
Alors que les cyberattaques se font de plus en plus nombreuses dans un contexte de fortes tensions géopolitiques, les entreprises françaises de toutes tailles se doivent de déployer une résilience systémique face aux menaces.
Nous traversons une période d’incertitude politique, économique et géostratégique. Les tensions sur les coûts, l’énergie, les marges ou encore la chaîne d’approvisionnement poussent naturellement les entreprises à faire des choix comptables serrés. Mais il est un domaine sur lequel elles ne peuvent pas se permettre de “faire des économies” : la sécurité de leurs données. Car dans une économie largement interconnectée, chaque défaillance individuelle devient un risque collectif.
La prise de conscience a eu lieue, mais les faiblesses restent
Selon le dernier baromètre de Cybermalveillance.gouv.fr (2025), 58 % des TPE-PME pensent bénéficier d’un bon ou très bon niveau de protection, contre 39 % en 2024. Ce progrès témoigne d’une vraie prise de conscience, mais pas encore d’un passage à l’acte complet : en cas de cyberattaque, une majorité d’entre elles reconnaissent qu’elles auraient des difficultés à réagir efficacement. Cette illusion de protection masque une impréparation opérationnelle qui fragilise l’ensemble du tissu productif.
Or, l’impréparation opérationnelle n’est plus un risque isolé : elle est devenue systémique. La PME suisse Bugnard SA, victime du ransomware Akira, a vu son activité paralysée pendant plusieurs semaines et a dû faire face à une rançon de 450 000 dollars. En Bretagne, Fondation Fondouest n’a survécu à une attaque qu’en raison de la robustesse de ses sauvegardes isolées. En France, une PME sur deux a déjà subi une cyberattaque, et pour certaines, la reprise est quasi impossible faute de plan de continuité ou de reprise testé (sources : ANSSI, CPME, CESIN, 2025).
Ces fragilités ne sont pas le résultat d’un manque de volonté. Elles illustrent la complexité d’un enjeu désormais systémique. Les PME ne sont pas de simples cibles : elles sont les pivots technologiques, industriels et humains de la souveraineté nationale. Quand l’une tombe, c’est toute une chaîne, partenaires, fournisseurs, territoires, qui chancelle. Le renforcement de leur résilience n’est donc pas une option individuelle, mais un impératif collectif.
La continuité de l’activité doit être l’objectif prioritaire
Ainsi, la question n’est pas de savoir si l’attaque cyber va se dérouler mais quand elle va l’être. Et pour une PME, l’enjeu est justement de se préparer au mieux aux cybermenaces pour qu’elles fassent le moins de dégâts possibles non seulement à l’entreprise elle-même, mais aussi à l’ensemble de son écosystème.
La sauvegarde et la reprise après sinistre doivent être pensées comme des investissements stratégiques, pas comme des charges. Elles participent directement à la continuité de l’activité, à la protection du patrimoine immatériel et à la souveraineté numérique de la France. Cela suppose une mobilisation coordonnée : pouvoirs publics, acteurs technologiques et filières professionnelles doivent unir leurs efforts pour rendre la cybersécurité accessible, robuste et réellement opérationnelle.
Les initiatives : Campus Cyber, Cybermalveillance.gouv.fr, ou les dispositifs régionaux d’accompagnement jouent un rôle clé ouvrent la voie ; elles doivent désormais s’inscrire dans un accompagnement de proximité, simple et concret. Soutenir la préparation des PME, c’est soutenir la stabilité du pays.
Parce que dans la tempête actuelle, la résilience ne se construit pas dans l’austérité, mais dans la prévoyance. Et une donnée protégée, sauvegardée et restaurable à tout moment n’est pas un luxe : c’est le premier actif stratégique de toute PME française.
Guillaume EudesExpert Cybersécurité chez Synology France
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