
Jeudi 22 janvier, la France a passé sa première commande de drones kamikazes à longue portée, marquant une étape dans sa tentative de rattrapage face au rôle central pris par ces systèmes dans la guerre en Ukraine. Cette décision s’inscrit dans un contexte de pression politique accrue pour accélérer la production d’armement et adapter l’industrie de défense à des conflits de haute intensité.
Le ministère des Armées a commandé pour la première fois des drones kamikazes à longue portée, a annoncé jeudi 22 janvier la Direction générale de l’armement (DGA), alors que la France tente de renforcer ses capacités en matière de production de drones. Dans un communiqué, la DGA indique avoir commandé fin décembre 2025 des «munitions télé-opérées à longue portée» auprès du missilier français MBDA et du droniste français Aviation Design, associés pour l’occasion.
Le premier lot de ces munitions télé-opérées doit être livré aux armées à la mi-2027, précise la DGA, sans détailler ni le montant de la commande ni le nombre de systèmes achetés. Longtemps concentrée sur des programmes lourds et de long terme confiés à de grands groupes industriels, la France cherche à rattraper son retard dans un domaine devenu central depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, où l’usage massif de drones kamikazes à bas coût a profondément transformé les tactiques militaires et les équilibres sur le champ de bataille.
Pression politique et accélération industrielle
Cette première commande intervient dans un contexte de pression accrue de l’exécutif sur l’industrie de défense. Lors de ses vœux aux armées, le 15 janvier, le président Emmanuel Macron a exhorté les industriels à produire davantage et plus vite, estimant que la France n’était pas encore pleinement engagée dans une véritable «économie de guerre» et reconnaissant un retard national dans le domaine des drones, notamment face aux innovations développées et déployées en Ukraine en quelques mois. Emmanuel Macron a également mis en garde les industriels français contre l’idée d’un marché domestique garanti, affirmant que la France pourrait se tourner vers des solutions européennes jugées plus rapides ou plus efficaces si nécessaire. Le développement des drones fait partie des priorités identifiées par l’exécutif pour préparer les armées à un conflit de haute intensité. Outre les drones kamikazes, Paris souhaite augmenter ses stocks de munitions, accélérer la production de missiles, renforcer sa défense sol-air et développer des capacités de frappe dans la profondeur, ainsi qu’un système d’alerte avancée face aux menaces balistiques et hypersoniques.
La guerre en Ukraine, combinée à la volonté de l’Europe de renforcer son autonomie stratégique face aux incertitudes croissantes sur l’engagement américain dans la défense du continent, a conduit plusieurs pays européens à accélérer leurs investissements militaires. Cette dynamique pousse les armées et les industriels à adapter leurs outils de production à des cycles d’innovation beaucoup plus courts, en particulier dans le domaine des drones et des munitions télé-opérées, devenus des capacités clés des conflits de haute intensité.
Avec Reuters (Rédigé par Florence Loève, édité par Kate Entringer)


