
L’exercice Will for Peace, l’exercice naval multinational organisé au large de la péninsule du Cap en Afrique du Sud entre le 9 et le 16 janvier, a été présenté comme renforçant les capacités de sécurité maritime des participants. Il a réuni les marines de plusieurs partenaires des BRICS de l’Afrique du Sud, dont la Chine, la Russie, les Émirats arabes unis et l’Iran.
Mais plutôt que d’améliorer la capacité navale de l’Afrique du Sud, l’exercice a encore plus perturbé la position fragile de non-alignement du pays et affaibli sa position internationale.
Une grande partie des dégâts ultérieurs auraient été limités si l’Afrique du Sud avait mené une diplomatie navale conforme à une stratégie maritime cohérente. Cela aurait pu ancrer les activités de défense – y compris les exercices navals – dans un cadre de politique étrangère holistique guidé par des considérations diplomatiques et économiques.
Les messages contradictoires autour de cet exercice témoignent d’un manque inquiétant de stratégie. Les premiers efforts visant à l’intégrer aux BRICS n’ont pas convaincu les principaux membres des BRICS. Si plusieurs d’entre eux – l’Égypte, l’Éthiopie et l’Indonésie – ont participé en tant qu’observateurs, l’Inde et le Brésil étaient absents. L’Inde a explicitement pris ses distances, affirmant que l’exercice était « entièrement une initiative sud-africaine » menée en dehors du cadre des BRICS.
Cette ambiguïté a été aggravée par des déclarations officielles incohérentes, notamment celles du président sud-africain Cyril Ramaphosa, selon lesquelles la Volonté de paix reflétait une initiative dirigée par la Chine. Ces informations laissent floue la justification politique de l’exercice et soulèvent des questions sur les raisons pour lesquelles il a été considéré comme un moyen approprié pour poursuivre ses objectifs déclarés. L’exercice a également suscité des critiques extérieures de la part de pays comme les États-Unis.
Les mauvaises relations bilatérales entre les États-Unis et l’Afrique du Sud ont rendu l’exercice encore plus controversé. La pression exercée par les législateurs de Washington pour réévaluer les liens avec Pretoria s’accentue depuis des années, en grande partie sous l’effet de l’engagement soutenu de Pretoria avec l’Iran, la Chine et la Russie.
L’Amérique a profité de l’occasion en or présentée par l’exercice Will for Peace pour critiquer l’Afrique du Sud à un moment où le pays est économiquement vulnérable aux pressions exercées sur le renouvellement de l’African Growth and Opportunity Act.
L’inclusion de deux navires de la marine iranienne et d’un troisième de la marine du Corps des Gardiens de la révolution islamique a soulevé des inquiétudes plus profondes quant à la cohérence stratégique de l’Afrique du Sud en matière de diplomatie de défense et de commandement et contrôle civilo-militaire. L’arrivée des navires iraniens a coïncidé avec les protestations publiques les plus intenses contre le gouvernement iranien de ces dernières années.
Des informations ont par la suite indiqué que la présidence sud-africaine avait chargé la ministre de la Défense Angie Motshekga d’assurer le retrait de l’Iran. Cette intervention extraordinaire a mis en évidence un grave décalage entre l’autorité politique et l’exécution militaire.
La Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) n’a pas fait grand-chose pour clarifier ou défendre publiquement sa position. Plus particulièrement, il a cessé toute communication après une publication rapidement supprimée sur les réseaux sociaux soulignant la participation de l’Iran. Malgré les instructions apparentes de Ramaphosa, les spectateurs ont observé une corvette iranienne naviguer à plusieurs reprises hors du port de Simon’s Town vers la zone d’exercice entre le 13 et le 15 janvier.
Le problème s’étend désormais bien au-delà de l’embarras diplomatique, révélant un profond échec institutionnel. Si une directive présidentielle a été ignorée, cela suggère soit une communication inefficace, soit un grave décalage entre le commandement militaire et l’autorité civile. Quoi qu’il en soit, l’Afrique du Sud semble manquer de contrôle significatif sur un exercice multinational majeur dans ses propres eaux.
Sans communication faisant autorité, la surveillance s’est rapidement transformée en incompétence institutionnelle et en échec de gouvernance. Le décalage apparent entre la présidence et le cabinet, le ministère de la Défense et des Anciens Combattants, le ministère des Relations internationales et de la Coopération et la SANDF a intensifié les perceptions nationales d’un dysfonctionnement plus large du leadership.
Ce n’est que le vendredi 16 janvier que le ministère de la Défense a publié une déclaration officielle annonçant la création d’une commission d’enquête. L’enquête examinera pourquoi la directive du président n’a pas été appliquée et à qui incombe en fin de compte la responsabilité.
La plupart des doigts sont pointés vers le vice-amiral en chef de la Marine, Monde Lobese. Mais une fois que les forces sont affectées à un exercice, le contrôle opérationnel revient au chef des opérations conjointes, le lieutenant-général Siphiwe Lucky Sangweni.
L’absence d’une stratégie nationale de sécurité maritime et d’un commandement et d’un contrôle clairs n’est plus seulement une lacune politique : elle est devenue un handicap opérationnel et politique. L’autorité civile, la planification militaire et la signalisation diplomatique restent mal alignées, avec des conséquences prévisibles.
Selon Lobese, « la marine sud-africaine est toujours prête à coopérer avec d’autres marines pour atteindre l’objectif commun crucial qu’est la sécurité maritime ». Pour être crédible, cette affirmation doit être accompagnée d’actions, notamment la reprise des exercices longtemps retardés avec un éventail de partenaires plus large que ceux participant à Volonté de paix.
Une stratégie cohérente clarifierait avec qui l’Afrique du Sud devrait s’entraîner, comment ces exercices sont autorisés et comment le risque politique est mis en balance avec les avantages opérationnels.
En fin de compte, le non-alignement n’implique pas le désengagement. Cela nécessite plutôt une diversification délibérée pour éviter l’exclusivité et la dépendance. Dans le contexte actuel, le modèle d’exercice de l’Afrique du Sud risque d’aboutir à l’opposé du non-alignement.
Cela représente un changement marqué par rapport aux pratiques antérieures. De 1994 jusqu’à la fin des années 2010, la marine sud-africaine a régulièrement participé ou organisé divers exercices multinationaux dans différents groupes politiques et théâtres géographiques.
Il s’agissait notamment de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud Maritime (IBSAMAR) ; ATLASUR avec le Brésil et l’Uruguay, l’Argentine et le Chili participant aux cycles précédents ; Exercice Oxide avec la France ; et Exercice Bonne Espérance avec l’Allemagne. Ces engagements reflétaient davantage la logique du non-alignement par la diversification.
L’Afrique du Sud attend désormais les conclusions de la commission d’enquête. Même si de telles enquêtes indiquent que le gouvernement prend un problème au sérieux, elles constituent un mécanisme de confinement bien connu, souvent utilisé pour gagner du temps politique et éviter de prendre des mesures contre des actes répréhensibles.
Les résultats ne répondent peut-être pas au profond fossé qui existe entre les institutions de défense et de politique étrangère du pays – une fracture qui semble de moins en moins adaptée à un environnement géopolitique fluide dans lequel la discipline stratégique et l’autorité civile comptent plus que jamais.
Écrit par Timothy Walker, chercheur principal, maritime, ISS Pretoria ; et Priyal Singh, chercheur principal, L’Afrique dans le monde, ISS Pretoria.
Republié avec la permission de ISS Afrique. L’article original peut être trouvé ici.


