Face à l’interdiction européenne du traitement à la créosote des traverses ferroviaires en bois, SNCF Réseau revoit son process à l’aide d’huiles cuivrées. Totalement déployée sur le site industriel de Bretenoux (Lot), cette solution réduit l’empreinte environnementale de l’opération et ouvre des perspectives de réemploi pour les traverses en fin de vie.
Sous les trains que vous empruntez, une petite révolution se profile pour les traverses en bois. Depuis le début de l’année 2026, celles fabriquées par SNCF Réseau disposent d’un nouveau traitement : les huiles cuivrées.
Parallèlement au béton, sur le réseau ferré français, une traverse sur trois est en bois. Jusqu’alors, SNCF Réseau utilisait de la créosote pour rendre les traverses imputrescibles, et renforcer leur résistance face aux agressions climatiques. Or, l’Union européenne a décidé d’interdire progressivement l’usage de la créosote, avec une limite fixée en 2029. Ce à quoi le gestionnaire de réseau a trouvé une solution, déployée depuis l’automne 2025.
Notamment utilisée comme produit de traitement du bois (traverses de chemin de fer, bois exposés à l’humidité et aux insectes…), la créosote consiste en une substance chimique obtenue par la distillation du goudron. Ce liquide est issu de goudrons classés cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques. Pour sa part, l’hydroxyde de cuivre est utilisée en agriculture et en horticulture pour ses propriétés fongicides et bactéricides.
Vos indices

Un travail débuté en 2016
La recherche d’un nouveau traitement a débuté en 2016. SNCF Réseau produit 300000 traverses bois par an sur son site industriel de Bretenoux, dans le Lot. Le choix s’est porté sur les huiles cuivrées, dont le principe actif consiste en de l’hydroxyde de cuivre.
«Il a une performance équivalente. Ce produit peut être chauffé deux fois moins. Nous divisons par trois notre consommation en eau. Globalement, la consommation énergétique du process de production est divisée par quatre», se félicite Estelle Masclet, la directrice générale adjointe Opérations et programmes industriels de SNCF Réseau. La température de chauffe passe de 120 à 60 degrés, tandis qu’environ 3000 mètres cubes d’eau de chaudière devraient être économisés chaque année.
36 produits au départ, un seul à l’arrivée
Dans un premier temps, des acteurs de la filière bois ont été consultés. «La traverse ferroviaire occupe une place spécifique dans l’économie de la transformation du chêne et contribue aux équilibres économiques globaux de la filière. C’est également l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons aujourd’hui préserver cette fourniture biosourcée», précise Estelle Masclet. Dans un premier temps, 36 produits alternatifs à la créosote ont été évalués.
Ensuite, des essais ont été menés en laboratoire et en conditions réelles, sur six types de produits différents, répartis sur quinze sites ferroviaires représentatifs de contextes et de climats variés, à raison de 1000 traverses par site. Des prélèvements ont été réalisés dans le bois ainsi que dans les sols sous-jacents afin de vérifier la performance du procédé de traitement et l’innocuité des traverses. Par la suite, une maquette à l’échelle ¼ du process de fabrication a été réalisée en 2019, avec l’entreprise belge Durwood, spécialisée dans les thématiques liées à la durabilité du bois.
Les fournisseurs d’huiles cuivrées sont implantés en Europe – SNCF Réseau ne donne pas plus de précisions sur les entreprises concernées. «Bien que le produit d’imprégnation, l’huile cuivrée, soit plus coûteux que la créosote, nous parvenons à maîtriser le coût global de la traverse imprégnée grâce à l’optimisation de l’ensemble du procédé industriel», ajoute Estelle Masclet.
Dans le Lot, un site restructuré pour 6,5 millions d’euros
C’est à cette étape qu’est intervenue la restructuration du site industriel de Bretenoux, au coût de 6,5 millions d’euros, dont 2 millions apportés par l’Ademe. Dans un bâtiment construit pour l’occasion, une nouvelle unité de production a été aménagée, remplaçant l’ancienne. «Cela reste un process d’imprégnation d’un produit chaud. Les automatismes sont plus poussés sur les nouvelles machines. Le process est davantage monitoré, avec des capteurs. Nous avons effectué un saut dans le temps», décrit Estelle Masclet.
La centaine de salariés du site a été formée, au cours de l’année 2025, au stockage et à la manipulation du nouveau traitement. En octobre 2025, une phase de déverminage et de mise en exploitation des nouvelles machines, a eu lieu. Durant le dernier trimestre les volumes traités aux huiles cuivrées sont devenus plus importants, en parallèle de la production de volumes traités à la créosote. La dernière fournée de produits traités à la créosote a été produite le 17 décembre, avant la bascule totale sur le nouvel outil de production début 2026.
Le passage de la créosote aux huiles cuivrées permettra par ailleurs de pouvoir donner un nouveau devenir aux traverses en bois, dont la durée de vie moyenne est de 35 ans. Désormais, les traverses bois traitées aux huiles cuivrées, en fin de vie ferroviaire, pourront être réemployées en bois d’œuvre (confortement de talus, clôtures, platelages) ou en pièces d’aménagement paysagers. «Il s’agissait, auparavant, de déchets classés dangereux. Au niveau local, des demandes nous ont été très souvent adressées, et nous ne pouvions pas y répondre», explique Estelle Masclet. Avant de profiter de cette nouvelle ressource, les collectivités devront néanmoins attendre…


