vert, il faut enfiler le casque et le presser à nouveau pour lancer la séance d’illumination.» Cette dernière est programmée selon la pathologie par un médecin sur une application logicielle à part.
Pour optimiser le suivi, la carte électronique du casque enregistre chaque usage. Le médecin récupère ces informations sous la forme d’un calendrier des utilisations en connectant le casque à son ordinateur. Une façon d’anticiper des usages multiples de ce casque et de permettre aux soignants de suivre les traitements de ses patients.
«Ce casque pourrait aider dans le cas d’Alzheimer et des maladies apparentées, de Parkinson, de traumatismes crâniens, de troubles du sommeil, de maladies cardiovasculaires ou de problèmes de santé mentale», liste Laurent Herault. Pour l’instant, des essais cliniques en double aveugle sont menés sur la maladie à corps de Lewy. Pour cela casque parfaitement identique, mais ne diffusant pas de lumière, a donc été créé. Pour parfaire l’illusion, il est doté de résistances pour reproduire la chaleur des diodes. D’autres essais cliniques seront annoncés sur d’autres maladies, pour préciser la posologie et connaître la dose optimale afin de maximiser les effets thérapeutiques.
Les mêmes lumières qu’en dermatologie
Ce sont les mêmes types de lumière que sur les dispositifs utilisés en dermatologie et en beauté. «Le défi est d’avoir des effets positifs non plus seulement sur la peau mais sur une pathologie qui touche les cellules au plus profond de notre cerveau», ajoute Laurent Herault. Pour cela, des savoir-faire importants sur l’optique et l’électronique ont permis de mettre au point ce casque qui garde une illumination constante durant le traitement et toute sa durée de vie. Le Fonds Clinatec étant proche du CEA, ce sont des ingénieurs du CEA qui ont conçu les parties électronique et optique du dispositif.
En amont, des calculs numériques ont conforté le choix de cette lumière proche infrarouge, sur le spectre des 810 nanomètres, car elle pénètre les os et atteint le cerveau. «Grâce à des jumeaux numériques, les chercheurs ont déjà simulé la propagation de la lumière proche infrarouge dans le cerveau et validé sa pénétration dans le cortex cérébral pour atteindre les mitochondries et stimuler la production de l’ATP ou adénosine triphosphate», détaille Laurent Herault. L’enjeu est donc de vérifier au niveau clinique l’atténuation des symptômes des patients.
Aujourd’hui un casque est utilisé par un seul patient. Courant 2026, un même casque produit en France pourra être utilisé par plusieurs patients. Comme le Fonds Clinatec en produit peu, 150 en 2026, leur fabrication reste couteuse. Laurent Herault pense à terme le produire pour «moins de 3000 euros». Dans le futur, il est possible d’imaginer des casques prêtés ou loués à des patients par des médecins ou des hôpitaux. Mais le Fonds Clinatec cherche encore le modèle pour commercialiser ce dispositif.


