
Après la “shrinkflation” et la “cheapflation”, l’association de consommateurs Foodwatch pointe désormais la “stretchflation”, soit d’importantes hausses de prix masquées derrière des formats un peu plus gros.
La déréglementation des formats des produits préemballés liée à la directive européenne 2007/45/CE n’en finit pas d’avoir des retombées. Cette fois, l’association de défense des consommateurs Foodwatch dénonce la «combine» de la «stretchflation» ou «l’art de vendre quelques grammes de plus à des prix disproportionnés». Avec cinq exemples concrets à l’appui.
En septembre 2022, Foodwatch mettait en lumière la pratique de la «shrinkflation», ou «réduflation» en québecois, à savoir la réduction des quantités et la hausse des prix. Une campagne couronnée de succès : depuis juillet 2024, un arrêté oblige la grande distribution à signaler les produits concernés. En février 2024, l’association révélait la «cheapflation» (déqualiflation), ou la baisse de la qualité d’un produit toujours assortie d’une augmentation de son prix. Aujourd’hui, elle dénonce l’ajout de quelques grammes accompagné d’un relèvement disproportionné du prix, soit la «stretchflation», de l’anglais «stretch» qui signifie étirer, et de la contraction d’inflation, sans équivalent dans la langue française.
Pratique opaque et inacceptable
Le principe ? «Gonfler le format d’un produit, souvent de quelques grammes seulement, tout en augmentant son prix au kilo ou au litre», souvent de façon «exagérée et disproportionnée», décrit Foodwatch dans un communiqué. Pour illustrer cette «pratique opaque et inacceptable», elle épingle cinq produits. La flammekueche de Stoeffler est passée de 350 à 380 g (+8,6%), tout en subissant une hausse de près de 18% du prix au kilo, «en tenant compte de l’inflation alimentaire». Pour des gnocchis de Lustucru, les augmentations sont de, respectivement, 5,3 et 18,9%. Les cornichons «Petits croquants» aigres-doux de Kühne font encore mieux: +2,7% et +27,92% ! Sont également ciblés les galettes La Panée de Garden Gourmet et les biscuits Mikado de Lu.
Marques ou distributeurs ?
Sollicités par l’association, les industriels mettent en avant des arguments marketing ou des changements d’emballage pour justifier les nouveaux formats, souvent qualifiés de plus «généreux» et signalés sur les packs, au moins durant les premiers mois. Seul Mondelez, pour Mikado, précise expressément ne pas avoir modifié le prix. Pour les autres, difficile de savoir si les responsables de cette inflation sont les marques ou les distributeurs, puisque ces derniers sont libres de fixer les prix de vente.
Manque de transparence
Foodwatch veut ici placer sous les projecteurs «le manque de transparence du secteur agroalimentaire», avec des «hausses de prix difficiles à détecter et presque impossibles à sanctionner». «Combien de magouilles les industriels inventeront-ils encore ?, s’interroge l’association dans son communiqué. La réglementation est très claire: il est interdit d’induire les consommateurs en erreur avec le prix, la publicité ou le marketing des produits.»


