Sans surprise au vu de ses ventes en déclin, le constructeur américain Tesla a communiqué au marché des résultats financiers en baisse sur l’ensemble de l’année 2025. Son chiffre d’affaires décline de 3%, à 94,8 milliards de dollars.
2025 n’a pas été l’année du rebond pour Tesla. Le constructeur américain célèbre pour ses voitures électriques a publié mercredi 28 janvier après la fermeture des marchés un chiffre d’affaires annuel de 94,8 milliards de dollars (79,2 milliards d’euros), en repli de 3% par rapport à 2024 mais légèrement supérieur au consensus des analystes (94,4 milliards de dollars). Son bénéfice net ressort à 3,8 milliards de dollars (-46%), avec une marge opérationnelle de 4,6%, la plus faible depuis le début de la décennie.
Le constructeur signe ainsi une deuxième année consécutive en repli. Mais il n’y a pas que sur le plan comptable que Tesla éprouve des difficultés. Les ventes du constructeur s’effritent, et les années fastes du début de la décennie semblent désormais loin. Tesla a expédié 153000 véhicules de moins (-8,6%) qu’en 2024. Si ses livraisons globales restent importantes, à 1636129 unités, sa décroissance dans un marché mondial qui s’électrifie massivement lui a coûté sa place de leader sur le marché des voitures électriques, coiffé au poteau par le champion chinois BYD.
Moins 37,9% de ventes dans l’UE en 2025
Dans l’Union européenne, où les ventes de “wattures” ont grimpé de près de 30%, Tesla apparaît à la dérive : -37,9%, avec 150504 unités immatriculées. La situation peut paraître paradoxale. Certes, les frasques du patron, Elon Musk, qui s’est brouillé puis rabiboché avec le président Donald Trump après avoir largement financé sa campagne électorale puis mené quelques temps le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), ont contribué à politiser la marque, dont certains consommateurs se sont détournés. Mais il est aussi connu dans l’industrie automobile que pour gagner des parts de marché, un constructeur doit apporter des nouveautés. «S’il n’y a pas de nouveaux produits, il n’y a pas de croissance», rappelle Tu Le, analyste basé à Détroit (Michigan). Or, la gamme de Tesla est non seulement limitée à cinq modèles (S, X, 3, Y, Cybertruck), mais elle est vieillissante.
Les modèles 3, X et S n’ont connu que de faibles modifications cosmétiques ces dernières années. La production des deux derniers va d’ailleurs s’arrêter, a annoncé Elon Musk ce mercredi, pour permettre la production de ses robots Optimus dans l’usine de Fremont (Californie). Le Cybertruck, dernier modèle du constructeur lancé en novembre 2023, n’est pas une franche réussite commerciale. En mars 2025, Tesla a toutefois commercialisé une version rafraîchie du Model Y, sa meilleure vente. Une version d’entrée de gamme légèrement moins chère est également proposée depuis la fin de l’année 2025. Un véhicule “abordable” en prix pour le plus grand nombre, un temps promis par Elon Musk, n’est plus d’actualité. Cela n’empêche pas le consensus des analystes d’anticiper une hausse de 5% des livraisons en 2026, à 1 722 932 unités.
Tesla, bien plus qu’un constructeur automobile pour les marchés
Il n’empêche, les performances décevantes des 24 derniers mois ne semblent pas entamer la confiance des investisseurs, qui voient en Tesla bien plus qu’un simple constructeur automobile, mais une entreprise technologique aux multiples relais de croissance : la conception de puces, la conduite autonome, le supercalculateur IA Dojo, les robots humanoïdes Optimus… les projets de Tesla sont nombreux. En parallèle de ses résultats, le constructeur a d’ailleurs annoncé investir 2 milliards de dollars dans la start-up xAI de son patron. Et sa valorisation est proche de ses sommets historiques, culminant à 1360 milliards de dollars. «Je pense que nous nous dirigeons très probablement vers une ère passionnante et incroyable d’abondance», a lancé Elon Musk en préambule de sa déclaration aux investisseurs.
Même si 75% du chiffre d’affaires de l’entreprise provient de ses ventes automobile, «les livraisons n’ont pratiquement plus d’importance», a souligné dans une note début janvier Alexander Potter, analyste pour la banque d’investissement américaine Piper Sandler. «En revanche, les performances de Tesla en 2026 devraient être tirées par les progrès réalisés dans les domaines de l’IA et de la robotique.» «La valorisation est exagérée», concluent également les analystes de Barclays. «Tant que la vision est suffisamment audacieuse, la valorisation s’appuie davantage sur celle-ci que sur les bénéfices et les flux de trésorerie», abonde Nicholas Colas, co-fondateur de la lettre d’information financière DataTrek Research, interrogé par nos confrères de Bloomberg.
Ce n’est pas nouveau. Dès juillet 2024, les analystes d’HSBC l’avaient constaté : «les actions Tesla se déconnectent des fondamentaux, le marché se concentrant sur les promesses faites lors du prochain événement consacré aux robotaxis», en référence à la présentation en grande pompe en novembre de la même année du Cybercab. Le véhicule autonome, sans volant ni pédales, doit entrer en production en 2026. En attendant, des versions modifiées du Model Y ont commencé à circuler dans certaines villes américaines. Et, depuis le début de l’année 2026, ce service de conduite autonome peut se passer de supervision humaine dans les rues d’Austin (Texas).
Même si les retours sur investissement paraissent lointains, les marchés ne semblent pas se lasser de ce type de projet et de leurs perspectives économiques. Les observateurs parlent davantage du robot Optimus, dont le début de production est également prévu en 2026, que du nouveau véhicule sportif Roadster, dont Elon Musk a laissé entendre qu’il pourrait enfin en dévoiler une version de production le 1er avril 2026… plus de 8 ans et demi après sa présentation. Mais le patron a pour habitude de ne pas respecter les délais qu’il annonce.


