Après un an et demi de tensions avec la Chine, le Premier ministre canadien Mark Carney opère un rapprochement stratégique avec Pékin, en visite de mercredi 14 à samedi 17 janvier. Au menu des concessions commerciales, Ottawa a accordé notamment l’importation de 49000 véhicules électriques fabriqués en Chine avec des droits de douane réduits.
Ottawa regarde de l’autre côté du Pacifique. À l’occasion d’une visite d’Etat du Premier ministre canadien Mark Carney en Chine, les deux pays ont affiché leur volonté de forger un nouveau partenariat stratégique vendredi 16 janvier. Parmi les décisions déjà annoncées, le Canada va autoriser l’entrée d’un maximum de 49000 véhicules électriques fabriqués en Chine avec des droits de douane réduits, de l’ordre de 6,1%.
Auto, agro, énergie…
«Pour que le Canada puisse construire son propre secteur compétitif des véhicules électriques, nous devrons apprendre de nos partenaires innovants, accéder à leurs chaînes d’approvisionnement et augmenter la demande locale», a déclaré Mark Carney. Ces voitures étaient jusqu’à présent soumises à des taxes douanières de 100%, mesure décidée à l’été 2024. En mars dernier, Pékin a imposé en représailles des droits de douane sur plus de 2,6 milliards de dollars de produits agricoles et alimentaires canadiens, tels que l’huile et le tourteau de colza (canola), suivis de droits de douane sur les graines de colza en août.
Ces mesures ont entraîné une chute de 10,4% des importations chinoises de produits canadiens en 2025. Selon Mark Carney, le Canada s’attend désormais à ce que la Chine réduise ses droits de douane sur les graines de canola, oléagineux dont le le Canada est l’un des principaux producteurs, d’ici au 1er mars 2026, pour atteindre un taux combiné d’environ 15%. Ils étaient jusque là évalués à 84%.
En outre, le Canada s’attend à ce que son tourteau de colza, ainsi que les homards, les crabes et les pois soient libérés des droits de douane antidiscriminatoires à partir du 1er mars et au moins jusqu’à la fin de l’année, a-t-il ajouté. Ces accords permettront de débloquer près de 3 milliards de dollars de commandes à l’exportation pour les agriculteurs, les pêcheurs et les transformateurs canadiens, qui pourront ainsi exploiter pleinement le potentiel du marché chinois, a déclaré Mark Carney.
Dans le domaine de l’énergie, les deux pays prévoient de discuter du développement du pétrole et du gaz, ainsi qu’une coopération dans le commerce d’uranium.
Réchauffer les relations sino-canadiennes
«Il est important de commencer ce nouveau partenariat stratégique en cette période de divisions», a dit Mark Carney à Xi Jinping, appelant à se concentrer sur les secteurs susceptibles d’apporter des «avancées historiques» aux deux pays, comme l’agriculture, l’agroalimentaire, l’énergie et la finance. «C’est là que nous pouvons, à mon avis, réaliser des progrès immédiats et durables», a-t-il ajouté.
Mark Carney s’est rendu en Chine pour rétablir les liens entre Ottawa et Pékin, le deuxième partenaire commercial du Canada, après des mois d’efforts diplomatiques déployés pour atténuer les tensions entre les deux pays. Avec cette première visite officielle en huit ans, Ottawa cherche à renforcer ses liens avec Pékin après une année 2025 mouvementée avec son voisin américain. Le président Donald Trump a notamment imposé et relevé des droits de douane sur certains produits canadiens, et a suggéré que le Canada devienne le 51e Etat américain.
La Chine, dont les produits sont également visés par des droits de douane américains, désire quant à elle coopérer avec l’un des pays membre du Groupe des Sept (G7). «Je me réjouis à l’idée de continuer à travailler avec vous, avec un sens des responsabilités envers l’histoire, nos peuples et le monde, afin d’améliorer davantage les relations entre la Chine et le Canada», a dit Xi Jinping à Mark Carney.
Des analystes estiment que ce rapprochement entre les deux pays pourrait modifier le contexte économique et politique dans lequel se joue la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, même si Ottawa ne devrait pas radicalement se détourner de Washington.
Avec Reuters (Maria Cheng, avec Joe Cash, rédigé par Ryan Woo; version française Camille Raynaud)


