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«Je n’aime pas parler de Made in France», assume Bernard Reybier, président de Fermob, le célèbre fabricant des chaises du jardin du Luxembourg

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Lu il y a 8 minutes



Le succès de Fermob, la marque de design française autrice des chaises du jardin du Luxembourg, tient beaucoup à sa stratégie industrielle et à sa gouvernance familiale. Entretien avec son président, Bernard Reybier.

Ces dernières années n’ont pas été les plus faciles pour Fermob, comme pour la majorité des entreprises industrielles françaises. Conditions météorologiques détériorées, droits de douane ou pénurie de matériaux… Depuis 2020, chaque année a apporté son lot de problèmes à l’entreprise qui fabrique les célèbres chaises en métal du jardin du Luxembourg. La marque parvient tout de même à s’en tirer avec un chiffre d’affaires stable, de 130 millions d’euros, tiré à 50% par l’export.

L’Usine Nouvelle – L’année 2025 a été pleine de bouleversements, comment l’avez-vous vécue ?

Bernard Reybier – Cette année a été meilleure pour nous que l’année 2024, car, nous l’avons oublié, mais il y a eu des inondations en Espagne avec de nombreux morts et des inondations en Allemagne. Globalement, l’année 2024 a été très peu ensoleillée, et pour notre métier, où les conditions météorologiques sont cruciales, ça a eu son effet. Mais en 2025, nous avons été prudents, déjà face à la contraction du marché après l’euphorie post-Covid, où le budget des consommateurs avait été plus orienté vers la maison. Mais aussi à cause des droits de douane de 15% aux États-Unis, et de la surtaxe sur l’acier.

Vous aviez pourtant anticipé ces droits de douane…

Oui, nous avions mis en place des hausses de prix, et fait plus de stock aux États-Unis, ce qui a amorti le choc. Et même plus que ça, puisque nous avons actuellement des croissances à deux chiffres de nos commandes aux États-Unis. Nous restons tout de même prudents, puisque nous ne sommes jamais à l’abri de mauvaises nouvelles en provenance des douanes américaines. Nous ne tirons pas de plans sur la comète, mais nous espérons un chiffre d’affaires en croissance en 2026.

Ce sont les mauvaises conditions météo de 2024 qui vous ont poussé à lancer une gamme d’intérieur ?

Malgré notre spécialisation dans les produits d’extérieur, nous avons vu nos produits être placés en intérieur depuis que Fermob existe, par un nombre significatif de clients, notamment des particuliers. Notre qualité et notre style pour le mobilier d’extérieur disposent d’une réputation bien assise, que nous avons décidé de décliner dans les espaces intérieurs, en utilisant des matériaux qui leur sont spécifiquement destinés. C’est un élargissement du territoire de la marque.

Est-ce que vous produisez tout ce que vous vendez, y compris le mobilier d’intérieur ?

Nous proposons quelques produits de négoce ou achetés, mais c’est très minoritaire. Nous faisons fabriquer nos coussins par Vlaemynck, qui fait partie du groupe, et nous avons une usine en Chine pour nos luminaires. J’ai fait le choix d’être fabricant afin d’accumuler de l’expérience et de bien comprendre les produits que nous vendons, ce qui nous a donné des atouts en matière d’éco-conception et de réparabilité. C’est ce que nous avons fait lorsque nous nous sommes mis aux luminaires, nous avons racheté une entreprise chinoise, créée par un français et un américain, afin de comprendre le processus de fabrication jusqu’au bout. Concernant l’intérieur, nous connaissons le textile et les mousses, à travers Vlaemynck, mais la confection d’un canapé est plus complexe que celle d’un parasol, et nous avons donc fait un partenariat avec Bmarly, une entreprise peu connue mais qui a 90 ans d’expérience dans le secteur. Nous nous sommes similairement associés avec une autre entreprise locale concernant les plateaux de bois. Dans les deux cas, c’est un co-développement, car il est hors de question pour nous d’acheter un produit et de le revendre.

Pourriez-vous vouloir racheter ces fabricants, comme vous l’avez fait dans le luminaire ?

Non, le fabricant de luminaire était une toute petite entreprise. Dans le cas présent, ce sont des entreprises établies avec lesquelles nous travaillons en co-développement, et dont nous ne sommes pas les concurrents en termes de marque.

Dans votre usine historique à Thoissey (Ain), la fabrication est encore très manuelle, avec peu d’automatisation. Pourquoi ?

C’est un phénomène répandu dans le meuble, car, pour intéresser les clients, il faut une gamme très large. Dans notre industrie, il n’y a pas d’effet scale-up. Nous nous sommes posés la question de l’automatisation concernant notre chaise bistrot, notre produit leader en termes de quantité, mais l’enchaînement actuel des opérations de sa fabrication nous permet d’obtenir des prix de revient qui tiennent la route.

Produire en France, est-ce important pour vous ?

Je n’aime pas parler de made in France. Si les entreprises réussissent, c’est parce que le monde leur a ouvert leurs portes, parce qu’elles exportent. Fermob ne vivrait pas si nous n’exportions pas en Allemagne et aux États-Unis, par exemple. Les entreprises industrielles ne peuvent pas se replier sur le seul marché français. De plus, je n’aime pas les connotations politiques extrêmes qu’on en tire. Cependant, j’ai un attachement à mon territoire et mes racines, et nous avons une immense chance d’être en France, qui a une histoire exceptionnelle sur le plan de la création artistique, artisanale et industrielle, qui nous aide à vendre, que ce soit aux États-Unis ou en Chine.

Quelles sont vos ambitions pour le futur ?

Avant le Covid, nous doublions notre chiffre d’affaires tous les 4 ou 5 ans. Depuis, nous avons eu des vicissitudes dans tous les sens, et plus personne ne fait de prévision à 5 ans. Nous allons repartir sur nos fondamentaux, qui devraient nous permettre d’atteindre des croissances à deux chiffres. D’abord, en misant sur le développement du mobilier d’intérieur, des nouveautés en extérieur, et en proposant de nouvelles couleurs. Nous investissons aussi d’autres segments de marché, comme les cuisines d’extérieur.

Vous vous développez toujours à l’international…

Oui, nous allons élargir nos territoires géographiques, par exemple aux États-Unis, où nous avons 28 collaborateurs, et où nous allons commencer à faire de la différenciation retardée, c’est-à-dire de la peinture et du conditionnement. Nous cherchons également à nous consolider en Allemagne, où nous avons eu une croissance de 11%. Nous y disposons d’une filiale, suite au rachat de l’un de nos distributeurs. Nous avions tenté de lancer nos ventes en ligne en direct en Chine en février 2020, mais ce n’était pas le bon timing ! Nous voulons y développer les ventes, parce que nous ne pouvons plus ignorer ce grand pays.



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