
Véronique Carron a été nommée en décembre dernier directrice du Laboratoire d’innovations pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux (Liten) du CEA à Grenoble (Auvergne-Rhône-Alpes). Elle succède ainsi à François Legalland, devenu directeur du CEA Grenoble. Industrie & Technologies a pu s’entretenir avec la nouvelle directrice du Liten au sujet des missions et ambitions futures du laboratoire. Batteries et hydrogène décarboné restent deux axes phares.
Vous êtes, depuis le 1 décembre 2025, directrice du Liten. Quel a été votre parcours jusqu’à ce poste ?
J’ai effectué l’intégralité de mon parcours professionnel au CEA. À la base, j’ai une formation universitaire en chimie et électrochimie, effectuée à Grenoble. J’ai débuté ma carrière au CEA à l’occasion de ma thèse, effectuée dans les laboratoires du centre CEA Marcoule (et soutenue en 2000, ndlr), en lien avec des procédés de retraitement de combustible nucléaire. Après ma thèse, j’ai été recrutée au CEA à Grenoble, au laboratoire d’électronique et de technologie d’information (Leti), où j’ai commencé en tant qu’ingénieur-chercheur en salle blanche. Je travaillais sur les différents procédés qui peuvent être intégrés dans la fabrication de composants micro-électroniques.
J’ai eu ensuite différents postes de management, toujours au Leti, en lien avec les activités de salle blanche. Je suis arrivée au Liten en 2022, pour prendre la tête du département Électricité et hydrogène pour les transports, qui développe les technologies innovantes pour la mobilité et les transports électriques, et notamment des batteries et des piles à combustible.
Quelles sont les missions confiées au Liten, et de quels moyens disposez-vous pour les mener à bien ?
Notre mission consiste à décarboner les activités industrielles et l’énergie par la technologie et l’innovation. Ainsi le Liten, en tant qu’organisme de recherche technologique au sein de la direction des énergies du CEA, va développer des technologies qui soient les plus différenciantes possibles, et d’effectuer leur transfert vers l’industrie. Par souci de souveraineté, ces transferts s’effectuent vers les industries françaises et européennes.
Les activités du Liten sont en partie financées par des partenariats industriels, via des programmes de R&D, desquels sont issus des transferts technologiques. Nous recevons également une part de subventions de l’État, via le CEA. Un gros volet de notre activité est lié à des appels à projets, de consortiums français ou européens, ou à France 2030 et ses PEPR.
Notre budget annuel oscille autour de 150 millions d’euros, et nous déposons environ 220 publications par an pour environ 150 brevets. Nous nous étions donné l’objectif d’augmenter le nombre de publications par an ces dernières années. Et maintenant que cet objectif est atteint, il s’agit de maintenir leur volume et leur qualité.
Nous ambitionnons d’avoir des batteries les plus vertueuses possibles.
— Véronique Carron, directrice du Liten
Quelles seront les grandes thématiques de R&D au Liten à moyen terme ?
Le photovoltaïque, les molécules durables, les systèmes et réseaux et le recyclage figurent parmi nos axes stratégiques. Les batteries vont également rester un axe fort du Liten. Nous souhaitons accompagner cette filière qui se structure, tant sur le plan national qu’européen sur plusieurs thématiques. La question des batteries haute performance, et notamment des batteries tout-solide, reste primordiale. Nous souhaitons également déployer des actions en lien avec l’écoconception de ces systèmes de stockage et avec leur recyclage. Nous ambitionnons d’avoir des batteries les plus vertueuses possibles en termes d’empreinte environnementale. La sécurité des batteries est également un axe que nous souhaitons explorer.
Côté hydrogène, et notamment concernant le développement de piles à combustibles, c’est peut-être un peu plus compliqué. Il y a quand même un certain nombre d’acteurs qui ne sont pas en grande forme en ce moment. Sur cette thématique, nous accompagnons tout de même la start-up Inocel qui est en train de construire une usine à Belfort. La mobilité par l’hydrogène reste assez difficile à développer, notamment la mobilité légère. En revanche, nous orientons nos équipes, en termes de développement et d’innovation, vers la mobilité lourde (camions, bateaux, certaines applications aéronautiques, etc.). Par ailleurs, nous accompagnons la société Genvia, joint-venture du CEA et de SLB (ex-Schlumberger) dans sa montée en maturité sur l’électrolyse à haute température pour la production d’hydrogène décarboné.
Concernant la recherche sur les batteries, le CNRS a récemment déploré dans une étude d’impact le manque de reprise de la recherche française sur le sujet, pourtant valorisée dans le monde et notamment en Chine, par les industries tricolores. Êtes-vous du même avis ?
Je ne partage pas complètement ce constat. Au CEA et au Liten, nos partenaires sont en France, à l’image d’ACC et de sa gigafactory des Hauts-de-France. Les transferts technologiques que l’on effectue s’adressent principalement aux filières françaises. Mais effectivement, si on regarde en bout de chaîne, les constructeurs automobiles effectuent leur sourcing là où les batteries sont produites en volume et donc plutôt en Chine.


