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BASF, Arkema, Syensqo… Malgré un marché de l’électrique qui ne décolle pas, les industriels de la chimie investissent tous azimuts dans les spécialités pour batteries

Service Com'
Lu il y a 7 minutes


Acteurs clés de la chaîne de valeur des batteries, les chimistes européens investissent pour accompagner le boom annoncé du marché mondial.

Pas facile d’y voir clair. Les multiples rapports sur la croissance du marché mondial des spécialités chimiques pour les batteries affichent des perspectives qui vont du simple au double. Le consensus porte sur une valeur de plus de 90 milliards d’euros en 2025, avec un doublement d’ici à dix ans. De quoi aiguiser les investissements. Entre 2019 et 2024, BASF a globalement déboursé 1,3 milliard d’euros pour ses produits destinés aux batteries. Spécialiste des matériaux actifs pour cathode, le géant allemand de la chimie peut en produire 190 000 tonnes par an sur des sites en Chine, au Japon et en Allemagne.

Le français Arkema, armé d’un important portefeuille de matériaux pour batteries, considère le segment comme prioritaire. Il a renforcé ses capacités de polyfluorure de vinylidène (PVDF) sur sa plateforme chinoise de Changshu et sur son site d’Oullins-Pierre-Bénite (Rhône). Il muscle aussi celles de son usine américaine de Calvert City (Kentucky).

Autre acteur emblématique du secteur, le belge Syensqo finalise un investissement de 350 millions d’euros sur son complexe de Tavaux, dans le Jura. Là aussi pour ses capacités de PVDF. Le démarrage en 2026 nourrit l’ambition de «répondre à l’ensemble des besoins des gigafactories qui vont surgir en Europe», indique Christophe Couesnon, son directeur général France, ajoutant que «déjà plus de 15% des capacités sont réservées». Et ce malgré le retard des projets industriels de batteries sur le sol européen. Christophe Couesnon suggère «une sous-estimation de la difficulté industrielle de construire cette chaîne de valeur» en Europe, citant la faillite de Northvolt. Mais il assure «que ça repart».

«On peut avoir l’impression que le marché est morose en Europe, estime Woldemar d’Ambrières, le directeur général du marché mondial des batteries pour les polymères de haute performance chez Arkema. Mais, au premier semestre, les ventes de véhicules électriques ont augmenté de plus de 20%. La dynamique est bonne pour la demande, mais aussi pour le développement de gigafactories. Même si, entre les annonces faites et la réalité, il y a un écart. En Europe, la direction est semblable. Les industriels de l’automobile demandent de la flexibilité, mais personne ne remet en cause l’électrification du parc automobile». Sans surprise, les véhicules électriques sont l’axe majeur de ciblage. Ils représentent environ 80% des besoins en matériaux et spécialités chimiques.

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Les 20% restant concernent «le stockage d’énergie pour la stabilité des réseaux», et aussi pour «les besoins des datacenters, en particulier avec le développement de l’IA», complète Woldemar d’Ambrières. Pour s’adapter aux évolutions, Arkema cible aussi des acquisitions afin d’étoffer son offre. Depuis 2023, le chimiste tricolore a pris le contrôle de l’autrichien Proionic – une start-up spécialiste des liquides ioniques –, de l’allemand Polytech PT – focalisé sur les adhésifs pour batteries et l’électronique –, et du sud-coréen PIAM, leader mondial des films polyimides pour les mêmes marchés.

Des ambitions d’électrification remises en cause

Alors que l’Asie, Chine en tête, continue d’afficher une demande soutenue, et en attendant le décollage des gigafactories en Europe, les chimistes se posent encore des questions sur les orientations du marché nord-américain. «Les États-Unis sont actuellement confrontés à un changement politique qui se détourne de la mobilité électrique, ce qui conduit à une perspective à moyen terme bien moindre qu’envisagée», souffle un porte-parole de BASF. Même son de cloche chez Syensqo. Selon Christophe Couesnon, «les ventes de véhicules électriques sont stables sur le marché américain, mais il existe actuellement une très forte remise en cause des ambitions d’électrification, et avec les droits de douane qui se mettent en place, le marché est devenu attentiste». En conséquence, Syensqo, qui ne produit pas encore de PVDF en Amérique du Nord vient de reporter un projet industriel d’implantation.

Dans l’attente d’une clarification, le chimiste s’appuiera sur son complexe jurassien de Tavaux pour servir les besoins outre-Atlantique. En parallèle, la R&D tourne à plein régime dans le domaine des batteries. Tous les acteurs planchent sur les autres technologies, en particulier pour les batteries solides et les sodium-ion, ou sur des solutions pour en améliorer la production. Le chimiste français vient ainsi d’agrandir son site normand, le Cerdato, à Serquigny (Eure), pour se passer des solvants dans les procédés de fabrication d’électrodes. Un axe qui pourrait améliorer le bilan carbone et la productivité des gigafactories. Malgré les incertitudes, pour l’industrie chimique, le marché des batteries reste riche de bonnes occasions.

Matériaux : La chimie intervient partout dans les batteries

La cellule est le cœur du réacteur d’une batterie lithium-ion. C’est là que se produisent les réactions chimiques pour stocker et déstocker l’électricité. Elle est composée de quatre éléments essentiels : les deux électrodes cathode et anode, le séparateur, une membrane poreuse qui protège les électrodes et évite les courts-circuits, et l’électrolyte, le fluide dans lequel transitent électrons et ions. Les chimistes investissent en R&D pour améliorer des caractéristiques de sécurité, de densité énergétique, la rapidité de charge, ou encore la durée de vie des batteries. De nombreux polymères sont utilisés, tel le polyfluorure de vinylidène (PVDF) qu’on retrouve comme revêtement dans les séparateurs ou comme liant dans les électrodes en raison de sa très grande stabilité électrochimique. Dans l’électrolyte, des sels spécifiques améliorent la conductivité et la circulation des ions dans ce milieu aqueux. Les électrodes sont, elles, renforcées d’additifs conducteurs, de liants, des nanotubes de carbone, ou encore de matériaux actifs. À l’extérieur de la cellule, les chimistes offrent aussi des gammes de polymères et des adhésifs de haute performance pour l’encapsulage des cellules et l’intégration des packs.

Vous lisez un article de L’Usine Nouvelle 3749 – Décembre 2025

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