
Alors que tout semblait conduire à une liquidation judiciaire imminente de la start-up du nucléaire Naarea après le retrait de sa seule offre de reprise, le tribunal des affaires économiques de Nanterre a finalement ordonné, vendredi 16 décembre, la cession de l’entreprise au groupe Eneris.
Le sort de la start-up française du nucléaire Naarea a pris un tournant inattendu, vendredi 16 janvier. Le tribunal des affaires économiques de Nanterre a ordonné sa reprise par le groupe Eneris… alors que le groupe polono-luxembourgeois avait pourtant dit retirer son offre de rachat ! L’annonce, faite la veille du délibéré, laissait présager la fin de la pépite française des petits réacteurs modulaires (SMR), placée en redressement judiciaire depuis le 3 septembre et lourdement endettée.
Mais pour le tribunal, cette volte-face tardive ne respecte pas le cadre procédural : l’offre déposée et examinée le 7 janvier demeure juridiquement valable. Elle est d’autant plus inattendue qu’après l’annonce du retrait d’Eneris, un proche du dossier estimait «que la liquidation est désormais inévitable».
Eneris était en effet l’unique candidat à la reprise. Son projet, validé par Bercy, prévoyait un rachat pour 500000 euros, jusqu’à 5 millions d’euros d’investissements complémentaires et un budget cible de 21 millions d’euros à l’horizon 2026. Sur les 180 salariés que compte aujourd’hui Naarea, 107 devaient être conservés, essentiellement des ingénieurs, et le fondateur Jean-Luc Alexandre devait rester à la tête de l’entreprise.
Une filière des SMR sous tension
Sollicitée par L’Usine Nouvelle après la décision du tribunal, la direction de Naarea se refuse à commenter la décision et se montre prudente : «Nous espérons sincèrement que l’offre de reprise déposée le 7 janvier au tribunal des affaires économiques de Nanterre et dont ils ont délibéré sera honorée par Eneris.»
Eneris, qui n’avait pas souhaité détailler les raisons de son retrait, n’a pas davantage réagi à la décision du tribunal à ce stade. Son retrait de dernière minute avait surpris jusqu’en interne chez Naarea, avec qui les relations remontent à plusieurs années.
Fondée en 2020, Naarea développe un SMR à neutrons rapides et sels fondus de 80 MW thermiques (40 MW électriques). En 2023, elle avait été propulsée sur le devant de la scène en devenant l’un des deux premiers lauréats de l’appel à projets «Réacteurs nucléaires innovants» du plan France 2030, bénéficiant à ce titre de 10 millions d’euros de subventions publiques. Depuis, la start-up a levé environ 90 millions d’euros, mais les financements se sont progressivement asséchés, sur fond d’incertitudes sur la poursuite du soutien de l’État à la filière des SMR.
Reste désormais une question centrale : Eneris se conformera-t-il à ce mariage forcé ? Si le tribunal a imposé la reprise, l’issue industrielle et financière du dossier demeure incertaine. Au-delà du cas Naarea, cet épisode illustre les fragilités persistantes de la filière française des AMR et SMR, confrontée à une nécessaire consolidation et à des arbitrages budgétaires de plus en plus contraints.


