
La RSE devient moins prioritaire pour les acheteurs des grandes sociétés en 2026, selon l’étude sur les priorités des départements achats publiée mardi 13 janvier par le Conseil national des achats et AgileBuyer. La volonté des entreprises françaises de réduire leur dépendance à la Chine s’effondre aussi.
Vents contraires sur les préoccupations environnementales et la diversité aux Etats-Unis, reculs sur la réglementation «verte» en Europe… Pour un peu plus d’un tiers des acheteurs, l’enjeu de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) tend à être relégué au second plan dans le contexte économique actuel, souligne une étude sur les priorités des départements achats en 2026 publiée mardi 13 janvier. Celle-ci est réalisée par le Conseil national des achats, un réseau qui rassemble de très nombreux acteurs, et le cabinet AgileBuyer. Elle se fonde sur les réponses de 880 acheteurs, dont 80% travaillent dans des entreprises de 250 salariés et plus.
L’étude montre les signes d’un véritable coup d’arrêt à la préoccupation grandissante des acheteurs pour la RSE observée ces dernières années. Ainsi, 42% de ces professionnels déclaraient, au moment où l’enquête a été menée fin 2025, que l’impact carbone pesait dans le choix de leurs fournisseurs. Plus de la moitié des répondants l’affirmaient encore lors de la précédente étude publiée début 2025 et l’indicateur avait fortement progressé depuis 2023.
Les critères RSE ont un coût
Même s’il reste «persuadé que le changement est en marche», Alain Frehring, le directeur des achats indirectement liés à la production chez Safran, cité dans l’étude, constate que la démarche RSE risque d’être «ralentie dans sa capacité à infuser» tout au long de la chaîne d’approvisionnement. «Il ne faut pas se le cacher : la période actuelle n’est pas particulièrement propice au développement des enjeux RSE. [Le contexte ne facilite pas] la volonté des entreprises de s’inscrire dans des démarches long terme qui pourraient impacter leur compétitivité au niveau international», ajoute-t-il.
«Si vous avez un gros client aux Etats-Unis qui vous dit que les critères RSE ne l’intéressent plus, vous retirez ces critères de vos achats car cela a un coût», illustre Olivier Wajnsztok, directeur associé chez AgileBuyer, auprès de L’Usine Nouvelle. Les répercussions sur les objectifs personnels des acheteurs sont là : pour la première fois depuis 2022, la part des acheteurs ayant des objectifs achats liés à la RSE est en recul, à 69%. Ils étaient 78% à avoir de tels objectifs l’an passé.
Un désengagement à relativiser
De façon plus générale, 54% des acheteurs déclarent bloquer les fournisseurs qui ne répondent pas à leurs exigences RSE, ce qui n’est donc pas le cas des 46% restants. Ces suspensions sont plus fréquentes pour les entreprises de la mode et du luxe, que dans l’industrie lourde et l’automobile.
Selon l’étude, le recul observé sur certains indicateurs RSE tiendrait moins d’un «désengagement» dans ce domaine que d’un «arbitrage dans un contexte économique contraint», alors que l’objectif de réduction des coûts reste la priorité majeure pour 77% des acheteurs. «La RSE est en recul, effacée en partie par les obligations nécessaires d’économies. A chaque crise, le maintien du cash devient la priorité absolue […] La RSE, qui est malheureusement un investissement à long terme et avec des résultats moins palpables immédiatement, s’en retrouve reléguée au second plan», commente Stéphane Faustin-Leybach, le directeur des achats du groupe spécialisé dans les soins de la peau Naos, dans l’étude.
RSE en retrait, souci d’optimiser les coûts… Il n’en fallait pas plus pour que la volonté des acheteurs de réduire la dépendance de leur entreprise à la Chine s’estompe. En 2026, 17% de ces professionnels portent cette ambition, contre 43% en 2025 et même 51% en 2024.
«A cause des barrières tarifaires, la Chine vend moins ses produits aux Etats-Unis, donc les acheteurs français bénéficient de conditions financières plus intéressantes que d’habitude pour ces produits», indique Olivier Wajnsztok. Faible dans l’automobile, la volonté de prendre ses distances avec la Chine est plus importante que la moyenne dans des secteurs comme l’industrie lourde, la pharma-santé-cosmétique, ainsi que l’aéronautique et la défense.
L’aéronautique en surchauffe
L’étude du Conseil national des achats et du cabinet AgileBuyer publiée mardi 13 janvier est une nouvelle illustration du dynamisme du secteur aéronautique. L’étude souligne des indicateurs de surchauffe dans cette industrie. Par exemple, 80% des acheteurs de l’aéronautique et de la défense disent rencontrer des difficultés de livraison avec leurs fournisseurs stratégiques, un plus haut parmi l’ensemble des secteurs. C’est aussi dans cette industrie que la plus grosse proportion d’acheteurs pense qu’une majorité de leurs fournisseurs pratiquent une inflation opportuniste, c’est-à-dire qu’ils profiteraient d’un contexte général d’inflation pour augmenter leurs prix au-delà de ce qui est justifié par leurs propres coûts.


