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«Nous ne pourrons plus nous permettre un budget en déficit en 2027», alerte le PDG du CNRS, Antoine Petit, face à une situation «pas pérenne»

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Lu il y a 6 minutes



Alors qu’il doit quitter son poste en avril 2026 après deux mandats à la tête du CNRS, Antoine Petit évoque le contexte budgétaire tendu et le recul de la place de la France dans la recherche mondiale.

L’Usine Nouvelle – Vous arrivez prochainement à la fin de votre deuxième mandat à la tête du CNRS. Des sujets de satisfaction ou de fierté particuliers ?

Antoine Petit, PDG du CNRS – Je ne suis pas très à l’aise avec l’exercice du bilan, parce que cela peut vite devenir narcissique. Mon rôle, c’est surtout de donner une impulsion, ensuite le travail est fondamentalement collectif. Mais puisque vous êtes L’Usine Nouvelle, je peux citer un point important : le rapprochement du CNRS avec le monde économique et industriel. Dès mon arrivée, j’ai créé un poste de directeur général délégué à l’innovation, placé très haut dans l’organigramme. C’était un signal fort. Aujourd’hui, le CNRS est reconnu pour sa capacité à transférer la recherche fondamentale vers l’économie. Nous avons été classés fin 2025 premier déposant académique européen de brevets par l’Office européen des brevets, et première institution européenne pour la création de start-up. Nous comptons près de 300 laboratoires communs avec des partenaires industriels. C’est un sujet dont je suis fier.

Venons-en au budget. Le CNRS a subi d’importantes contraintes financières. Pouvez-vous nous donner un état des lieux précis ?

Sur deux ans, nous faisons face à environ 450 millions d’euros de charges nouvelles non compensées. D’abord, la subvention pour charges de service public a baissé de 103 millions en 2025, et 100 millions supplémentaires étaient prévus en 2026. Ensuite, il y a le compte d’affectation spéciale (CAS) pensions, dont le CNRS était exempté jusqu’en 2025 : 42 millions en 2025, 77 millions en 2026, compensés à hauteur de seulement 7 millions. À cela s’ajoutent le glissement vieillesse technicité (environ 20 millions par an), les mesures dites Guérini (28 millions) et la protection sociale complémentaire (6 millions). Résultat : nous avons voté un budget 2026 en déficit de 239 millions d’euros, prélevés sur notre trésorerie.

Le CNRS disposait pourtant d’une trésorerie importante…

Oui, mais il faut bien comprendre sa nature. Fin 2024, notre trésorerie s’élevait à environ 1,5 milliard d’euros, dont près d’un milliard strictement fléché vers des projets financés, notamment européens. Cet argent ne peut pas être utilisé librement. Il restait environ 430 millions d’euros réellement mobilisables. Or, avec les déficits successifs de 2025 et 2026, cette trésorerie libre d’emploi sera quasiment épuisée fin 2026. Cela signifie qu’en 2027, nous ne pourrons plus nous permettre un budget en déficit. Aujourd’hui, ça va encore… mais la situation n’est pas pérenne.

Ces contraintes ont-elles un impact sur l’emploi et l’attractivité du CNRS ?

Nous maintenons un schéma pluriannuel de recrutements : environ 270 chercheurs et 360 ingénieurs et techniciens par an, en remplacement des départs à la retraite. Cela n’est pas remis en cause. En revanche, il existe des pertes nettes liées aux départs non compensés : environ 40 à 45 chercheurs et 70 à 75 ingénieurs et techniciens par an. Sur dix ans, cela représente plus de 1000 personnes. Sur l’attractivité, malgré des salaires peu compétitifs à l’international, le CNRS reste très attractif : un tiers des chercheurs recrutés chaque année sont étrangers. Le prestige de l’institution à l’international et l’absence d’obligation d’enseignement jouent beaucoup.

La Loi de programmation de la recherche (LPR) n’est toutefois pas respectée…

C’est vrai. La LPR visait notamment à revaloriser les rémunérations via les primes. Cela n’a été fait que partiellement en 2024, 2025, et a priori en 2026. C’est regrettable, car ces primes étaient déjà très inférieures à celles du reste de la fonction publique. Sans la LPR, la situation serait encore pire, mais son non-respect dégrade clairement l’attractivité.

La France est-elle en train de décrocher scientifiquement ?

Il faut éviter le catastrophisme. La France reste une grande nation scientifique et le CNRS demeure un acteur majeur au niveau international. Si notre part relative diminue, c’est aussi parce que d’autres progressent très vite : la Chine, l’Inde, ou encore des pays comme Singapour. Le vrai problème est ailleurs : notre effort de recherche et développement stagne à 2,2% du PIB depuis près de trente ans, quand l’Allemagne dépasse aujourd’hui les 3% et que la moyenne de l’OCDE est à 2,7%. C’est là que se situe le décrochage.



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