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Biogaran quitte Servier et poursuit avec BC Partners et Bpifrance, en ciblant un portefeuille plus large de médicaments génériques et une diversification dans les biosimilaires

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Lu il y a 9 minutes



Le leader français des génériques Biogaran a officiellement quitté le groupe Servier. Le fonds européen BC Partners s’empare de 85% du capital, aux côtés de Bpifrance qui s’arroge ainsi un siège au conseil d’administration, avec des garanties de maintien de l’emploi et du modèle de sous-traitance. Les axes de développement ciblent l’élargissement des gammes et la diversification dans les biosimilaires et les produits sans prescription.

C’est enfin signé. Après plus d’un an et demi de feuilleton, Servier a bien cédé Biogaran vendredi 30 janvier. Le capital du leader des médicaments génériques en France est intégralement repris par la société d’investissement BC Partners, dont le siège est à Londres (Royaume-Uni), engagé à hauteur de 85%, et par Bpifrance qui en reprend environ 15%. Le montant de l’acquisition n’a pas été dévoilé publiquement, mais est valorisé entre 800 millions et un milliard d’euros, pour une société qui a généré un chiffre d’affaires net statutaire de 1,26 milliard d’euros lors du dernier exercice annuel, clos le 30 septembre 2025.

«La production en France est une part importante de la stratégie»

Cette opération est assortie de garanties. BC Partners et Bpifrance s’engagent au maintien du siège et des activités en France, pays qui représente plus de 90% des ventes de la société, à la sauvegarde des emplois actuels, soit 270 collaborateurs, ainsi qu’au maintien du modèle de sous-traitance. Car Biogaran ne produit pas en propre mais s’appuie sur une quarantaine de sous-traitants en France, où sont produits la moitié des 362 millions de boîtes de médicaments écoulées chaque année dans l’Hexagone, ainsi que sur ceux en Europe. Au total, 90% de sa production est assurée sur le continent européen.

Cédric Dubourdieu, associé et patron de la filiale de BC Partners en France, assure que l’objectif est «de développer le groupe, donc nous ne voulons pas faire de plan social, et la production en France est une part importante de la stratégie. Elle permet de bénéficier de circuits logistiques courts et de conserver cette disponibilité forte des médicaments, qui est une marque de fabrique de Biogaran».

Elargissement du portefeuille de génériques, diversification dans les médicaments biosimilaires et sans ordonnance

Sur le plan du développement, les nouveaux propriétaires ont travaillé sur un plan d’affaires concocté par les dirigeants de Biogaran, qui a été validé, avec trois piliers stratégiques. «Nous allons continuer de développer le portefeuille de médicaments génériques, en particulier car de nombreux médicaments princeps arrivent en fin de vie de leurs brevets et tombent dans le domaine public, donc Biogaran pourra élargir son portefeuille», décrit Cédric Dubourdieu. Ajoutant que «les biosimilaires [équivalents de médicaments biologiques qui n’ont plus de protection brevetaire, ndlr] représentent un grand axe de développement. Enfin, le troisième pilier stratégique est de s’appuyer sur cette marque, qui demeure la principale pour les médicaments en France, pour optimiser le portefeuille dans les produits sans prescription [OTC]. En réalité, Biogaran continue sa vie comme avant, à la différence notable qu’il n’était plus dans le cœur de stratégie de Servier, alors que nous serons 100% focalisés sur son développement ».

Le premier directeur général de Biogaran revient aux commandes

Pour le moment, le développement de Biogaran à l’international, dont les médicaments sont aussi un peu écoulés dans certains pays d’Afrique, ne fait pas partie des priorités. «Le focus aujourd’hui est de finaliser la séparation complète d’avec Servier, de travailler nos trois axes de développement et une fois qu’on aura fait tout ça, d’ici deux ou trois ans, on ne s’interdit pas d’aller voir au-delà des frontières, par croissance organique ou acquisitions», précise encore Cédric Dubourdieu.

Les rênes du nouveau Biogaran sont confiées à Erick Roche, qui va être nommé PDG. Un clin d’œil aux racines de la société : avant de diriger ces dernières années la filiale française du génériqueur Teva, il avait officié comme directeur général de Biogaran à partir de sa création en 1996, et ce jusqu’en 2011.

Bpifrance avec 15% du capital et un siège pour garantir les engagements

Avec ses 15% de participation, Bpifrance décroche un poste au conseil d’administration de Biogaran. Doté d’un membre sur les cinq ou six du conseil, la banque publique estime qu’elle a largement de quoi influer sur la stratégie de l’entreprise et s’assurer que les engagements que BC Partners a pris auprès de l’Etat français soient respectés.

La banque est alignée avec le fonds européen sur un plan de croissance qui vise à développer les génériques, les biosimilaires et l’OTC en conservant un fort ancrage «bleu-banc-rouge» de sous-traitants français, estimé à environ 50% aujourd’hui. L’idée est de renforcer les liens avec le réseau actuel de sous-traitants pour maintenir sa position de leader sur les génériques en jouant sur les volumes (malgré les prix bas et la concurrence) et d’investir plus largement les biosimilaires, qui ne constituent qu’une petite part du marché mais sont amenés à se développer.

La banque publique investit dans Biogaran sur ses fonds propres, comme elle l’a fait sur d’autres segments de la chaîne de valeur, avec depuis 2021, une participation de 10% chez Sequens qui fabrique le paracétamol. Les investissements de Bpifrance dans la santé sont motivés par le souci de l’exécutif de garantir une forme de souveraineté sanitaire et la banque investit largement aussi en capital sur des jeunes entreprises innovantes.

Sur le même créneau que Biogaran, en avril 2025, elle est entrée au capital d’Opella, la filiale médicament générique de Sanofi dont 48,2% du capital a été cédé au fonds américain CD&R associé à Bpifrance (pour 1,8%). Mais l’opération était d’une autre envergure que celle-ci : Sanofi avait récupéré au passage 10 milliards d’euros, alors que la vente de Biogaran est d’un montant dix fois inférieur. Bpifrance avait investi entre 100 et 150 millions dans Opella, elle devrait être sur le même type de montant pour Biogaran, mais avec une part d’actionnariat, et donc d’influence, bien supérieure.

Servier presque sorti des médicaments génériques

Dans une interview à L’Usine Nouvelle l’an dernier, Olivier Laureau, le président de Servier, indiquait que le potentiel de croissance de Biogaran «se révélerait davantage avec un autre acteur» car le groupe Servier suit une stratégie qui «vise l’innovation de rupture, pour enrichir notre portefeuille en oncologie et neurologie, et l’innovation incrémentale en cardio-métabolisme et maladies veineuses». Ce positionnement entamé depuis dix ans désormais a radicalement changé le plan de marche du laboratoire français qui génère le principal de ses revenus et concentre l’essentiel de ses moyens sur des médicaments innovants.

Lors du dernier exercice fiscal, sur 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’activité génériques du groupe Servier avait représenté 1,55 milliard d’euros, en croissance de 10,3% sur un an. L’an prochain, ce sera nettement moins sans Biogaran. D’autant que Servier a également cédé au groupe indien Micro Labs à l’automne 2024 sa filiale de médicaments génériques Swipha, basée au Nigeria, ainsi que sa filiale Pharlab au Brésil l’an dernier. En portefeuille, il ne reste ainsi plus qu’une entité de génériques : la société Egis, basée en Hongrie, qui avait marqué l’origine de Servier sur ce segment pharmaceutique avec une prise de contrôle en 1995.

Julien Cottineau avec Anne-Sophie Bellaiche



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