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Les Etats européens réfléchissent à activer l’instrument anti-coercition face aux menaces de Donald Trump, qui veut «acheter» le Groenland

Service Com'
Lu il y a 7 minutes



La France et sept autres pays européens ont affiché front commun dimanche 18 janvier face aux menaces de nouveaux droits de douane américains, brandie par Donald Trump. Le locataire de la Maison Blanche veut imposer une surtaxe sur les échanges américano-européens jusqu’à ce que les Etats-Unis puissent acheter le Groenland, territoire autonome danois. Les Vingt-Sept réfléchissent à utiliser «l’instrument anti-coercition européen».

Escalade au Groenland. Donald Trump a menacé samedi 17 janvier d’une nouvelle vague de taxes douanières plusieurs de ses alliés européens jusqu’à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le vaste territoire autonome danois. Les huit pays européens concernés, dont la France, ont répondu le 18 janvier par un communiqué commun pour manifester leur solidarité avec le Groenland, convoité par le locataire de la Maison blanche, et dénoncer les nouvelles menaces douanières du président américain. Celui-ci a brandi une surtaxe de 10% sur les importations en provenance de ces huit pays, effective le 1er février. Elle pourrait être rehaussée à 25% à partir de juin, jusqu’à ce qu’«un accord soit conclu» sur la vente du Groenland.

«En tant que membres de l’Otan, nous nous engageons à renforcer la sécurité de l’Arctique comme intérêt transatlantique partagé», peut-on lire dans la lettre publiée par le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne. «Les menaces de droits de douane fragilisent les relations transatlantiques et constituent une spirale dangereuse vers le bas», ont-ils ajouté.

Soldats européens au Groenland

Les huit Etats, déjà soumis à des droits de douane américains allant de 10% à 15%, avaient envoyé ces derniers jours un petit contingent de soldats au Groenland. Ces derniers indiquent que l’opération menée dans le territoire autonome visait à renforcer la sécurité de l’Arctique et ne représentait une menace pour personne. Ils se disent ouverts à la discussion, basée sur les principes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.

«L’Europe ne fera pas l’objet de chantage», a déclaré la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Sous pression, les dirigeants européens ont multiplié les échanges diplomatiques dimanche, et les ambassadeurs des 27 pays de l’Union européenne ont tenu une réunion d’urgence à Bruxelles pour aborder la question d’une riposte aux menaces américaines.

Instrument anti-coercition

Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées estime que «l’Europe n’est pas désarmée face à une telle situation, ni diplomatiquement, ni économiquement, ni commercialement», faisant référence notamment à l’instrument anti-coercition de l’Union européenne.

Cet outil permet à l’UE de conduire des représailles contre des pays tiers qui utilisent la pression économique sur des membres de l’UE pour influer sur leurs politiques. Instrument de dissuasion, il peut être utilisé en dernier recours pour lancer des contre-mesures, notamment un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement.

Emmanuel Macron doit en demander l’activation, a-t-on appris dimanche dans l’entourage du chef de l’Etat. «Le Président de la République est mobilisé pour coordonner la réponse européenne suite aux menaces tarifaires inacceptables formulées par le Président Trump (et) sera toute la journée en contact avec ses homologues européens», dit-on de même source.

L’association allemande des fournisseurs de machines-outils et d’équipements industriels a appelé elle aussi la Commission européenne à envisager d’utiliser cet instrument. «Si l’UE cède ici, cela ne fera qu’encourager le président américain à faire la prochaine demande absurde et menacer de nouveaux droits de douane», a écrit Bertram Kawlath, président de la VDMA, dans un communiqué publié dimanche. Le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a estimé qu’il était «un peu prématuré» d’activer l’instrument.

Echanges diplomatiques

Emmanuel Macron s’est entretenu avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, ainsi qu’avec d’autres dirigeants européens, a-t-on appris de l’entourage du président français. Il a réaffirmé auprès de ses interlocuteurs l’importance d’une réponse ferme, unie et coordonnée au travers de l’activation de l’instrument anti coercition si d’aventure les États-Unis devaient mettre leur menace tarifaire à exécution, précise son entourage.

Plusieurs dirigeants ont échangé avec Donald Trump, comme le Premier ministre britannique, Keir Starmer. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, considérée comme plus proche de Donald Trump que d’autres dirigeants du bloc européen, a qualifié d’«erreur» la menace douanière du président américain, affirmant lui avoir parlé plus tôt. «Il semblait intéressé à écouter», a-t-elle déclaré en marge d’un déplacement en Corée du Sud, ajoutant qu’elle contacterait ses homologues européens. L’Italie n’a pas envoyé de militaires au Groenland.

«Les Européens projettent de la faiblesse»

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les velléités américaines de s’emparer du Groenland s’expliquaient par la «faiblesse» de l’Europe. «Nous sommes le pays le plus puissant au monde», a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à NBC. «Les Européens projettent de la faiblesse, les Etats-Unis projettent de la force.»

Prendre possession du Groenland est crucial pour les Etats-Unis dans le contexte géopolitique avec la Russie et la Chine, a-t-il expliqué, ajoutant penser que l’Europe parviendra à infléchir sa position :«je pense que les Européens comprendront que c’est ce qui est le meilleur pour le Groenland, pour l’Europe et le meilleur pour les Etats-Unis.»

Avec Reuters (Rene Wagner et Markus Wacket à Berlin, avec Toby Sterling à Amsterdam, Gilles Guillaume et Zhifan Liu pour la version française)



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