
« La vie des recycleurs n’est pas un long fleuve tranquille ! », observe Pierre-Jean Leduc, le président de Polyvia à l’occasion de la présentation du bilan économique 2025 du secteur de la plasturgie hexagonale sur lequel la rédaction de Polymères & Matériaux reviendra très prochainement. Car si 2025 s’est révélé compliquée pour les transformateurs tricolores, ils tablent, avec la prudence que la période impose, sur une année 2026 synonyme de stabilisation. Ce qui est loin d’être le cas des recycleurs français et européens qui attendent une concrétisation rapide des mesures d’urgence annoncées l’avant-veille de Noël par la Commission. Soutien aux investissements dans le recyclage chimique, procédure harmonisée de sortie du statut de déchet, codes douaniers distincts pour les plastiques vierges et recyclés ou relance de l’Alliance pour les plastiques circulaires, la mise en œuvre concrète de ces mesures s’annonce complexe. Elles sont encore jugées insuffisantes, mais redonnent un peu d’allant à une chaine de valeur qui voit en outre d’un très bon œil les velléités de la Commission d’instaurer pendant deux ans une préférence communautaire à l’incorporation de recyclé dans les bouteilles en PET…
L’information est confirmée : une mesure qui exclurait temporairement le plastique recyclé hors UE du calcul des taux d’incorporation de PET recyclé dans les bouteilles pour boissons imposé par la directive SUP de 2019 (25 % en 2025 et 30 % en 2030) est sur la table de la Commission européenne.
Mais rien n’est joué : « une véritable lutte d’influence se joue au sein de la Commission entre la direction générale du Commerce et celle de l’Environnement », explique le directeur général de Paprec et président du pôle Recyclage de Polyvia, Sébastien Petithuguenin. Rudoyés par la concurrence asiatique, les recycleurs du Vieux Continent y placent en tous cas quelques espoirs de redressement…
C’est cependant toute la chaine de valeur de la plasturgie européenne qui est aujourd’hui dans une situation plus qu’inconfortable. Preuve en est le désengagement du géant saoudien Sabic. « Pour 950 millions d’euros, il cède ses activités européennes de pétrochimie et ses plastiques techniques en Europe et dans les Amériques. Une façon de se détourner d’une chimie européenne en surcapacité et en grande difficulté », analyse Sylvie Latieule, directrice de la rédaction d’InfoChimie.
C’est ainsi un défi de taille qui attend le nouveau patron des producteurs européens de plastiques Rob Ingram, PDG d’Ineos Oléfines & Polymères Europe. « Il est particulièrement approprié que Rob assume la présidence de Plastics Europe à un moment où atteindre les objectifs ambitieux de notre transition devient plus difficile », souligne d’ailleurs la directrice générale de l’organisation, Virginia Janssens.
Petite éclaircie dans la tempête : alors que sa branche française a été placée en redressement judiciaire le 8 janvier 2025 et que ses filiales allemandes étaient contraintes de stopper leur production, c’est un coup de théâtre qui intervient chez Domo Chemicals : la production des installations outre-Rhin sera finalement maintenue, pour des raisons de sécurité, à un niveau minimal grâce à un allié inattendu : la météo !
Pour finir, un petit tour au supermarché ou dans le magasin du coin entre deux averses ? Vous y tomberez peut-être sur les affiches au ton « volontairement déstabilisant » de la campagne grand public lancée le 12 janvier par Polyvia. Baptisée « Too Much » et s’appuyant sur l’étude « Emballages en transition : vers des choix éclairés » dévoilée en octobre 2025, celle-ci entend démontrer que « le remplacement systématique du plastique n’est pas toujours la meilleure option ». De nombreuses marques continuent en effet, pour une question d’image, de bannir le plastique de leurs emballages sans avoir préalablement évalué les impacts environnementaux des alternatives choisies sur des bases scientifiques rigoureuses…
Bonnes courses et bonne lecture !


