
Les prix de la plupart des terres rares – ces 17 éléments critiques dans une foule de technologies de pointe, notamment sous la forme d’aimants permanents – ont cru de parfois plus de 50% en 2025, et de 150% en Europe. Le contrôle des exportations instauré par Pékin en avril 2025 joue, sans expliquer à lui seul ces dynamiques.
Les terres rares sont de plus en plus chères ! Depuis que Pékin a instauré un contrôle des exportations de sept des dix-sept métaux qui composent la grande famille des terres rares, en avril 2025, le monde industriel et diplomatique a eu les yeux rivés sur ces éléments aux noms barbares, pour la plupart méconnus mais indispensables dans nombre de technologies de pointe. Bouleversant, par la même occasion, les prix sur ce petit marché.
60% d’augmentation sur un an en Chine
Selon les chiffres du Shanghai Metals Market (SMM), compilés par Jefferies, les cours des oxydes de praséodyme et de néodyme (les deux terres rares légères qui servent à produire des aimants permanents) en Chine ont crû de plus de 60% sur un an. Ils se rapprochent, mi-janvier, de la barre des 100 dollars le kilo ($/kg). Le cérium, utilisé dans les catalyseurs et comme agent de polissage, affiche une hausse de près de 45%. L’yttrium pointe à 35% tandis que l’augmentation des prix d’autres éléments, comme le lanthane, le gadolinium ou le samarium, oscille entre 10 et 20%.
Par contre, les prix de deux terres rares lourdes qui servent à rendre les aimants permanents plus puissants et résistants aux hautes températures – le terbium et le dysprosium – bougent peu, avec respectivement +6,5% et -12% ! Celui des aimants permanents au néodyme-praséodyme classiques, lui, est en hausse de 62% (contre +28% pour les aimants plus performants).
Demande d’aimants permanents en hausse
C’est un indice que le contrôle des exportations instauré en avril 2025, qui ne concerne que les terres rares lourdes (dont le dysprosium et le terbium), n’explique pas cette dynamique de hausse des prix. Après trois mois de perturbations importantes – entre avril et juin –, les entreprises se sont habituées aux nouvelles démarches administratives et les exportations d’oxydes de terres rares et d’aimants depuis la Chine ont repris quasi normalement, note le cabinet Tradium à partir des chiffres de douanes. Ce que confirme un grand acteur chinois du secteur à L’Usine Nouvelle, qui précise avoir mis en place une équipe dédiée.
Par ailleurs, la menace de Pékin, début octobre, de renforcer drastiquement son contrôle des exportations n’a pas été mise en application, en raison de la détente de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis décrétée à la fin du même mois. Et il est encore tôt pour juger des annonces de Pékin, le 6 janvier, qui n’hésite pas à utiliser l’arme des terres rares au profit de ses intérêts stratégiques : la Chine a alors interdit l’envoi de biens à double usage vers le Japon – deuxième producteur d’aimants dans le monde et premier importateur de terres rares raffinées en Chine, malgré ses efforts de diversification – après des prises de positions sur Taïwan critiquée par Pékin,
Pour les analystes, c’est plutôt des dynamiques minières et l’instauration d’un prix plancher de 120 dollars par kg pour les terres rares légères (néodyme et praséodyme) produites par MP Materials aux États-Unis,en parallèle de la signature d’un accord de financement très commenté avec le Pentagone, qu’il faut regarder.
«Le changement s’explique par les matières premières, à la base des formules de prix sur le marché, juge ainsi Thomas Kruemmer, analyste spécialisé au sein du cabinet singapourien Giti, interrogé par L’Usine Nouvelle. Beaucoup de minerai vient de mines qui ne sont pas sous contrôle chinois, et dont les coûts augmentent, alors que la Chine a été très active pour diminuer l’impact environnemental des mines et de la séparation de terres rares sur son sol…». Quitte à fermer des mines et augmenter les coûts d’exploitation.
En parallèle, la demande de terres rares pour aimants permanents ne cesse d’augmenter, alors que ces petits dispositifs sont indispensables dans de nombreux produits électroniques, comme les écouteurs sans fil ou les téléphones, mais aussi dans les moteurs de véhicules électriques ou les turbines d’éoliennes en mer.
Explosion des prix des terres rares lourdes en Europe
Pour autant, le contrôle des exportations n’est pas sans effet. Tout d’abord, le prix à l’exportation des aimants permanents a légèrement augmenté depuis avril, alors qu’il était en baisse entre 2023 et début 2025. Surtout, les prix de vente du dysprosium et du terbium en Europe ont explosé. Les surcoûts sur un an atteignent, respectivement, +135% et +150%, selon le négociant spécialisé Tradium.
«Traditionnellement, les prix à l’exportation suivent ceux en Chine. Mais depuis l’entrée en application du contrôle des exportations, une bifurcation a émergé», abonde George Ingall, analyse chez Benchmark Mineral Intelligence à l’occasion d’une présentation sur le sujet. Aujourd’hui, ces deux éléments lourds se négocient trois à quatre fois plus cher en Europe qu’en Chine – soit plus de 1000 dollars le kilo pour le dysprosium et plus de 3500 dollars pour le terbium – en raison du déficit d’offre hors de Chine, qui a un quasi monopole sur leur raffinage !
«Cela a entraîné un afflux d’investissements importants, avec 6,3 milliards de dollars en 2025, notamment aux Etats-Unis», pointe l’expert. Une dynamique que l’on retrouve aussi en France, à vitesse réduite, mais qui ne changera pas la donne à court terme.
Par ailleurs, la Chine domine aussi largement les étapes aval que sont la métallisation et la production d’aimants. Sur ce point, la confirmation, le 20 janvier, par USA Rare Earth du projet d’usine de métallisation porté par sa filiale britannique, Less Common Metals, est une bonne nouvelle. Celle-ci s’installera à Lacq (Pyrénées-Atlantique), à côté de l’usine de séparation de terres rares lourdes dont Carester a commencé la construction.


