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ZATAZ » Site présumé de tueurs à gages, enquête en Roumanie

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Lu il y a 7 minutes


Une plateforme en ligne soupçonnée de proposer des assassinats sur commande place la Roumanie au cœur d’une enquête transfrontalière. Au-delà du fait divers, c’est une bataille de traçage crypto et d’attribution numérique.

Deux ressortissants roumains sont visés par une enquête après la découverte d’un site soupçonné de permettre l’embauche de tueurs à gages. Selon les procureurs, la police roumaine a mené trois perquisitions à Bucarest et à Ramnicu Valcea, à la demande des autorités britanniques. Les enquêteurs estiment que les suspects exploitaient une place de marché intégrant des paiements en cryptomonnaies et un système de conservation des fonds sur le site jusqu’à la fin des transactions.

Une vitrine criminelle, l’anonymat comme promesse

Le communiqué des procureurs décrit une architecture pensée pour rassurer les clients et protéger les opérateurs. La plateforme, soupçonnée de fonctionner comme une place de marché, aurait proposé de « recruter » des assassins tout en réduisant au maximum les traces. Les paiements se feraient exclusivement en cryptomonnaies, et surtout, les fonds des utilisateurs auraient été retenus à l’intérieur du site jusqu’à l’achèvement des transactions. Cette logique d’entiercement, proche d’un coffre-fort numérique, vise un double effet : instaurer une confiance artificielle, et compliquer la lecture des flux d’argent.

C’est ici que l’angle cyber et renseignement devient central. Un service de ce type ne tient pas seulement par l’idéologie ou la violence affichée, il tient par la gestion de l’identité et du paiement. Masquer « qui parle à qui », éviter que l’adresse IP, les journaux techniques ou les historiques de messagerie ne racontent une histoire exploitable, et surtout, brouiller la chaîne financière. Les autorités indiquent précisément que le dispositif cherchait à préserver l’anonymat tout en rendant les transactions difficiles à tracer. Cette phrase, froide en apparence, résume la guerre moderne entre plateformes clandestines et enquêteurs : retrouver des personnes à partir de fragments numériques, de clés, de portefeuilles, d’appareils saisis, et d’erreurs humaines.

Le dossier a aussi une dimension internationale assumée. Les perquisitions ont été réalisées à la demande des autorités britanniques, ce qui implique des échanges d’informations, des demandes d’entraide, et un alignement de méthodes de preuve. Dans ce type d’enquête, chaque minute compte : plus l’infrastructure reste en ligne, plus les données changent, plus les comptes se vident, plus les traces s’effacent.

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Saisies, chefs possibles, et l’ombre du « tout est une arnaque »

Lors des trois opérations à Bucarest et dans la ville de Ramnicu Valcea, les enquêteurs ont saisi plusieurs supports de stockage électroniques, ainsi que de la cryptomonnaie estimée à 650 000 $ (environ 544 600 €, conversion déduite du ratio fourni par les saisies en espèces, 48 600 € pour 58 000 $, soit environ 0,838 € par dollar). Ils ont également récupéré près de 293 000 lei, présentés comme l’équivalent de 68 000 $ (environ 57 000 € avec le même ratio), et 48 600 € en liquide. L’addition raconte une chose simple : derrière l’écran, il y a de l’argent réel, déjà fractionné entre actifs numériques et espèces, un schéma classique quand on veut échapper aux contrôles et conserver une capacité de fuite.

Deux citoyens roumains ont été interrogés en tant que suspects. Les autorités n’ont pas communiqué leurs identités ni détaillé leurs rôles. La liste des incriminations potentielles est, elle, particulièrement lourde : constitution d’un groupe criminel organisé, incitation au meurtre, tentative de meurtre, incitation aux violences, tentative de violences et blanchiment. L’empilement des chefs souligne un enjeu : prouver l’intention, démontrer la réalité d’un passage à l’acte, et relier des échanges en ligne à des personnes physiques.

Mais une ambiguïté demeure, et les forces de l’ordre la reconnaissent indirectement en rappelant un phénomène récurrent : les “sites de tueurs à gages” apparaissent régulièrement sur le dark web, et beaucoup finissent par n’être que des escroqueries. Autrement dit, la promesse de violence est parfois un produit marketing destiné à siphonner des cryptomonnaies. Cette zone grise complique tout : enquêter sur une plateforme qui se présente comme criminelle, sans présumer qu’elle a livré un crime, tout en traitant le risque comme majeur.

Deux exemples, cités pour situer le contexte, illustrent le piège. En 2024, aux États-Unis, une femme a été poursuivie après avoir cru utiliser un site du dark web pour faire tuer l’épouse de l’amant, avant de découvrir que le service était frauduleux et qu’aucun tueur n’existait. En 2021, en Italie, un homme a été arrêté, soupçonné d’avoir voulu engager un tueur via un site hébergé sur le réseau Tor, en payant environ 10 000 € en bitcoin pour viser son ex-petite amie. Dans les deux cas, l’interface et la crypto servent d’écran, mais l’enquête finit par revenir à l’humain : intention, traces, et preuve.

Tueur à gage via le darkweb

En 2016, ZATAZ relatait le cas d’un site web « albanais » de tueurs à gages, baptisé Besa Mafia, qui proposait des services d’assassinat. Le site recyclait des articles pour « prouver » l’efficacité de ses actions, avec une forte odeur de faux. Lors du piratage du site Besa Mafia, il a été découvert que des internautes étaient prêts à payer pour faire tuer un concurrent. Six ans plus tard, toujours en Roumanie, plusieurs « administrateurs » étaient arrêtés. En Angleterre, une femme de 58 ans a fini en prison après avoir payé pour une demande d’assassinat. Aux États-Unis, un commerçant a versé des cryptomonnaies pour faire tuer l’épouse d’un partenaire. Des peines pouvant aller jusqu’à 13 ans de prison, comme dans ce dossier de « prestations » violentes.

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