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Pour sauver le verrier Arc, deux offres de reprise et un coût social incertain

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Lu il y a 9 minutes


Le tribunal de commerce de Lille a reçu deux offres de reprise, émanant de Timothée Durand et Patrick Puy pour la reprise du groupe verrier de 3500 salariés, placé en redressement judiciaire le 7 janvier. Les candidats ont jusqu’au 5 mars pour améliorer encore leur offre.

Dix ans de difficultés chroniques du verrier Arc n’ont pas découragé les repreneurs. Deux offres de reprise du groupe qui compte toujours parmi les géants mondiaux des arts de la table ont été déposées auprès du tribunal de commerce de Lille avant la date limite fixée au mercredi 28 janvier minuit par celui-ci. A priori, une troisième a été déposée quelques heures plus tard.

Sans véritable surprise : l’une émane de Timothée Durand, le petit-fils de Jacques Durand, le dirigeant et actionnaire emblématique du verrier. Préparée depuis plusieurs semaines, son offre a été jugée «sérieuse» par la direction du verrier et Bercy. L’autre provient de Patrick Puy, ancien directeur d’Arc de 2013 à 2015 et spécialisé dans le retournement d’entreprises en difficulté.

Éreintée par l’effondrement du marché mondial des verres, assiettes et plats – en chute de 15% à 20% en 2025, l’entreprise a été placée depuis le 7 janvier en redressement judiciaire. Même si ses ventes n’ont fondu «que» de près de 10%, le verrier a vu sa production tomber à 137000 tonnes. De quoi brûler le cash apporté par la dernière recapitalisation du groupe début 2025. Ses actionnaires– l’américain Dick Cashin et les français Pascal Cagni et Patrick Molis qui ont injecté au total près de 280 millions d’euros en dix ans, l’Etat et les collectivités locales contribuant quasiment à la même hauteur – ont préféré jeter l’éponge.

Un plan social de 300 licenciements envisagé

Pour les 3500 salariés du fabricant implanté à Arques, dans le Pas-de-Calais, le sauvetage du verrier s’annonce douloureux. Tout dépendra de l’offre retenue par le tribunal de commerce le 10 mars prochain. Timothée Durand prévoit de ne conserver que 2700 emplois sur l’effectif actuel d’Arc France. Les départs en retraite devraient permettre de réduire de façon volontaire les effectifs de 400 salariés, les démissions pourraient en supprimer une centaine d’autres. Mais un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) devra être lancé, qui concernerait près de 300 licenciements, selon son offre. A son heure de gloire, début 2000, quand l’usine produisait encore du cristal et que les listes de mariages étaient en vogue, le site comptait plus de 10000 salariés.

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Car les ventes ne devraient pas rebondir rapidement. «Le contexte économique et géopolitique est difficile. J’ai voulu que mon plan soit solide et tienne compte de la réalité du marché, sans présumer d’une hausse de ventes», plaide le repreneur potentiel, qui a rencontré plusieurs fois les organisations syndicales en début d’année. La production de l’usine devrait rester proche de 135000 tonnes en 2026 et 2027, selon Timothée Durand.

Pour adapter la capacité de production de l’usine cathédrale à la baisse du marché, un des deux fours sodocalciques, arrivé en fin de vie, devrait être fermé afin de concentrer la production sur les six fours restants. «Par rapport aux ventes qui ont beaucoup baissé sur l’usine française, beaucoup de fonctions support doivent être redimensionnées», souligne Timothée Durand, qui prend en exemple les usines émiraties et chinoises du groupe.

L’industriel, qui a fait une grande partie de sa carrière chez le verrier, prévoit d’investir 50 millions d’euros dans l’entreprise. Ceux-ci seraient apportés en grande partie par Mathieu Leclercq, issu d’une autre dynastie du Nord et ancien président de Décathlon. Tout cela permettrait de retrouver des flux de trésorerie positifs dès la première année.

Relancer le développement commercial pour augmenter les volume

L’autre offre, déposée par Patrick Puy, promet de ne pas engager de suppression d’emplois. «Il y a des surcapacités», reconnait le spécialiste du retournement d’entreprises en difficulté, passé par Moulinex, Go Sport et Vivarte, «mais on doit retrouver des volumes. J’ambitionne de relancer les investissements dans les nouveaux produits et le développement commercial». Plutôt que de fermer le four H, il propose de le remplacer par un nouveau four hybride, afin de «démarrer la décarbonation du groupe». «La profitabilité du groupe pourrait être plus faible que celle de mon concurrent les deux premières années», considère-t-il, le temps que les volumes de production augmentent.

Une partie de la production pourrait être relocalisée depuis l’usine américaine du verrier, elle aussi en petite forme, «même si ce ne sera pas un apport majeur», poursuit Patrick Puy. Le manager de crise n’exclut pas de céder le site, installé sur la côte Est, tout en conservant les autres verreries, en Chine et aux Emirats, dans le but de concentrer les investissements sur le site français. «Arc a pêché par ambition en maintenant une usine de production sur chaque continent sans avoir les moyens d’y investir», analyse-t-il.

Le sort des usines étrangères en question

Un point qui le distingue là aussi de son concurrent. «Avoir des usines dans quatre zones où les marchés sont importants est un atout extraordinaire. Nos grands clients demandent à être livrés de plusieurs usines dans le monde pour que la logistique soit efficace», pointe Timothée Durand, alors que le verrier produit pour ses marques comme Luminarc ou Cristal d’Arques mais aussi pour Ikea. Sans compter que céder ces usines à des concurrents, notamment en Chine, «pourrait aboutir à les retourner contre le site français», pointe un connaisseur de l’entreprise.

Au total, Patrick Puy estime à 55 à 75 millions d’euros le montant à investir. Mais son plan de financement doit encore être affiné. Le candidat à la reprise réclame d’ailleurs un report de la décision du tribunal de commerce à fin avril pour avoir le temps d’améliorer son offre, alors que les repreneurs potentiels doivent normalement rendre leur copie finale le 5 mars. «Plus vite on a trouvé une solution, plus vite on la met en place», plaide le camp adverse.

«Encourager à améliorer les offres»

Les syndicats restent vigilants. «Il va falloir étudier de près les deux offres et essayer d’encourager les candidats à les améliorer», considère Grégory Leblond, représentant du CSE, qui plaide pour une solution pérenne pour les salariés et l’entreprise. «Il est plutôt sain qu’il y ait plusieurs offres pour faire pression sur les repreneurs», abonde un observateur proche de l’entreprise. D’autant qu’avec la cession, l’entreprise pourrait cette fois repartir sur de bons rails. Elle serait allégée d’une grande partie des dettes contractées, notamment auprès de l’Etat et des collectivités locales, hormis celles des usines étrangères. «Cette cession est la solution la plus douloureuse pour l’actionnaire actuel. Mais ce n’est pas une mauvaise chose pour l’entreprise. Elle avait trop de passif»,pointe un bon connaisseur du groupe.



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