
Parmi les mesures structurelles, dont une partie a été dévoilée le 23 décembre 2025 par l’exécutif européen, la préférence locale pour l’incorporation de recyclé est largement plébiscitée par une chaîne de valeur qui veut pouvoir conjuguer économie circulaire et compétitivité.
Encore rien d’officiel mais Sébastien Petithuguenin, président du pôle Recyclage de Polyvia et directeur général du groupe Paprec le confirme : le projet de ne comptabiliser, jusqu’à fin 2027, que le plastique recyclé sur le territoire de l’Union européenne dans les taux minimums obligatoires d’incorporation dans les bouteilles en PET figure bien au menu de l’acte d’exécution de la directive SUP sur les plastiques à usage unique.
« L’intention est posée par la Commission dans le cadre de ce “Winter package” qui devrait sortir avant le mois de mars 2026, après les premières mesures d’urgences annoncées le 23 décembre 2025 qui sont encourageantes mais clairement insuffisantes », indique le dirigeant qui voit également d’un bon œil l’application depuis le début de l’année de l’arrêté IMPR incitant à l’incorporation de résines régénérées localement dans huit filières à Responsabilité élargie des producteurs (REP).
Lutte d’influence
« Au sein de la Commission, il se joue une véritable lutte d’influence entre la direction générale du Commerce et de la sécurité économique (Trade) et la DG Environnement (ENV) qui sont totalement opposées. La première ne s’est pas adaptée à la nouvelle géopolitique des blocs et continue à croire de façon extrêmement ferme dans le libre-échangisme. La seconde, avec d’autre DG de l’instance européenne, se rend bien compte que nous ne parviendrons pas à atteindre les objectifs très ambitieux sur le front de la décarbonation et de l’amélioration environnementale que nous nous sommes fixés, et qu’il y a absolue nécessité de prendre en charge ces sujets-là », décrypte Sébastien Petithuguenin, qui fait bien-sûr le parallèle avec les débats actuels sur le contenu européen (« local content ») dans le secteur automobile.
« Pour la première fois, la Commission propose une préférence européenne, en réservant jusqu’en 2027 les contenus recyclés aux matières plastiques recyclées dans l’UE », se satisfait-on également par communiqué au sein de Federrec, la Fédération des entreprises du recyclage, du réemploi et de l’économie circulaire.
« Depuis 2023, plus de 1 million de tonnes de capacité de recyclage ont disparu en Europe. En 2025, la filière de recyclage du plastique a connu un contexte économique très défavorable, avec un effondrement des prix continu pour l’ensemble des résines sans perspective de regain, qui s’est accentué au cours du deuxième semestre. Cette baisse brutale des prix étant combinée à une demande inexistante sur l’ensemble de l’année, les fermetures d’usines françaises se sont fortement accélérées en 2025, parmi les PME comme les multinationales. Face à cette crise sans précédent, la Commission européenne a publié le 23 décembre dernier une communication annonçant une série de mesures structurelles, à déployer dans les mois à venir », résume-t-on au chez Federrec.
Levier de compétitivité
Au-delà de ces mesures déjà annoncées (soutien aux investissements dans le recyclage chimique, procédure harmonisée de sortie du statut de déchet, codes douaniers distincts pour les plastiques vierges et recyclés ou relance de l’Alliance pour les plastiques circulaires…), la fédération demande des « mesures fortes » pour développer rapidement et durablement la demande en matières plastiques recyclées localement, en France et en Europe. Elle réclame également, la généralisation, à moyen terme, des obligations de contenus recyclés, « notamment via le futur Circular Economy Act et le règlement Ecoconception », ainsi que l’actionnement des leviers existants (mesures anti-dumping, mesures de sauvegarde et clauses miroirs) pour le « rétablissement d’une concurrence internationale équitable ».
« La Commission assume désormais un message clair : la circularité n’est pas seulement une affaire environnementale, c’est un levier de compétitivité, de sécurité économique et d’autonomie stratégique », commente enfin dans un texte publié en ligne, Joseph Tayefeh, secrétaire général du syndicat Plastalliance, qui estime que « la loi sur l’économie circulaire annoncée pour 2026 sera un véritable test ».


