
Les investissements réalisés par les groupes français à l’étranger peuvent parfois éviter les fermetures d’usines sur le territoire. Un paradoxe qu’a récemment soulevé Olivier Andriès, le patron de Safran.
Non, les usines des groupes tricolores qui poussent hors de France ne sont pas forcément synonymes de désindustrialisation du territoire français. Dans certains cas, c’est même le contraire. C’est l’un des messages qu’Olivier Andriès a glissé lors de son audition au Sénat par la Commission des affaires économiques, mercredi 14 février.
Pour illustrer ses propos, le dirigeant de Safran s’est confié spontanément sur un épisode qui avait opposé il y a quelques années le motoriste à Airbus sur un équipement stratégique : les nacelles des A320, ces pièces qui protègent les moteurs et assurent leur intégration avec le fuselage des avions. Une activité sauvée en France grâce à un site implanté au Maroc…
Courant 2017, l’avionneur donne des sueurs froides à Safran. «Airbus nous a dit : on souhaite reintégrer l’activité des nacelles», a raconté Olivier Andriès. Branle-bas de combat au sein de l’équipementier, qui voit d’ailleurs son cours de bourse décrocher en vue de cette perspective lorsque la presse s’empare du sujet : l’activité, très rentable, fait vivre tout un site basé au Havre. «On a proposé une baisse des prix à Airbus, mais il nous fallait trouver le moyen d’être plus compétitif, a glissé le dirigeant. D’autant que nous étions dans une dynamique de forte montée en cadence.»
Une filière en pleine croissance
Pour conserver cette activité sans y perdre des plumes, Safran ne voit qu’une issue : bâtir une usine jumelle de celle du Havre au Maroc, à Casablanca, où le groupe est déjà implanté. Elle tout aussi moderne que sa consœur française, avec des coûts salariaux moindres. Depuis, l’assemblage des nacelles est répartie entre les deux. «C’est ce qui a maintenu notre compétitivité», a poursuivi le patron de Safran. Et de conclure : «Casablanca nous a permis de sauver Le Havre». Un investissement qui répond en outre à ce qui est devenu une obsession pour le groupe, sur fond de tensions géopolitiques croissantes, celle de supprimer «les points de défaillances uniques» en doublant les sources d’approvisionnement.
Ceci dit, cet exemple souligne aussi qu’une partie non négligeable de la croissance de la filière aéronautique tricolore s’effectue hors des frontières françaises. Début 2025, le patron d’Airbus, Guillaume Faury, avec alors sa casquette de président de la filière, avait alerté sur le risque que le secteur aéronautique ne suive la trajectoire décroissante de l’automobile. A savoir : une réduction à petit feu du nombre d’usines. Pour l’heure, l’empreinte industrielle hexagonale de l’aéronautique résiste. Les effectifs dépassent aujourd’hui ceux de 2019. Comme le disait la mère de Napoléon : «pourvu que ça dure !».


