
La première usine automobile tricolore en volume, propriété de Toyota à Onnaing (Nord), a fabriqué 283465 Yaris et Yaris Cross en 2025. Un nouveau record qui ne devrait pas être battu en 2026, en raison d’un changement d’organisation industrielle destiné à préparer le futur du site.
En tête pour la quatrième année consécutive ! A Onnaing (Nord), près de Valenciennes, l’usine Toyota a fabriqué 283465 modèles de Yaris et Yaris Cross en 2025. Un nouveau record historique pour le site, qui a fêté ses 25 ans samedi 31 janvier. En à peine un quart de siècle, il est devenu une référence dans l’Hexagone. «On bat tous les records !», s’exclame Rodolphe Delaunay, le patron depuis avril 2024 de l’usine tricolore «la plus compétitive, car la plus compacte». «Absolument satisfait de notre activité vu le contexte du marché automobile», l’homme passé par PSA, Michelin, Faurecia et Renault n’oublie jamais de rappeler qu’une Toyota sur quatre vendue en Europe est produite à Valenciennes. C’est d’ailleurs le principal site de production européen du premier constructeur mondial (11,3 millions de véhicules vendus dans le monde en 2025), devant ses autres entités en République tchèque (222463 unités fabriquées) et en Turquie (211934 unités).
13000 véhicules de plus que prévu en 2025
Malgré un marché automobile européen en petite santé, l’usine a assemblé près de 13000 unités de plus que prévu en 2025. Une bonne nouvelle. Mais la situation ne devrait pas se reproduire en 2026. En cause : un allongement de la cadence de production (le “takt time” dans le jargon) est prévu en avril, pour une durée qui pourrait avoisiner les six mois. Concrètement, sur la ligne de montage, un véhicule passera désormais 65 secondes par poste de travail, et non plus 58 secondes. Mathématiquement, moins de véhicules seront donc produits chaque jour : 373 unités, contre 410 véhicules par jour précédemment. Selon nos estimations, non confirmées par la direction qui ne détaille pas ses prévisions de production, l’usine devrait fabriquer environ 250000 véhicules en 2026.
Sur le plan social, ce changement d’organisation est bien accueilli par les organisations syndicales. Certes, arithmétiquement, une plus faible cadence réduit le nombre de postes de montage et donc le besoin en personnel. Mais l’usine ne compte pas laisser sur le carreau ses employés. En raison du taux de rotation du personnel et grâce à un plan d’embauche de 600 CDI (dont 419 ont déjà été signés), une majeure partie des quelque 265 intérimaires devraient être en mesure d’intégrer les effectifs constants du site. «On ne veut pas les perdre», tient à rassurer Rodolphe Delaunay, à la tête d’un site où les emplois sont en constante augmentation. Ils étaient 3800 en 2017, ils sont 4800 fin 2025.
Un nécessaire changement d’organisation industrielle
La raison de ce changement n’est pas à chercher du côté de la réglementation, qui pousse les constructeurs à verdir leur flotte pour émettre moins de CO2. Toyota a beau ne commercialiser qu’une faible part de ses véhicules en motorisation électrique, ses voitures hybrides produites à Onnaing font partie de ses modèles les plus vertueux (entre 87 à 96 grammes par kilomètre pour Yaris, de 101 à 116 g/km pour Yaris Cross). Même si ces deux produits ne sont plus tous jeunes, c’est surtout une considération industrielle qui pousse la direction de l’usine à ajuster son rythme : «je souhaite réhabituer les équipes à un changement d’organisation industrielle», explique Rodolphe Delaunay, qui indique qu’il souhaitait déjà réaliser cette opération en 2025 mais en a été empêché en raison des fortes commandes. «On n’a pas changé depuis 2019 et c’est une problématique, cela fait trop longtemps», justifie le directeur du site, qui y voit une manière de réapprendre à faire du “Kaizen” (terme japonais qui désigne une méthode d’amélioration continue pour accroître la productivité). «Mais c’est aussi pour mieux nous préparer à l’avenir.»
L’usine d’Onnaing a commencé à se tourner vers l’hybration en 2012 et ne produit plus que des véhicules hybrides depuis 2024. Mais pas encore de modèle électrique. Toyota n’est pas un fervent défenseur de la batterie, mais se doit d’y réfléchir alors que l’électrification de la mobilité est en bonne voie. L’une des missions de Rodolphe Delaunay est de préparer l’intégration d’une plateforme multi-énergies (hybride simple, hybride rechargeable, électrique à batterie) sur la ligne de montage. «Nous en sommes au stade de la pré-étude», indique sobrement le président de Toyota Motor Manufacturing France, pour qui l’essentiel est «de garder la flexibilité» et «une intégration forte» (le site assemble ses planches de bord et dispose d’un atelier d’injection plastique pour fabriquer ses pare-chocs), condition sine qua none «pour rester une usine à fort volume».


