La Compagnie nationale du Rhône (CNR) a présenté le 28 janvier un plan stratégique d’investissements. 550 millions sont programmés jusqu’en 2041 pour augmenter ses capacités le long du Rhône sur ses barrages existants en ajoutant des mini-STEP.
Recalée pour son projet de barrage géant à Loyettes en 2024, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) va redéployer ses forces tout au long du fleuve. Ce plan chiffré à 550 millions d’euros jusqu’en 2041 prévoit d’augmenter la production hydroélectrique et «surtout de la rendre plus flexible», insiste Laurence Borie-Bancel, présidente du directoire de cette société contrôlée par l’Etat via la Caisse des dépôts, et dont Engie détient 49%.
Dès l’année 2026, CNR va augmenter la puissance du barrage de Montélimar (Drôme) de 100 GWh. Elle prévoit d’installer des turbines sur six écluses qui en sont dépourvues. Egalement en 2026, une petite centrale hydroélectrique verra le jour à Caderousse (Vaucluse). CNR lance également des études pour augmenter les capacités de sa principale retenue à Génissiat (Ain), en aval du Lac Léman. Elles devraient durer 18 mois, le chantier pourrait aboutir avant 2030. La CNR prévoit de rehausser sa retenue.
Nouvelles turbines et mini-STEP
Pour lisser sa production d’énergie sur l’année, la CNR veut par ailleurs de multiplier les petites stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). Encore peu fréquentes hors des zones de montagne, les STEP pompent de l’eau et la turbinent quand le réseau électrique en a besoin. Parmi les autres aménagements que CNR va étudier, des batteries de stockage.
Le deuxième producteur français d’électricité hydroélectrique derrière EDF a produit 13,2 TWh d’électricité hydroélectrique en 2025, en recul de 3,3 TWh (-20%) par rapport à 2024. Les centrales de CNR ont souffert de la canicule et du faible niveau du Rhône en 2025, mais CNR reste dans sa moyenne «après une année 2024 exceptionnelle», compare Laurence Borie-Bancel.
Vos indices

Ce plan reste soumis à la disponibilité de la ressource. Or, le fleuve Rhône est confronté à une baisse inexorable de son débit, d’après une étude menée par l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse en 2023. Celle-ci anticipe une diminution du débit moyen de 20% à l’horizon 2050, avec des pics en hiver, et des à-secs plus sévères en été. La CNR veut créer un centre de supervision qui s’appuiera sur un réseau de capteurs pour mieux mesurer les prélèvements. «Nous fournirons les données à tous les acteurs, les chambres d’agriculture, les collectivités, les centrales nucléaires et à l’Etat, qui restera le seul arbitre», dit Laurence Borie Bancel.
Concernant les autres énergies, le solaire et l’éolien, la CNR ambitionne de doubler ses capacités et d’atteindre 2000 MW en 2030 partout en France. Les filiales Solarhona pour le petit photovoltaïque et Vent Solaire pour les plus grands équipements ont produit 1,75 TWh d’électricité renouvelable en 2025 grâce à 5 MW installés. «Nous serons à 40 MW en fin d’année», dit la présidente.
Alors que la France continue de défendre son modèle de concession hydroélectrique devant la Commission européenne, la CNR se dit rassurée par l’accord qui se dessine pour le modèle français. «La perspective d’un dénouement du contentieux qui oppose la France à Bruxelles depuis 15 ans est une bonne nouvelle pour la relance des investissements», commente Laurence Borie-Bancel.


