
La société biopharmaceutique lyonnaise Fabentech va percevoir 20 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement pour déployer ses traitements issus d’anticorps polyclonaux à large spectre.
L’Union européenne veut se doter d’un bouclier sanitaire antivirus, et elle confie une partie du trousseau de clefs à Fabentech, une société biopharmaceutique française qui vient de recevoir la notification d’un prêt remboursable de 20 millions d’euros de la part de la BEI (Banque européenne d’investissement).
Fabentech, qui développe des traitements issus d’anticorps polyclonaux à large spectre, est la première lauréate d’un appel à projet européen doté de 100 millions d’euros émis par l’agence Hera (Health Emergency preparedness and Response Authority, ou Autorité de préparation et de réaction d’urgence sanitaire). Cette nouvelle direction de la Commission européenne est née à la suite du Covid-19 pour renforcer l’autonomie sanitaire du Vieux Continent après les négociations douloureuses avec les américains Pfizer et Moderna.
Grâce à ce prêt remboursable, la société française pourra continuer à «développer ses recherches, améliorer son outil de production au sein de son usine de Saint-Priest(Rhône), et se déployer en Europe et dans le monde», envisage Sébastien Iva, 51 ans, président du directoire de cette PME d’une quarantaine de salariés et de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il vise 10 millions d’euros en 2025.
Réponse immédiate
Fondée en 2009 à Lyon par Bertrand Lépine, un ancien dirigeant de Sanofi, Fabentech développe actuellement 6 produits contre les maladies émergentes. Un brevet est en cours contre les grippes aviaires. «Notre technologie polyclonale à très large spectre permet de stocker des traitements dont la péremption va de 3 à 5ans, ce qui offre une réponse immédiate en cas d’urgence épidémique», détaille Sébastien Iva. Autrement dit, Fabentech se dit prête à constituer des stocks stratégiques d’antidotes à large champ d’action, alors que le développement d’un traitement ciblé requiert environ 2 ans de R&D.
En lien avec les gouvernements européens, qui sont ses potentiels clients, la société ambitionne de participer à un «bouclier national et européen» contre les menaces biologiques les plus à risque en constituant des stocks de prévention, résume le président.
La plateforme technologique baptisée FabShield repose sur la production de fragments de biomédicaments capables de neutraliser de nombreuses variétés de virus et de toxines potentiellement mortelles, «y compris leurs variants potentiels», ajoute le dirigeant. La biotech, qui compte le fonds d’investissement Definvest du ministère de la Défense parmi ses actionnaires, travaille déjà avec le gouvernement français pour des antidotes à des attaques de bioterrorisme. «Nous espérons une autorisation de mise sur le marché en 2025», dit Sébastien Iva.
«Notre usine dispose d’un laboratoire intégré. Elle est déjà capable de produire des lots de 2 à 3litres jusqu’à 80litres contre des agents pathogènes ciblés», ajoute Sébastien Iva, qui s’appuie sur un réseau de sous-traitants afin de garantir un double approvisionnement.
Fabentech a déjà levé une vingtaine de millions d’euros en ouvrant son capital, notamment à l’Institut Mérieux, ainsi qu’en aides et subventions. L’Europe lui a déjà apporté 7,7 millions d’euros en début d’année pour mettre au point une thérapie d’urgence contre les Sarbecovirus, cousins du Covid-19.


