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dans les Hauts-de-France, les destructions d’emplois dans l’industrie se multiplient, alerte la CFDT

Service Com'
Lu il y a 7 minutes



Une délégation de la CFDT, conduite par sa secrétaire générale Marylise Léon et des syndicalistes des Hauts-de-France, a été reçue par le ministre de l’Industrie le 20 janvier. Pendant la rencontre, les représentants syndicaux d’entreprises en difficultés ont manifesté devant le ministère de l’Economie.

Il fait frisquet devant Bercy, mais les militants CFDT venus de tous les coins des Hauts-de-France savent affronter les températures hivernales. Bonnet en polaire orange siglé «CFDT Douai» sur la tête, le délégué syndical central (DSC) CFDT de Sogefi Suspensions espère que le ministre de l’Industrie entendra les slogans scandés devant le palais omnisports. Sébastien Martin recevait, le 20 janvier en début d’après-midi, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, et une délégation de militants CFDT des Hauts-de-France, venus alerter sur les défaillances et PSE qui touchent la région.

«On a déclenché un droit d’alerte en 2024, un autre en 2025, on n’a pas eu de réponse, s’insurge Christophe Caffiaux, DSC de Sogefi. Et le 3 décembre, à trois semaines de Noël, ils ont convoqué un CSE central pour annoncer la fermeture de l’usine et un PSE de 130 personnes sur les 166 du site Cet équipementier auto employait encore 300 salariés en 2019. Les départs se sont faits progressivement, de façon quasi invisible, à coup de rupture conventionnelle collective et de départs volontaires. «On vit cette annonce comme une trahison, parce que les salariés ont fait des efforts en acceptant de bosser 40 heures au lieu de 35, pour avoir une plus grande amplitude de production», ajoute un élu CFDT de l’entreprise, qui regrette que leurs alertes face à la baisse des volumes n’aient été prises en compte par personne.

Anticiper les difficultés pour être plus efficace

Quelques minutes auparavant, Marylise Léon avait justement mis l’accent sur ces destructions d’emplois et fermetures d’entreprises qui se font «à bas bruit», dans les Hauts-de-France et ailleurs. Elle souhaitait interpeller le ministre sur deux points, pour limiter les défaillances et les PSE. «Il faut donner aux représentants du personnel plus de possibilités d’accès à l’information, pour mieux anticiper et qu’on ne nous appelle pas après coup pour sauver les meubles, quand c’est trop tard», réclame la leader syndicale. Secrétaire générale de la CFDT Hauts-de-France, Perrine Mohr regrette, pour Sogefi, que «le manque d’anticipation [n’ait] pas permis de préparer les reconversions». La CGT, qui s’était mobilisée quelques semaines plus tôt sur le même sujet, mais en faisant un focus sur l’industrie et non une région, porte la même demande : associer plus étroitement des salariés aux systèmes d’alerte.

La secrétaire générale de la CFDT réclame aussi un droit de regard sur les aides publiques versées aux entreprises. «Sogefi a reçu 400000 euros du plan de relance, on ne sait absolument pas comment ils les ont utilisés», regrette le délégué syndical de l’entreprise.

Coiffés d’un bonnet en laine orange, cernés par les fumigènes orange des équipes, nombreuses, de la métallurgie, deux représentants du site d’Isbergues (Pas-de-Calais) de ThyssenKrupp ont des préoccupations plus internationales. «Nous attendons du gouvernement qu’il se batte auprès de la Commission européenne pour que l’Europe protège sa production d’acier électrique des produits chinois», revendique Julien Délépine, le secrétaire de la section CFDT de l’entreprise en France. «Après une APLD-Rebond [activité partielle, NDLR], on a fermé le site pendant un mois, ce qui n’était jamais arrivé, et maintenant on fonctionne avec la moitié de l’outil de travail», s’inquiète le militant syndical, qui estime que «l’entreprise, en vente depuis plusieurs années, navigue à vue».

Le délégué central de Forvia, Zouhair El Yaakoubi, venu avec les représentants de l’usine de Méru, dans l’Oise, indique que la plupart de ceux qui ont perdu leur travail en 2025, année durant laquelle le site a connu une centaine de licenciements, ont du mal à en retrouver. «Aucune assistante, en un an, n’a un boulot, l’IA les a remplacées, regrette-t-il. L’usine voisine de Safran, qui fait de l’armement, a embauché certains salariés, mais il faut les bonnes qualifications, et un CV irréprochable pour travailler dans la défense. Les ingénieurs, eux, n’ont pas eu de problème, ils étaient recherchés.»

Des représentants de la papeterie Ahlstrom de Bousbecque (Nord), dont la fermeture a été annoncée en avril 2024, de Minakem à Beuvry-la-Forêt (Nord), où un PSE divise les effectifs par deux, étaient présents devant Bercy, aux côtés d’une délégation d’ArcelorMittal Dunkerque, qui a annoncé la suppression de 600 postes, et d’un représentant d’Arc, en redressement judiciaire.

Où est donc passé le dynamisme économique vanté par les acteurs de la région ? Les gigafactories ne procurent donc pas du boulot ? «Dans certains territoires comme le Dunkerquois, des emplois se créent, avec une forme de réindustrialisation, mais pour les gigafactories, il y a un problème de qualifications, estime Perrine Mohr. Chez ACC, on sous-traite une ligne de production à 200 travailleurs chinois

Autre piste de développement évoquée par les responsables économiques régionaux : une vallée de l’IA serait en train de se mettre en place dans les Hauts-de-France, avec l’arrivée annoncée de plusieurs datacenters. «Ils vont créer quelques emplois, dans la maintenance ou la gestion des communications, ils vont aussi faire émerger de nouveaux bassins d’emplois, mais cela ne compensera jamais les difficultés des sous-traitants de l’auto, de la pharma…», estime David Vossaert, secrétaire général du syndicat CFDT Chimie énergie Lille Sambre Escaut.

La terrasse d’un café voisin se couvre peu à peu de la couleur orange des casquettes, chapeaux et même bérets orange des militants CFDT. Ils attendent la sortie de leur délégation. «On reviendra, ce n’est qu’un début. Malheureusement…», soupire un représentant de la chimie.



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