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vers «une DGA de combat» pour accompagner la montée en cadence industrielle de l’économie de guerre

Service Com'
Lu il y a 9 minutes


Prototypage rapide, passage accéléré à la fabrication en série, abandon des spécifications excessives, maîtrise des architectures numériques, partenariat avec le secteur civil… La DGA doit se transformer en profondeur et revoir sa façon de travailler avec les industriels de l’armement pour se conformer aux exigences d’une guerre de haute intensité.

Une expérimentation unique en son genre a lieu, du 19 au 23 janvier, dans la grande rade de Toulon (Var). Aux abords du centre de la Direction générale de l’Armement (DGA) spécialisé dans les techniques navales, des drones navals de taille et de formes différentes défilent, chacun leur tour, empruntant exactement le même parcours. Ces embarcations, déjà en mer depuis plusieurs heures, passent en fait une épreuve d’endurance organisée par les experts de la DGA et des officiers de la marine nationale. Il s’agit des drones de surface de sept entreprises ou groupement d’entreprises, aussi bien des grands groupes (Thales et Naval Group) que des ETI confirmées comme Exail et des PME (Keys4sea, SeaOwlGroup, MarineTech, et SeAirFrance).

Seuls les trois meilleurs seront retenus pour passer au second stade de la compétition, qui doit donner lieu à un prototype. Et fin d’année 2027, un seul sera sélectionné par les armées afin d’assurer des missions d’escorte de frégates et de protection des bases navales. Dans ce nouveau dispositif, la Marine nationale (le client final), l’industriel fournisseur et le centre technique de la DGA (le garant des performances opérationnelles) travaillent ensemble, de la conception à l’acquisition du matériel, en passant par l’expérimentation. «Avec cette démarche , on va deux à trois fois plus vite qu’auparavant pour mettre au point nos systèmes», se félicite le patron de la DGA, Patrick Pailloux, auprès de la ministre des Armées Catherine Vautrin, venue spécialement pour l’occasion.

De quoi satisfaire celle qui a succédé à Sébastien Lecornu et qui souhaite mettre la DGA au diapason de l’économie de guerre. Elle veut faire bouger cette institution au coeur de l’écosystème de la défense, qui regroupe 10700 collaborateurs. Sous sa direction et depuis sa création en 1961 pour les besoins de la dissuasion, les acteurs de la base industrielle et technologique de défense (BITD) s’organisent pour produire les systèmes d’armes qui doivent assurer aux armées françaises une supériorité opérationnelle en cas d’engagement. La DGA a ainsi passé pour 38 milliards d’euros de commandes auprès d’industriels de l’armement en 2025.

Une «DGA de combat», taillée pour les temps de guerre

Selon la ministre, la DGA pourrait être encore plus rapide, plus agile, plus réactive. «Cette DGA telle que je la vois, c’est une DGA de combat. Aujourd’hui, nous n’avons plus le luxe d’un fonctionnement de temps de paix», a-t-elle insisté dans son discours. Selon elle, l’enjeu dépasse de loin une simple réforme interne, mais concerne la capacité à rester souverain dans un monde qui se réarme… et à faire face aux exigences d’un conflit de haute intensité.

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C’est une manière également de répondre aux inquiétudes et aux critiques exprimées publiquement vis-à-vis des industriels de l’armement par le président de la République Emmanuel Macron lors de ses vœux aux armées, le 15 janvier dernier. Il s’inquiétait alors de leur compétitivité à l’échelle mondiale et du risque qu’ils sortent du marché, quatre ans après l’impulsion d’une «économie de guerre». Le message a été visiblement reçu fort et clair par la ministre des Armées, qui a annoncé à Toulon une transformation profonde de la DGA autour de quatre priorités.

Premièrement, la DGA doit faire évoluer son modèle, historiquement basé sur ses capacités de planification. S’il est un atout pour gérer les grands programmes complexes (porte-avions, sous-marins ou dissuasion nucléaire), ce modèle a montré ses limites avec l’évolution de plus en plus rapide des technologies. La DGA a ainsi raté le virage majeur des drones. D’où la nécessité de renforcer ses capacités d’adaptation. Les ingénieurs de la DGA doivent être à terme aussi à l’aise avec les programmes qui courent sur des décennies qu’avec l’innovation rapide notamment tirée par le numérique et le secteur civil (drones, cyber, impression 3D, guerre électronique…).

Ouvrir les centres techniques aux industriels et aux armées

Cela doit passer par une plus grande ouverture de ses grands centres techniques – comme celui de Toulon, spécialisé sur les techniques navales – afin d’y accueillir les industriels et les militaires qui connaissent les contraintes du terrain. L’objectif : raccourcir les boucles d’innovation en collaborant ensemble, du développement à l’industrialisation, en passant par les expérimentations. «Ces centres seront par nature des accélérateurs, des lieux où l’on va casser les silos, des lieux où l’on rapproche la conception et l’usage, des lieux où l’on met au point des prototypes, où l’on teste, où l’on corrige vite et bien», précise la ministre.

Deuxièmement priorité, s’assurer que les industriels de l’armement produisent au bon coût. Cela passe par «un travail de cost-killing» souligne-t-on du côté de la DGA, avec des audits des procédés de développement et de fabrication de ses fournisseurs. En contrepartie, la DGA s’engage à être plus à l’écoute des industriels, notamment pour ajuster ses spécifications techniques. Le but : éviter les exigences qui entrainent une explosion du prix d’une pièce pour quelques points de performance. Exemple concret : pour faire face à une guerre de haute intensité, les armées vont s’entrainer plus et consommer plus de missiles. Cela peut être largement mis à profit, car pour des missiles avec des durées de vie plus courte, le prix de certaines pièces embarquées peut être drastiquement réduit.

Troisième sujet, rester maître des architectures numériques des systèmes d’armes en imposant ses normes techniques. «Le retour d’expérience ukrainien nous interpelle. Les drones peuvent rester identiques, mais leurs logiciels se mettent à jour chaque semaine», insiste Catherine Vautrin. Au-delà des drones, la quasi-totalité des armes embarquent des calculateurs qui génèrent des données de mission. La DGA veut en avoir la propriété intellectuelle, savoir comment elles sont stockées et y avoir accès. L’administration veut également s’assurer que les architectures informatiques des équipements s’appuient sur des interfaces ouvertes afin de pouvoir les faire évoluer facilement et rapidement, sans être dépendant d’une tierce partie.

Quatrièmement front, mener le combat au niveau européen. La DGA veut être plus présente auprès des instances et des organismes en charge des questions de défense au niveau européen. Cela passe par la mise en place d’équipes dédiées pour décrocher des budgets notamment liées aux nouveaux outils de financement et de programmes européens comme SAFE ou encore EDIP (programme pour l’industrie européenne de la défense), ou encore de convaincre d’autres Etats européens de mener des programmes en coopération éligibles à des financements européens.

Pour mener à bien sa transformation, la DGA doit renforcer ses compétences dans des domaines clés : IA, data, cyber.. L’agence devrait recruter près de 500 collaborateurs en 2026 soit environ autant que l’an dernier.



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