
Après le réveil des cours de nombreux métaux industriels en 2025, 2026 démarre en trombe. Argent, cuivre, étain, cobalt… Derrière les hausses de chaque métal industriel se cachent des dynamiques et des perspectives différentes, liste pourtant l’institut CyclOpe, qui a dévoilé le 28 janvier ses prédictions de prix pour les matières premières sur l’année.
Assiste-t-on au réveil des métaux industriels ? Sur le seul mois de janvier 2026, plusieurs matières critiques pour les usines du monde entier volent de record en record. Du point de vue des cours et de leur poids géopolitique, 2025, déjà, pouvait être considérée comme «l’année des métaux», résumait Philippe Chalmin, historien de l’économie et codirecteur du Cercle CyclOpe, à l’occasion de la présentation à la presse du bilan annuel de l’institut spécialiste des marchés des matières premières, le 28 janvier.
L’argent flambe dans la foulée de l’or
Selon CyclOpe, l’année 2025 a été relativement calme au regard du contexte international agité, marqué par les agitations de Donald Trump autour du Venezuela et de l’Iran (deux grands producteurs de pétrole), ou du riche sous-sol du Groenland. A quelques exceptions près (comme le gaz naturel aux Etats-Unis, le bœuf en Europe ou encore le café), «l’énergie et les produits agricoles ont été orientés à la baisse», rappelle Philippe Chalmin.
Pour le pétrole, le prix moyen du Brent a chuté de 15% (il remonte un peu depuis début janvier, avec un baril autour des 67 dollars aujourd’hui), tandis que le riz (-30%), le sucre (-17%), le tourteau de soja (-17%) et blé (-12% en Europe, -7% aux Etats-Unis) se sont aussi vendus en moyenne moins cher en 2025 qu’en 2024. L’indice CyclOpe sur le prix des matières premières (qui est pondéré selon l’importance économique des matières suivies) a baissé de 4% en moyenne sur 2025, principalement en raison de la chute de l’or noir. Dans un contexte de surproduction, celle-ci devrait continuer en 2026 : CyclOpe pronostique une baisse moyenne de 15%, avec un prix moyen du Brent à 58 dollars le baril.
C’est une autre histoire si l’on se concentre sur les métaux. En excluant le brut, l’indice CyclOpe a grimpé de… 15%. Une dynamique principalement due à l’or, dont le prix a bondi de 44% entre 2024 et 2025 en moyenne annuelle. C’est plus impressionnant encore si l’on regarde l’évolution des prix sur les marchés. En fin d’année 2025, l’once du métal précieux s’échangeait 4300 dollars, soit près du double des cours un an auparavant. Depuis, il n’a cessé de battre des records pour se rapprocher des 5300 dollars le 28 janvier !
Portée par les achats des banques centrales qui cherchent à réduire leur dépendance au billet vert américain et par la spéculation dans un contexte d’incertitude géopolitique forte, cette croissance est «dans l’irrationnel le plus total», juge Philippe Chalmin, rappelant que le métal doré a peu d’applications industrielles.
L’argent, plus critique pour les industriels puisqu’on le retrouve dans les panneaux solaires et l’électronique, suit une dynamique similaire. Autour de 30 dollars l’once fin 2024, il dépassait les 70 dollars fin 2025, et s’échange aujourd’hui 115 dollars… Une croissance de plus de 50% en un mois, et d’environ 280% sur 13 mois !
Même si la potentielle mise en place de taxes douanières aux Etats-Unis encourage la spéculation, et que l’intelligence artificielle peut doper la demande sur un marché tendu, «cette dynamique a tout d’une bulle, dont le destin est d’éclater un jour», juge sans fard Philippe Chalmin, pour qui «ces prix encouragent la substitution», notamment dans le photovoltaïque.
Remontées du cuivre et de l’aluminium
Restent les autres métaux industriels. La plupart – à l’exception notable du minerai de fer, dont les prix moyens ont reculé de 6% en 2025 et du plomb en baisse de 5% – se sont réveillés en 2025, note CyclOpe. Les prix du platine et du palladium, notamment, ont explosé respectivement de +156% et +98% entre le 10 janvier 2025 et la même date un an plus tard. Leurs prix, partis de très bas, «sont tirés par l’or, car ce sont des métaux précieux moins chers», explique Philippe Chalmin. Les joalliers comme les investisseurs y voient une alternative, et les platinoïdes bénéficient «aussi du recul de la transition énergétique et de la survie des moteurs thermiques, pour lesquels ils servent dans les pots catalytiques». Selon CyclOpe, les prix du platine seront 40% plus élevés en moyenne annuelle en 2026 qu’en 2025.
Continuons. En 2026, l’étain affichera une hausse de 32%, le cuivre de 25% et l’aluminium de 14%, parie CyclOpe. «Nous sommes haussiers sur la plupart des métaux, mais cela ne veut pas dire que les prix continueront à augmenter : nous avons parfois déjà atteint des sommets», détaille Yves Jégourel, économiste au Conservatoire national des Arts et Métiers et autre codirecteur de CyclOpe en rappelant que l’institut raisonne sur des prix moyens.
Surtout, chaque métal a son rythme et son histoire propre. Le cuivre, par exemple, a crû tout au long de 2025, avec une forte hausse après septembre, et l’arrêt pour force majeure de la mine souterraine géante de Grasberg, opérée par Freeport-McMoran en Indonésie. «Les fondamentaux de long terme restent très favorables, car c’est le métal de la transition énergétique, sur tous les volets et qu’il existe de fortes contraintes sur la production primaire [de concentré issu des mines]», continue Yves Jégourel, sans pour autant attendre d’explosion des prix en 2026.
L’aluminium, de son côté, a crû de 19,5%, dépassant mi-janvier les 3200 dollars la tonne au LME. La faute au cuivre, qu’il peut parfois substituer, mais aussi au plafond de production imposé en Chine – à 45 millions de tonnes, annoncé en 2017 et atteint en 2025 – qui empêche l’arrivée de nouvelles capacités. Le métal léger, stratégique pour nombre d’applications y compris dans la défense se vend même bien plus cher aux Etats-Unis, en raison des taxes à l’importation imposées par Donald Trump. Au point que l’entreprise émiratie EGA a annoncé la construction d’une nouvelle fonderie d’aluminium primaire aux Etats-Unis. Une première depuis 50 ans !
Nouveau rôle stratégique des métaux
Deux métaux de batteries, le nickel (+12%, à plus de 18000 dollars la tonne fin janvier 2026), et le cobalt (+131%, à 55000 dollars la tonne), ont aussi connu de fortes variations de prix sur l’année. Mais pas pour des raisons géologiques : les cours du premier ont grimpé en décembre, «après l’annonce de la réduction des quotas miniers indonésiens, qui passeraient de 379 à 250 millions de tonnes humides», rappelle l’expert (tout en notant que le mode de calcul en tonnes humides rend difficile de savoir quel sera le métal effectivement extrait). Le second, lui, «partait de très bas et fait les frais de la décision de la République démocratique du Congo d’imposer des quotas d’exportation». Parmi les métaux de batteries, notons enfin le lithium, dont le prix moyen a baissé de 5% en 2025 selon CyclOpe, mais dont les cours ont commencé à remonter à l’automne et explosent depuis la fin décembre, à la faveur d’un nouvel optimisme concernant la demande de batteries et d’inquiétudes sur l’offre.
L’étain enfin, surperforme avec des prix en hausse de plus de 80% entre janvier 2025 et janvier 2026, date à laquelle les cours ont dépassé les 55000 dollars la tonne. Une dynamique «liée à l’ère du numérique, car l’essentiel des débouchés de l’étain se trouve dans les soudures», pointe Yves Jégourel, qui note que la concentration des mines dans des zones en conflit, notamment à l’est de la République démocratique du Congo, et dans l’état semi-autonome de Wa en Birmanie, a entraîné des difficultés de production qui se relâchent depuis quelques mois. «L’étain redevient un métal spéculatif, avec des fonds qui se positionnent sur ce tout petit marché de 300000 tonnes par an», prévient l’universitaire, qui craint, là encore, une bulle.
Difficile, donc, d’identifier un facteur global derrière cette dynamique, d’autant que la Chine – qui a joué le rôle de locomotive sur les marchés de matière première ces dernières décennies – n’opère pas de redémarrage macroéconomique. CyclOpe parie sur une croissance de 4% en Chine en 2026, contre 2,2% aux Etats-Unis et 1,3% en Europe. Ce qu’il y a de commun par contre, c’est la «fin de l’ordre international par la règle», annoncée dans la dernière stratégie de sécurité nationale de la Maison Blanche, pointe Yves Jégourel, qui note une «militarisation de la question des matières premières et de leur maîtrise». Une nouvelle donne à prendre en compte, tant du point de vue des financements octroyés et des accords signés, que de la demande de certains éléments, qui pourrait exploser en cas de conflit de haute intensité.


